LIVRE SECOND
Quand pourrai-je vivre au village ?
quand seiai-je le possesseur d'une petite maison entourée de cerisiers ? Tout auprès seroient un jardin, un verger, une prairie, et des ruches : u:î ruisseau bordé de noisetiers environneroit mon empire; et mes désirs ne passeroient jamais ce ruisseau. Lu, je coulerois des jours heureux : le travail, la promenade, la lecture occupcroient tous mes momens.
J'aurois de quoi vivre ; j'aurois encore de quoi donner : car sans cela point de richesse; c'est n'avoir rien que de n'avoir que pour soi. Si je pouvois jouir de tous ces biens avec une épouse sage et douce.
et voir nos enfans, jouant sur le gazon, se disputer à qui courra le mieux pour venir embrasser leur mère, je croirois devoir exciter l'envie de tous les rois de l'univers.
Tel éloit le sort desbergers dont j'écris l'histoire : un doux mariage couionnoit presque toujours une longue passion.
Daranio, amant aimé de Silvérie, ailoit devenir son époux. Au lever de l'aurore, tous les habitans du village et des alentours étoient déjà sur la grande place; l'un avoit fait des guirlandes pour en orner la porte de la maison des mariés j l'autre, avec son tambourin et sa flûte, leur donnoit une joyeuse aubade : ici, l'on entendoit la champêtre musette j là, le violon harmonieux : plus loin, l'antique psaltérion : celui-ci mettoit des rubans à ses castagnettes, celui-là des bouquets à son chapeau ; chacun vouloit plaire à sa maîtresse : tous étoient animés par l'amour et par la joie.
Les nouveaux mariés ne se firent pas attendre : on les vit arriver parés de leurs plus beaux habits. Galatée et les jeunes filles conduisoient Silvérie^ Elicio ctlesbergers entouroient Daranio. Cette aimable troupe prit le chemin du temple, au bruit de tous les instrumens.
Après s'être juré une éternité de fidélité, les deux époux retournèrent à la grande place j et toutes les jeunes filles coururent chercher les présens qu elles destinoient à la mariée. L'une revient offrir à Silvérie un panier de fruits j l'autre porte dans son chapeau les œufs frais que ses poulets ont pondus : ceile-ci donne la poule même ; celle-là un jeune coq : toutes, sans regret et sans vanité, font une offrande proportionnée à leurs richesses.
Galatée approche à son tour j elleapportoit deux tourterelles qu'un valet de son père venoit de prendre au filet. La bergère craignoil de leur faire mal ; et
ses deux mains pouvoient à peine suffire pour tenir les deux oiseaux : leurs ailes blanches, leurs becs couleur de rose, s'échappoient sans cesse entre ses doigts. Elle se presse d'arriver à Silvérie ; et la saluant d'un air gracieux : ma bonne amie, lui dit-elle, voici des oiseaux qui veulent vivre avec vous ; je vous prie de les recevoir : tous les époux fidèles leur doivent un asyle. En disant ces mots, elle présente les colombes. Silvérie avance ses mains pourles prendre; Galatée ouvre les siennes : les deux oi-^eaux profitent du moment, ils échappent en rasant de l'aile le visage des deux bergères, et s'élèvent dans les airs. Silvérie étonnée, Galatée presque triste, les suivent des yeux, et les perdent bientôt de vue : alors elles se regardent sans rien dire: et tout le monde rit, excepté Galatée.
Elicio s'approcha d'elle, et lui dit à voix basse : Ces oiseaux vous ont punie de ce que vous ne les gardiez pas : mais
ils
ils auront besoin de vous revoir, et j'ose vous répondre qu'ils reviendront vous trouver. Je n'y compte pas, dit Galatée, et je m'en conbole s'ils sont plus heureux. Aussitôt elle envoya chercher dans sa bergerie un bel agneau qui remplaça les tourterelles.
Pendant que l'on offroit les jirésens, plusieurs tables s'ttoient dressées sous une épaisse feuillée : elles sont bientôt couvertes de mets. Daranio, qui donnoit la fête, fait asseoir les mères, les vieillards et les jeunes filles 5 les jeunes garçons restent debout pour les servir.
Plus loin, sur une espèce de théâtre soutenu par des tonneaux, des musiciens vont se placer. La symphonie commence 3 on l'interrompt souvent par des cris de joie : le plaisir, la gaieté, brillent sur tous les visages j on parle, on écoute, on rit tout à la fois : tout le monde est content, tout le monde est heureux :
on croiroit que chaque berger vient d'épouser sa maîtresse.
Pour que rien ne manque à la fête, quand le rc^pas est achevé, Daranio propose un combat pastoral : Silvérie détache sa guirlande, et déclare qu'elle sera le prix de celui qui chantera le mieux sa bergère. Alors les instrumens se taisent, toutes les jeunes filles regardent leurs amans, tous les bergers se préparent à chanter. Erastre même veut entrer en lice; mais le fameux Tircis se lève, & Erastre va se rasseoir. Personne n'ose combattre avec Tircis.
