LIVRE m. z
pris, A leur réveil, de ne pas trouver Elicio. Le soleil avoLt déjà fait près de la moitié de son cours : inquiets de ne pas le voir de retour, ils allèrent le chercher au vhlbge. Comme ils traversoient le petit bois de myrtes, ils entendirent la voix de leur ami. Attentifs et curieux^ ils s'arrêtèrent pour écouler. Elicio chantoit ces paroles ;
J'aimois une jeune bergère.
Mon amour faisoit mon bonheur :
Je croyois posséder le cœur
De celle qui m'étoit si chère.
Hélas î pour un autre amant
Elle trahit mon espérance ; Et j'aime mieux pleurer son inconstance
Que d'être heureux en l'oubliant.
J'étois encore enfant comme elle Quand l'amour fit naître mes feux ; Mon cœur, pour en ctre amoureux.
N'attendit pas qu'elle fût belle.
Hélas î pour un autre amant Elle trahit mon espérance ; Et j'aime mieux pleurer son inconstance ûue d'ctre heureux en l'oubliant.
Les bergers, nlarmés par ces tendres plaintes, coururent vers Elicio : ils le trouvèrent assis au pied d'un bèlre, le visage baigne de larmes. A peine il IfS apperçut, que, se levant précipitamment, il vint se jetter au cou d'Eraslre, JVIon ami, lui dit-il, nous allons perdre Galatée. Elle nous quitte pour jamais.
Ecoutez, ajouta-t-il en regardant Tircis et Damon, le funeste secret que Mœris m*a confié ce matin : je vais vous rapporter ses propres paroles.
Elicio, m'a-t-il dit, je do'^s reconnoître l'attachement que tu m'as toujours n^arqué, en l'instruisant le premier du mariage de ma fille. Je l'ai conclu hier : elle épouse un riche Portugais dont les immenses troupeaux couvrent les bords du Lima. Quatre bergers, envoyés par ce futur époux, viennent d'arriver chez moi et partiront demain avec Galatée. Je sais que tu t'intéresses à ma ûile comme si tu étois son frè^-e^
L I V R E iir. 7<)
et je l'ai choisi, mon clier Elicio, pour te prier de l'accompagner en Portugal, d'être présent à ses noces, et de venir me rapporter des nouvelles certaines de son bonheur.
Malgré le trouble oh m'a mis ce dis-r cours, j'ai retrouvé ma voix pour y répondre. Comment ! lui ai-je dit, vous avez pu consentir à vous séparer de votre fille ! vous avez pu la condamner à vivre loin de sou père et de sa patrie ! Etesvous certain de ne pas faire son malheur en l'exilant dans un pays étranger? Pensez-vous qu'elle ne regrette pas. . . . J'ai sondé le coeur de ma tille, interrompit Mœris ; je l'ai instruite de mes résolutions : elle ma répondu, avec sa douceur ordinaire, qu'elle seroit toujours prête à m'obéir. J'ai même démêlé sur son visage une légère émotion, marque certaine de cette joie qu'éprouve la fille la plus sage en apprenant qu'elle va se marier. Ne sois donc pas inquiet de sou
CO CALAT f E.
bonheur, et va te préparer au voyage que j'attends lie ton amitié. VoilA, mes amis, ce que m'a dit Mœris : voilà l'événement que je craignois plus que la mort,
Tircis, Damon, et sur-tout Erastre, s'affligèrent avec Elicio. Mais, lui dit Damon, puisque Mœris vous estime et vous aime, pourquoi n'avez-vous pas tenté de lui faire l'aveu de votre amour ? Vous ne le connoissez pas comme moi, lui répondit Elicio : il a déclaré qu'il vouloit que son gendre eût autant de biens que sa fille. Si j'avois osé parler, il auroit cru que j'aimois sa fortune, et son amitié pour moi se seroit changée en mépris. Mœris est trop riche pour n'être pas défiant : je suis trop pauvre pour être hardi.
Mon ami, lui dit Tircis, ne perdez pas toute espérance : allons trouver Galatéb : allons savoir d'elle-même s'il est vrai qu'elle consent à épouser ce Portugais : et si, comme je le crois, il lui