LIVRE TROISIÈME
jNous nous plaignons toujours des inaiTx sans nombre de cette courte vie; et c'est de nous-mêmes que viennent presque tous ces maux. La soit' de l'or, voilà le principe des crimes et des nialheurs. Lecréateur du monde l'avoit prévu : il cacha ce funeste métal dans les entrailles de la terre ; et, non content de combler le précipice, il le couvrit de fleurs, de fruits, de tout ce qui devoit suffire à l'homme pour ses besoins et ses plaisirs. L'insatiable avarice n'eut pas assez de tant de bienfaits ; elle pénétra dans ces abîmes à force de travaux et de périls ; elle arracha l'or aux enfers, et G 2
dccoGvrit nux humains la source de tons les vices. Hélas ! qui a le plus soutîcri de cette fatale dt*couverie ? l'amour. Un cœur benslble ne suffit plus pour avoir le droit d'aimer : si Ion veut obtenir celle que l'on rendroit heureuse, il faut des preuves de richesse, et non des preuves de constance. L'amant sans fortune peut être aimable, mais ne peut être heureux : plus il est hdcle, plus il est à plaindre; les tourmenset le désespoir sont le partage de sa vie. Que faut-^ il donc faire quand on est pauvre et sen* sible ? Ne pas aimer ? Ah ! c'esl encore pis.
Elicio n'avûit pas fait toutes ces réflexions quand il s'étoit attaché à Galatée: ou peut-être les avoit-il faites; car de quoi servent les réflexions en amour ?
On prévoit les chagrins, on s'y expose j ils arrivent, et sont aussi douloureux que s'ils étoient inattendus.
Erastrc, Tircis et Damon furent sur-