Le seul Elicio se présente: Berger, lui dit-il, je ne prétends pas vous disputer la guirlande ; mais je -veux célébrer celle que j'aime. Un profond silence règne dans l'assemblée j les deux rivaux chantent alternativement ces paroles :
TIRCIS
La charmante Philis est celle que j'adore ; L'amour et ma Philis soutiendront mes accens. Vous qui la connoissez, n'écoutez pas mes
chants ; J'ai prononcé son nom, que puis-je dire encore ?
ELICIO.
Je veux cacher le nom de l'objet qui fit naître Ce feu dont je me sens embrasé pour jamais : Hélas ! je me trahis si je peins ses attraits : Comme elle est la plus belle, on va la reconcoître.
TIRCIS
La pomme colorée est la fidèle image Du teint vif et brillant de ma chère Philis: Ses regards languissans, l'arc de ses noirs sourcils, Retiennent tous les cœurs dans un doux esclavage.
ELICIO.
La rose au teint vermeil, la neige éblouissante, Ressemblent aux appas dont je suis enchanté ; Cette neige résiste aux ardeurs de l'été ; L'hiver ne flétrit point cette rose brillante (l).
(1) La blanca nieve, y colorada rosa,
ûue el verano no gasta, ni el invierno, &c. D 2
TIRCIS
Philis depuis deux ans cause seule mes peines •, Je l'aimai dès le jour où je vis ses yeux bleus : L'amour m'attcndoit là, caché dans ses cheveux (l).
Et de SCS tresses d'or il fit pour moi des chaînes.
ELICIO.
L'amour depuis long-temps me tient sous sa
})ui6sance.
Quand j'apperçus l'objet dont je suis amoureux, Je vis l'enfant ailé sourire dans ses yeux: Dans mon coeur aussitôt je sentis sa présence.
TIRCIS
Comme un miroir brisé mille fois nous présente L'objet qu'il multiplie à nos regards surpris : De même un seul coup-d'œil de ma belle Philià Grave dans tous les cœurs son image charmante (2^'.
(1) En las rubias madejas se escondia.
(2; No se vcn tantos rostros figurados En loto espcjo o hecho por tal arte, Que si uno en el se mira, retratados Se ve una multitud en cada parte.
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ELICIO.
Comme un agneau bêlant qui demande sa mère Saute et bondit de joie eu la voyant venir : De même vous verriez nos bergers tressaillir âuand à leurs yeux charmés vient s'ofiVir ma bergère.
TIRCIS
Je garde à ma Philis, pour le jour de sa fcte, Deux, chevreaux tachetés qu'avec soin je nourris .* J'en serai trop payé, si je reçois pour prix Les bluets dont Philis a couronné sa tête.
ELICIO.
Je ne peux rien offrir à la beauté que j'aime:
Hélai 1 je n'eus jamais que mon cœur et mon chien.
Mon cœur depuis long-temps est devenu son bien;
Mon chien la suit déjà comme un autre moimême.
Les deux bergers cessèrent de chanter, Silvérie incertaine auroit voulu doraier deux prix. Vos lalens sont ég<iux, leur dit-elle; je n'o'C et je nepiii> chc.isir. Que chacun de vous reçoive nnr hranc!;r de laurier 3 et soutfrez que la guirlande ap- D 3
42 G A L A T fc E.
parlienne à ma meilleure amie. En disant ces mots-, elle offrit à Tircis et à Elicio dftux couronnes égales ; et se retournant vers Galalée, elle posa la guirlande sur sa tête.
La musique donna bientôt le signal de la danse. Elicio vint prier Galatée de danser avec lui. La bergère rougit, et accepta. Auriez-vous désiré, lui dit Elicio d'une voix tremblante, que Tircis eût remponc le prix ? Non, répondit Galatée ; j'aurois été fàcliéc; pour l'honneur de notre village, de vous voir vain» eu par un étranger. Après ce peu de mots, ils n'osèrent plus se parler.
La nuit vint, et tout le monde alla souper chez Daranio, excepté Galatée, qui ramena chez elle Florise et la triste Téolinde. Dès que ces trois bergères furent parties, Elicio prit le chemin de sa cabane avec Erastre, Tircis et Damon : ces deux derniers étoient depuis
long-temps les bons amis d'Elicio, et connoissoient son amour et ses peines.
Ils n avoient pas fait encore beaucoup de chemin^ lor-iqu'en passant au pied d'un antique hermitage situé sur une petite colline, ils entendirent le son d'une harpe. Arrêtons-nous, leur dit Erastrb, pour écouter la voix d'un jeune homme qui depuis quinze jours est venu se faire hcrmitc ici. Je lui ai parlé plusieurs fois. D'après ses discours, je crois que c'est un grand seigneur queses malheurs ont forcé de quitter le inonde: et si Galatée continue à me traiter aussi mal, j'ai le projet de me faire hermite avec lui.
