‹ Galatée; pastorale imitée de CervantesChapitre 4 sur 30 · LIVRET · texte numérisé non relu

LIVRET

Je lus deux fois, sans pleurer, ces tristes adieux : je voulus les relire encore, mais les larmes m'en empêchèrent j et si ces larmes n'étoient venues, je serois morte sur le champ. La douleur m'ôta dès ce moment le peu de raison que l'amour m'avoit laissée. Je résolus de tout abandonner pour courir après Ariidore.

Je voulois partir A l'instant même ; je ne pouvois quitter ce peuplier où mon arrêt étoit tracé. J'essaie inutilement d'enlever celte écorce -, je la baise mille fuis, je la baigne de mes pleurs, et je prends la fuite à travers la campagne, en répétant lesderniers mots que j'avois lus.

J'arrive sur ces bords j ils ne sont pas éloignés de la patrie de mon amant. J usqu'à présent personne n'a pu me donner de ses nouvelles. Je veux le chercher encore quelques jours ; mais si ma recherche est vaine, si mon Artidore n'est plus, mon parti est pris, je le- suivrai; oui, c 2

s'écria-t-elle, en fondant en larmes, je ]e suivrai ; c'est ma dernière espérance. Tel fut le récit de Téolinde. Galatée, et Florise s'efforcèrent de la consoler : Restezici,luidil Galatée, nous vousaiderons à retrouver Ariidore ; et^ jusqu'à ce moment, nous le pleurerons avec vous.

Téolinde, touchée de ces offres, embrassa Galatée, et lui promit dene pas la quitter de quelques jours.

Le soleil s'étoit couché, et les trois bergères rassemblèrent le troupeau pour le ramener au village. Elles n'étoient pas encore à la moitié du chemin, quand Galatée s'appercut qu'elle avoit oublié sa houlette : elle pria Florise et l'étrangère de veiller à ses brebis, et retourna seule pour la chercher. £lie découvrit bientôt à travers les arbres un vieux berger, nomnié Lénio, assis à la place qu'elle avoit occupée j il tenoit dans ses mains Ig houlette qu'elle vçnoit repreudre.

Dans le même instant, Elicio qui retournoit à sa cabane avec son petit troupeau de chèvres, vint à passer ; et reconnoissant la houlette de Galatée, il s'arrête en regardant Lénio d'un air étonné. Galatée, attentive au mouvement d'Elicio, se cache derrière un buis" son pour écouter ce qu'il va dire.

Dequi tiens-tu cette houlette? demande Elicio d'une voix animée. Je viens de la trouver ici, lui répond le vieux berger, et je la destine à Bélise, qui ne refusera pas un si beau présent. — Je souhaite que tu puisse attendrir Bélise par le don de cette houlette î mais la mienne est encore plus belle : regarde comme l'éccrce adroitement enlevée semble former tout autour une branche de lierre. Que veuxtu que je te donne pour la changer contre celle que tu tiens }— Je veux la plus belle de tes chèvres.— Ah ! j'y consens : je n'en ai que six, les voilà ; tu peux choisir. Le vieux Lénio n'eut pas de peine c 3

à se décider : de? six chèvres d'EIicio, une seule étoit près de mettre bas : ce fut celle-là qu'il choisit. Elitio transporté lui donna la chèvre, changea de houlette, et l'embrassa de tout son cœur. Les deux bergers, également satisfaits, se séparèrent ; et Galatée, toute pensive, rejoignit Florise et Téolinde, qui lui demandèrent des nouvelles de sa houlette. Quelqu'un l'a prise, répondit la bergère ; mais je n'y ai pas de regrcft.

Cependant les ombres de la nuit commençoient à noircir les montagnes ; les oiseaux, rassemblés sous le feuillage, se disputoient avec un murmure confus la branche o\x ils passeroient la nuit : on entendoit de tous côtés les chalumeaux des bergers, et les sonnettes des brebis qui s'approchoient du village. Les bergères, en y rentrant, trouvèrent de grands apprêts de fêtes : on leur en dit le sujet. Daranio, un des plus riches laboureurs, devoit épouser le lendemaLa

Silvcr'e, dont les yj ux blciis faisoient toute la dot. Le prodigue amant vouloit célébrer son bonheur par la noce la plus brillante. Il y avoit invité tous les bergers des villages voisins ; et le fameux Tircis, qui n'avoit point d'égal dans l'art de chanter ou de jouer de la flûte, venoit d'arriver avec son ami Damon.

Téolinde espéra qu'An idore pourroit se trouver à ces noces ; elle résolut d'y suivre Galatée. Tous les bergers se préparèrent aux jeux et aux combats qui dévoient remplir cetie belle journée.

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