Ces paroles d'Erastre inspirèrent aux bergers le désir de connoîire l'hermite. Jls montèrent la colline sans bruit, et découvrirent bientôt un jeune homme de vingt-deux ans à peu près, assis sur un morceau de roc: il étoit vêtu d'une bure grossière j une corde lui servoit de cein»
44 GALATtE.
turc ; SCS jambes et ses pieds étoient nus; il tt-noit dans ses mains une harpe dont il tiro'.i des sois plainiils; ses yeux humides éioient tournes vers le ciel, et d(^ux longues larmes sillonnoient ses joues. Le silence de la nuit, la clarté pâle de la lune^ la sainte horreur de rhermitage,tout sembloit préparer Tame aux acct-ns tristes de l'hrrmiic. Après avoir préludé quelque temps, il chanta ces paroles :
En vain j'adresse au ciel une plainte importune, Le ciel n'écoute plus mes accens douloureux : Le redoutable amour, la volage fortune, Tout, jusqu'à l'amitié, seul bien des malheureux.
Semble se réunir pour combler ma misère. Je remplis mon destin, je suis né pour souffrir:
Mon cœur n'a plus rien sur la terre ; Je ne peux plus aimer, et je ne peux mourix.
Pure et sainte amitié, doux charme de la vie. Je t'immolai l'amour; mais qu'il m'en a coûté! Rends du moins le repos à mon ame flétrie : On dit que tu suffis pour la félicité.
Loin de me soulager, tu combles ma misère. Je remplis mon destin ; je suis né pour souffrir :
Mon cœur n'a plus rien sur la terre ; Je ne peux plus aimer, et je ne peux mourir.
L'iiermite se tut: sa tête se pencha sur son épaule, ses mains quittèrent les cordes de ]a harpe, et tombèrent sans mouvement à ses côtés. Les bergers coururent à son secours; Erastre le prit dans ses bras, et le fit revenir à lui. L'hermite le regarda long-temps, comme quelqu'un qui se réveillé au milieu d'un songe effrayant : Berger, lui dit-il, les Boins que vous me donnez ne font que prolonger mes maux, et une vaine reconnoissance est tout ce que je puis vous offrir. Vous pouvez nous raconter vos malheurs, lui ditTircis^ la tendre amitié que déjà vous nous avez inspirée est digne de cette confiance. Ah! l'amitié.... reprit l'hermite, quel nom avez-vous prononcé ! Mais je ferai ce que vous désirez. Je vous ai plus d'une obligation : c'est dans votre village que je vais de-
mander le p<*u d'alimens nécessaires à ma trisie existence; on m'er» donne toujours plus qu'il ne m'en faut. Puisque je vous dois ma vie, il est juate que vous en counoissitz les peines. A ces mots, les bergers se pressèrent autour de lui, et le jeune hermite commença son récit.
Dans l'ancienne et fameuse ville de Xérès (1), dont Minerve et Mars ont toujour-i protégé ies haliitans, vivoit un jeune cavalirrnommé Timbrio. Sa haute valeur étoit la moindre de ses qualités. Entraîné par une syn)paihie invincible, je mis tout en œuvre pour obtenir son amitié : je réussis. Toute la ville oublia bieniôt les noms de Timbrio et de Fabian j c'est le mien 3 et l'on nous appella simplement les deux. amis.
Nous méritions un si doux surnom :
toujouis ensemble, nos belles années passsoieni comme des instaus; nos seules
(1) En la antiqua i famosa ciudad de Xérès : cuyos moradores de Minerva i Marte son favorccjdos : etc.
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occupations étoient îesexercices deMars; ros délassemens, la chaise -, nos passions, l'amitié. Ce bonheur dura jusqu'au jour, le plus fatal de ma vie, oh Timbriù eut une querelle avec un cavalier nommé Piansile, La famille de mon ami l'obligea de s'éloigner : mais il écrivit à Pransile qu'il alloit à Naples, où il le trouveroit toujours prêt à terminer leur différend comme il convient à des gentilshommes.
J'étois malade, et hors d'ctat de suivre mon ami. Notre adieu fut m>clé de beaucoup de larmes : je lui promis de le rejoindre aussitôt que ma santé me le permettroit. Mais je sentis bientôt que son absence me fatiguoit plus que ma maladie ; et sachant qu'il y avoit à Cndix quatre galères qui appareilloient pour l'Italie, je résolus de m'cmbarquer. L'amitié me donna les forces que la convalescence me refusoit : je me rendis à bord ; le vent seconda mts projets, et me fit arriver à Napîes en peu de jours.
Il ^toit nuit quand je descendis sur le port. En traversant une rue, j'entendis un cliquetis d'épces, et j'apperçus un homme qui, le dos appuyé contre une muraille, se dcfendoit seul contre quatre assassins. Je vole à son secours; j'étois suivi de plusieurs valets qui me secondent. Cette attaque imprévue fait prendre la fuite aux quatre lâches ; je cours à l'inconnu, je lui parle, je l'envisage j c'étoit Timbrio.
Je le serrai dans mes bras en versant des larmes de joie j mais je payai bien cher le plaisir d'une si douce réunion : mon ami étoit blessé; et l'émotion que lui causa ma vue achevant d'épuiser se« forces, il tomba dans mes bras, évanoui et tout sanglant. J'envoie chercher du secours, Timbrio revient ;\ lui : un chirurgien visite sa blessure, et me répond qu'elle n'est pas mortelle. Cette assurance me conso'e : nous faisons un brancard de nos bras, et nous portons chez lui mou malheureux ami.
Ce
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Ce fut là que j'appris la cause de cet assassinat. Timbrio, en arrivant à Naples, avoit remis des leitres d'Espagne à un des premiers citoyens de la ville, dont la famille étoit Espagnole. Reçu dans sa maison comme un compatriote aimable, mon ami n'avoit pu résister aux charmes de sa fille aînée Nisida, la plus belle et la plus sage des Napolitaines. Son respedt et sa timidité ne lui permirent jamais d'avouer son amour. Mais un prince Italien, amoureux de Nisida, devina qu'il avoit un rival; et craignant la valeur autant que le mérite de Timhrio, il avoit eu la lâcheté de le faire assassiner.
Cette aventure se répandit dansla ville, et vint au'x oreilles du père de Nisida. Il fut indigné que le nom de sa fille s'y trouvât mêlé, et défendit au prince Italien et à mon ami de revenir jamais dans «a mai^^on.
Cette dépense fît plus de mal à Tim* brio que sa blessure. Dévoré d'une pasf
8ion que les obstacles ne faisoient qu'accroître, au désespoir de ne s'être pas déclaré quand il le pouvoit, il vouloit revoir Nisida à quelque prix que ce fût. Tous les moyens lui sembloient aisés, et lui paroissoient ensuite impossibles ; il écrivoit cent lettres qu'il dcchiroit : mille projets impraticables se succédoient dans son esprit. Tant d'inquiétudes, tant de chagrins enflammèrent sa blessure : mon ami fut bientôt en danger.
Je résolus, pour le sauver, de m'introduire chez sa maitresse.
Je m'habillai comme un captif nouvellemement racheté ; je pris une guittare, et me promenant tous les soirs dans la rue de Nisida, en chantant de vieilles romances, je passai pour un E'^pagnol échappé des mains des infidèles. Bientôt on ne parle dans le quartierque du captif musicien. Le père de Nisida voulut entendre mes romances : je fus admis dans sa maison. C'est là queje viscetteNisida; c'est là que je perdis le repos et le bon-
heur de ma vie. J'osai regarder ce visugc céleste, cette taille charmante, ces yeux si tendres dont l'éclat etoit tempéré par une légère empreinte de mélancolie 3 je sentis sur le champ le poison couler dans mes veines. Il talluit fuir : je n'en eus pas la lorce ; et ce seul moment me rendit aussi malade que Timbrio.
On me pria de chanter : je pouvois à peine parler. J'obéis cependant, et je choisis une roniance orientale qu'une esclave Persan m'avoit apprise.
Ici tous les bergers supplièrent Thermite de leur dire cette romance. Il reprit sa harpe, et chanta d'une voix douce ces paroles j
Le beau Nelzir aimoit Sémire ; Sémire aimoit le beau Nelzir ; Se voir, s'aimer et se le dire Etoit leur vie et leur plaisir.
Le bonheur tient à peu de chose ; Un rien le fait évanouir ; Kéias ! d'une feuille de rose Dépendoit le sort de Nelzir.
Tant que sur sa tige flcuiic Lu feuille fatale tiendca, Nf'zir doit conserver la vie ; Si la feuille tombe, il mourra.
Sémire, toujours attentive.
Ses beaux yeux fixés sur la fleur, D'une main timide cultive Le rosier qui fait son bonheur.
Un jour sur sa bouche mi-close Nelzir imprime un doux baiser :
Sémire veut le rendre et n'ose; En vain l'amour lui dit d'oser. C'est à la fleur k peine éclosc Qu'elle rend ce baiser charmant ; Mais sa bouche efiéuillc la rose, Sémire a tué son amant.
Nelzir tombe aux pieds de Sémire Sans sentiment et sans couleur ; 11 presse sa main, il expire :
L'amour quitte à regret son cœur.
Sémire, interdite et tremblante.
Sur ses lèvres cherche la mort ; Et pressant sa bouche expirante, far un baiser finit son sort.
Nisida avoit une bœurcadt- fte, nommée Blanche, presque aussi belle que son ainée. La jeuiic Blanche parut écouter ma romance avec plus de plaisir que personne ; elle loua beaucoup ma voix. Je la remerciai en regardant sa sœur. Leur père me pria de revenir. J'héritai longtemps avant de profiter de cette pernnssion : j'étois sûr d'enfoncer davantage le trait qui déchiroit mon cœur 3 mais pres.sé par mon ami, entraîné par mon amour, je retournai chez Nisida, je la revis, et tout espoir de guérison me fut ôté.
Jugez des combats qui se passoient dans mon amej j'aimois Timbrio plus que ma vie ; j'aimois Nisida peut-être plus que Timbrio ; je la voyois tous les jours j je ne pouvois pas la fuir pour l'intérêt même de mon ami ; cet ami, foible et convalescent, ne se soutenoit que par l'espérance que lui donnoient mes soins. Le temps, loin de me soulager, ne poue3
voit qu'ajouter à mes mnux; chaque instant redoubloit ma passion, mes remords et mes tourmens. Ma sanié n'y résista pas j mon visage perdit bientôt les couleurs de la jeunesse ; mes yeux, éteints et enfonces, pou voient se tourner à peine vers celle qui me faisoient mourir. Le père de Nisida me témoigna son inquiétude j elle-même, et sur-tout sa sœur Blanche, me prièrent un jour avec le plus tendre intérêt, de ne leur rien cacher de mes chagrins. Je raffermis mon cœur, je me rappellai tout ce que je devois à mon ami ; et, résolu d'expirer plutôt que de le trahir, j'eus la force de leur dire ces paroles :
Vous plaindrez davantage mes maux quand vous saurez que l'amitié les cause. Un jeune cavalier, mon compatriote et mon intime ami, est amoureux de l'objet le plus beau qui soit au mondes il le respeéte trop pour oser lui pnrler de sa passion 3 ce rcsped lui coûte la vie. C'est
lui que je pleure j c'est le plus honnête et le plus aimable des hommes, qu un amour maliieureux va faire descendre au tombeau.
A cet endroit, Nisida m'interrompit.
Fabian, je n'ai jamais connu l'amour j mais il me semble qu'il y auroit de la simplicité à mourir plutôt que d'oser dire à une femme qu'on l'aime. D'abord, cet aveu ne peut l'offenser 3 et en supposant qu'il soit mal reçu, on est toujours à temps de mourir. — Belle Nisida, quand on considère l'amour avec des yeux indifférens, on ne voit que des jeux d'enfans dont on se moque, ou dont on a pitié ; mais quand le cœur est blessé, l'esprit et la raison, loin de nous être utiles, sont les premiers à nous égarer. Tel est l'état de mon ami. A force de prières, j'ai obtenu de lui qu'il écriroit à celle qu'il aime j je me suis chargé de la lettre, et je la porte toujours avec moi dans l'espérance de pouvoir la ren-
dre. — Ne pourrois-je pas voir cette lettre? je suis si curieuse de connoîlre le style d'un amant véritablement épris!
Jd ne laissai pas échapper une si belle occasion ; je tirai de mon sein le billet que Timbrio m'avoit remis quelques jours auparavant j il ctoit con<jHi en ces termes ;
" J'étois décidé, madame, à ne ja- " mais rompre le silence ; j'aimois raieux " mourir avec votre pitié, que de vivre '• avec votre colère. Mais il seroit trop *' affreux de ne pns vous apprendre que '* je vous adore. 6i cet aveu ne vous of- •* lense pas, je sens que je chérirai en- '* core la vie pour vous la consacrer 3 si *' ma témérité vous paraît punissable, " ma mort l'expiera bientôt."
Nisida lut cette lettre avec beaucoup d'attention. Je ne crois pas, me dit-elle, qu'une dcclaration d'amour aussi respectueuse puisse déplaire j je t'exhorte à rendre ce billet, sans craiiue qu'il soit
mal reçu. Il n'est pas encore temps, lui répondis-je j mais mon ami se meurt, et vous pourriez sauver ses jours — Eh ! comment ? — Faites réponse à ce billet, comme s'il s'adressoit à vous : cet innocent artiricelui rendra la vie, et me donnera le temps de trouver l'occasion que je désire.— Non 3 je n'ai jamais répondu à des lettres d'amour, et je ne voudrois pas commencer par un mensonge ; mais qui t'empêche de rapporter à ton ami tout ce qui vient de se passer, en mettant le nom de celle qu'il aime à la place du mien ? Tu lui diras qu'elle a lu sa lettre, qu'elle l'a exhorté à la rendre 5 qu'à la vérité tu D'as p.is osé lui dire que le billet éioit pour elle-même, mais que tu as lieu d'espérer quelle l'apprendra sans colère. Cette ruse doit être utile à la santé de ton compatriote, et ne peut être démentie par rien 'or^-que tu auras parlé à sa véritable maîtresse.
Surpris de cette invention, je balbutiai quelques paroles de remercîment, et je courus tout rappQrtcr à Timbrio.
Lespoir qu'il en conclut, ses transports, sa reconnoissance, furent autant de liens qui m'enchaînèrent davantage à mon devoir. Je redoublai desoins auprès de Nisida ; et, en proie à une passion que sa vue ne faisoit qu'accroître, je ne lui parlai que de mon ami j j'employai pour lui les expressions que mon cœur me fournissoit px>ur moi-même, et je fis servir à l'aïuitié jusqu'au senùment qui auroit dû la détruire.
Enfin j'osai t (Hit déclarer. J'appris à Ni.^ida qi e mou ami etoit ce Timbrio qui avoit pensé mouTir pour elle. J'rxaltai sa naissance, ses qualité*;, ses vertus j en un mot, je le peignis comme je le voyois. Ni'-ida ne l'a voit pas oublié j elle me marqua une surprise vraie ou f(-inie. Oie repio Ik! ma hardiesse, me n)eiiaça de tout dire à son père 3 mais à iraveri
la colère qu'elle s'efforçoit de montrer, je vis clairement que Timbrio étoit aimé.
Ce fut le dernier codp pour moi. Je rattendoi«5 depuis long-temps; il ne m'ea fut pas moins sensible. Je résolus d'apprendre à Timbrio son bonheur, et de in'enfuir ensuite pour aller mourir dans un désert. Mais je comptois trop sur mon courage ; au moment où j'entrepris de dire à mon rival qu'il étoit aimé, je perdis la parole ; mes yeux se remplirent de larmes ; vainement je voulus cacher mon trouble j mes sanglots me trahirent, mes forces m'abandonnèrent, et je tombai dans les bras de mon ami en le baignant de mes pleurs.
Timbrio, surpris et effrayé, me soutient, m'embrasse, me questionne ; il veut savoir la cause d'une si vive afî^iction ; je me tais ; il me presse ; je baisse les yeux. . . . Ah ! je t'entends, s'écriet-il, tu l'aimes, tu l'aimes ; eh ! comment ne l'aurois'tu pas aimée 1 Ton
cœur gémit du sacrifice qu'il veut faire ù l'amitié ; j'en serois indigne si je l'acceptois. Aime Nisida, je ne la reverrai jamais j je vivrai peut-être sans elle j je serois sûr de mourir si je faisois ton malheur. En disant ces mots, il détournoit son visage pour me dérober ses larmes, et il me pressoit contre sa poitrine.
L'amitié m'inspira dans ce moment :
je me sentis élever au dessus de moiinême. Tu t'es mépris, lui répondis-je ; ce n'est point Nisida que j'aime, c'est sa sœur ; je n'ai pu coucher son ame j et la violence d'un amour rebuté cause seule mon désespoir. Ne me trompes-tu pas? me dit-il en me regardant.— Non, mon cher Timbrio. J'adore Blanche j elle méprise mes vœux j pardonne si la comparaison de ton heureux sort au mien vient de m'arracher quelques larmes ; je te promets de n'en plus verser. Va, je sens prés de toi que mon bonheur ne dépend pas de l'amour.
Timbrio
L I V R E II. Ôl
Timbrio me crut, ou feignit de me croire. H étoit résolu de s'assurer avec le temps de la vérité de mes paroles -, j'étois décidé moi même à tous les sacrifices nécessaires îi son repos. Ce n'étoit pas assez d'immoler ma véritable passion, il falloit feindre d'en sentir une autre j dès le lendemain je découvris à Blanche qui j'étois, et je lui parlai d'amour.
Blanche m'aimoit depuis long-temps sans oser se l'avouer à elle-même. Dès qu'elle se crut aimée, elle le dit à s.i sœur. Cette confidence devint utile à Timbrio. Nisida résistoit encore à un sentiment qu'elle redoutoit 3 elle en fut moins effrayée en trouvant une compagne : elle osa parler de son amour, et s'en pénétra davantage. Les deux sœurs, en se témoignant leurs craintes, se rassurèrent mutuellement; et le plaisir d'épancher leurs âmes,- leur fit mieux connoître le plaisir d'aimer.
A la faveur de mon déguisement, je
conservois toujours un libre accès dans la maison. Je portois les lettres de mon ami ; je lui procurois quelquefois le plaisir de voir sa maîtresse ; alors je redoublois d'erapressemens auprès de Blanche.
Timbrio, qui remarquoit avec joie combien j'étois aime, me félicitoit en m'embrassant, et me juroit de n'épouser Nisida que le jour oii je deviendrois l'époux de sa sœur. Je baissois la tête, résigné à tout ce que l'amitié ordonneroit de moi. Nous n'attendions plus que des nouvelles d'Espagne pour demander la main de Blanche et de Nisida, lorsque Pransile, ce cavalier qui avoit eu à Xérès une querelle avec Timbrio, arriva dans Naples pour se battre avec lui. Comme la réparation devoit être publique, il fallut du temps pour obitnir la permission du vice-roi, et faire nommer des juges, Enhn ce terrible combat fut indiqué à huit jours de là, dans une grand© plaine peu distante de la ville.
L r V R E II. 63
Cette nouvelle fit du bruit ; et, malgré nos soins, Nisida en fut inslraite.
Son inquiétude et sa douleur furent aussi vives que son amour. Languissante et désolée, elle passa dans les larmes et sans prendre de nourriture les huit jours de délai qui lui sembloient si longs et si courts. L'aiFreuse incertitude, plus cruelle que le malheur même, eut bientôt épuisé ses forces; elle tomba malade, et son père, ignorant toujours la véritable cause de son mal, lésolut, pour la rétablir, de la mener à sa maison de campagne.
Le jour de leur départ, qui étoit la veille du combat, Nisida me fit appeiler. En arrivant prés de son lit, j'eus peine à la reconnoitre, elle étoit pale, défaite, ses longues paupières étoient humides:
Fabian, me dit-elle dune voix foible, tu feras nies adieux à Tmibiio, tu lui dira-» que mes jours tiennent aux siens, et que demain il défendra ma vie. Pour F 2
toi, son meilleur ami aprcs moi, je suis bitfii sûre que tn ne: le quitteras pas 3 s'il lui arrivoit un malheur, tu seras là pour le secourir. Ah ! je voudrois pouvoir te suivre. Tiens, ajouta-t-elle en détachant de son cou une relique précieuse qu'elle mouiiloit de ses larmes, porle-la-lui 3 tu lui diras qu'elle m'a toujours préservée de tout danger, et que c'est demain qu'elle doit mcire le plus utile. J'ai encore un service à te demander j je pars avec mon père pour aller à sa maison de campagne qui n'est qu'à une demi -lieue du cliauip de bataille, promets-moi d'y venir sur-le champ m' ipprendre l'événement du combat. Si Timbrio est vainqueur, mets à ton bras cette écharpe blanche, je la verrai de loin, tu m'épargneras des tourmens ; s'il succombe, je n'aurai plus besoin de toi.
Je promis tout, et je courus porter la relique à Timbrio. Sa fierté, sa valeur, en furent doublées : il la baisa, la mit
s«r son cœur, et, sûr d'être invinclWe, il fût défîé l'univers.
Enfin le moment arriva : toute la ville de Naples s etoit rendue sur le champ de bataille. Pransile et Timbrio se présentent : ils choisissent pour armes l'épée et le poignard. La barrière s'ouvre, les trompettes sonnent, les deux ennemis s'élancent.
J.e combat fut long-temps égal. Pransile étoit adroit et vaillant^ il blesse Timbrio, et la viétoire balance toujours. Enfin l'amour eut l'avantage : Timbrio atteint Pransile, et le renverse à ses pieds. Mon généreux ami jette son épée, et court à son secours : Pransile s'avoue vaincu : tous les spe»^dteurs applaudissent.
L'affreuse incertitude où J'avois été si long-temps, la douleur que m'avoit causée la blessure de Timbrio, la joie de sa viétoire, tout m'avoit tellement troublé que j'oubliai l'écharpe blanche, r o
et je volai sans elle annoncer notre bonheur à Nisida. Ilélas! à mesure que l'instant fatal approclioit, la fièvre brûlante avoit redoublé dans ses veines. Malgré sa foiblesse, elle s'étoit traînée aux fenêtres les plus élevées de sa maison ; là, soutenue par ses femmes, les yeux fixés sur le chemin, elle attendoit la vie ou la mort : elle m'apperçoit, ne voit pas récharpe, et tombe sans mouvement dans les bras de sa sœur.
J'arrive j toute la maison étoit en larmes : je pénètre jusqu'à Nisida ; on lui prodiguoit des secours inutiles ; rien ne pouvoit la ranimer. Je vois ses yeux fermés, sa bouche ouverte, ses lèvres pfiles : c'est alors que je me rappelle mon funeste oubli. Egaré par mon désespoir, je sors de cette maison, je n'ose plus aller retrouver un ami à qui je suis sûr de donner la mort. Incertain, furieux, désolé, je prends le premier chemin que je trouve. A peine avois-je fait quelque
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pas, que je m'entends appeller ^ grands cris : je me retourne j c'étoit Félix, le page de Timbrio. Mon maître vous attend, me dii-il ; venez proraptement le trouver. Je ne peux plus revoir ton maître, lui répondis-je ; Nisida est morte, et c'est moi qui l'ai tuée. En prononçant ces mots, je m'éloigne précipitamment.
J'arrive à Gaïeite : un vaisseau alloit mettre à la voile pour l'Espagne -, je m'embarque, et je reviens dans ma patrie, où j'ai pris cet habit que je ne veux plus quitter.
Voilà, bergers, le récit de mes malheurs. J'avois espéré de trouver la paix daiH cet hermitage ; je n'y trouve que la solitude. En vain je m'elforce de tourner mon ame vers le grand objet qui devroit l'occuper toute entière ; le souvenir de ce que j'ai perdu me poursuit à chaque instant. Je me dis tous les jours qu'il faut oublier Nisida et Timbrio 3 et tous les jours je les pleure.
Les bergers ne tcnfcrent pas de consoler riiermire; mais ils ^'affligcrent avec lui. La nuitcfoit avancée, et la lune au plus liant de i.on cours; ils quittèrent l'hennitage, et furent bientôt rendus à la cabane d'Elicio. Là, ih se couchèrent sur des peaux de chèvres ; et dès qu'Elicio vit ses trois compagnons enilormis, il se leva, et sortit pour exécuter un projet qu'il avoit médité tout le jour.
Devant la porte de la cabane d'Elicio étoit un beau cerisier, dont le berger avoit toujours pris soin, et qui alors etoit couvert des plus belles cerises du pays. Pendant un certain temps de l'année, ce bel arbre, encore tout jeune, et dont la tige étoit mince, suffisoit cependant poui nourru' son possesseur. Deux tourterelles blanches l'avoient choisi pour y faire leur nid ; elles lavoient placé tout au haut, dans une fourche formée par quatre- brancht<«. Elicio regardoit comme un heureux présage que des tourterelles
vinssent nicher près de sa cabane ; bien loin de les troubler, il portoit sous le cerisier des épis de bled, de la graine de chanvre, et même de la laine, pour que les tourterelles en garnissent le dedans du nid, et que leurs petits fussent cou.chts plus mollement.
Tandis qu'Elicio éîoit à la noce de Silvérie, un pâtre de iSIœrrs vint tendre ses filets auprès du cerisier, prit. les deux tourterelles, et les porta sur le cham.p à la fille de son maître. Cétoient les mêmes que Galatée a voit laissé échapper, Elicio, qui les reconnut, avoit promis à sa bergère qu'elles revicndroieut la trouver ; il voulut tenir sa parole. Il sort de sa cabane pour saisir pendant leur sommeil le père et la mère, et les mettre dans une cage avec leurs petits. A l'aide d'une échelle qu'il appuie contre le chaume de sa maison, il monte à la hauteur de la branche, avance le corps, écarte doucement les feuilles, et voit à
la clarté de la lune Its deux tourterelles dans le nid, la tête sons une aile, et l'autre aile un peu déployée pour mieux couvrir leurs petits : crlles ne se réveilloieiit pas. Il nr tcnoit qu'à Elicio de les prendre j jamais il n'en eut le courage; non, dit-ii, cliarnians oiseaux, vous ne serez point privés de la liberté ; vous appartiendrez à ma bergère, mais sans être esclave s ; et vous vivrez toujours près d'elle, quoique libres de vivre ailleurs. 11 descend promptement de l'éclv 11<" ; il court chercher une bêche, et revient au cerisier • il creuse un fossé tout auio'-jrj et lorsque l'arbre, sur sa motte, ne tient plus (}ue par sa base au milieu de ce fossé, il appuie horizontalement le tranchant de sa bêche, l'tn fonce avec précaution, et, sans ( tfort, sans ébranler l'arbre, il le détnche, avec sa molfe, de la terre. Alors il le prend dans ses bras, se relève doucement, sort du fossé lans secousse ; et d'un pas lent, mais sûr,
qui agite à peine les branches de l'arbie, il gag:ie la maison de G^latée.
La chambre où couchoit la bergère avoit une fenêtre qui dunnoit sur les champs j c'est devant cette fenêtre que s'arrèie Elicio. Il dépose doucement à terre le cerisier j l'arbre se lient dtbout, tant le berger a mis d'adresse à l'enlever. Elicio, qui avoit pris soin d'attacher sa bêche sur ses épauh s, fait une fosst*, y place le beau cerisier, et le tourne de manière que le nid se trouvant devant la fenêtre, Galatée, en étendant la main, puisse caresser les petits tourtereaux.
Content de son ouvragf^, il regarde s'il n'a pas trop effrayé les tourterelles ; elles n'avolent été que réveillées. Elicio distingua leurs têtes, qu'elles alongeoient par dessus la mousse du nid. Pardonnez, leur dit-il, pardonnez-moi, tendres colombes, si j'ai troublé votre sommeil j c'est pour votre bonheur autant que pour
le mien : vous êtes à Galatée. Dès qu'elle ouvrira sa fenêtre, volez sur son épaule, hoquetez ses beaux cheveux blonds; apprenez à vos petits à aimer, caresser votre maîtresse ; quand je vous saurai près d'elle, je ne vous regretterai pas. Mais si jamais un rival se présentoit à cette fenêtre, ah ! fuyez, oiseaux constans, venez me retrouver, venez gémir sur ma cabane -, vous n'aurez pas long-temps à vous plaindre avec moi.
L'aurore commençoit à paroitre, et l'hirondelle gazouilloit déjà sur la cheminée de Galatée, quand Elicio repri^t sa bêche, et regagna sa chaumière. Il n'étoit pas encore bien loin, qu'il entendit marcher derrière lui : il regarde j c'étoit Mœris, le père de Galatée.
Elicio eut peur, comme s'il eût été coupable. Mœris le rassura bientôt ; et, sans lui demander pourquoi il étoit au
village
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village de si bon matin, J'allois chez toi, lui dit-il, pour te confier un secret, et te demander un service qui intéresse ma fille. Le berger, plein de joie, lui baisa les mains avec transport : ils entrèrent ensemble dans un petit bois de myrtes qui n'étoit pas éloigné du chemin.
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