‹ Galatée; pastorale imitée de CervantesChapitre 8 sur 30 · LIVRE m. si · texte numérisé non relu

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en coûte pour obéir à son père, nous tâcherons de rompre ce funeste mariage.

L'amour et l'amitié nous inspireront :

sfuls ils ont fait des miracles, que ne feront-ils j)oint réunis ?

Elicio suivit le conseil de Tircis. Les quatre bergers prirent le chemin de la fontaine des Ardoises, où Galatée se reposoit souvent. Ils espéroient l'y trouver : leur attente ne fut pas trompée. La bergère ctoit assise au bord de l'eau, et plongée dans une si profonde rêverie, qu'elle n'apperçut point les bergers. Ses yeux humides regardoient la fontaine :

son front étoit appuyé sur une de ses mains, et de l'autre elle caressoit le chien d'Elicio, ce chien qui, depuis si longtemps, étoit plus souvent avec elle qu'avec son maître. Le fidèle animal, couché aux pieds de Galatée, avoit la tête appuyée sur les genoux de la bergère, les yeux fixés sur les siens : et sori air inquiet et reconnoisbant seaible

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lui demander pourquoi, ce joiir-Ià, il étoit caressé plus qu'à l'ordinaire. Elicio fit arrêter ses compagnons pour jouir de ce spe6tacle : une douce satisfaction rem • plaçoit déjà la douleur peinte sur son visage. Galatée, qui se croyoit seule avec le chien, se mit à chanter ces paroles :

O toi qui suis toujours mes pas.

Toi, le compagnon de ma vie, Tu vas perdre ta bonne amie :

Elle quitte ces beaux climats.

Une obéissance cruelle "-

M'arrache à ces prc?, à ces bois, Où j'entendis souvent la voix D'un amant comme toi fidèle.

Aimable chien, viens avec moi:

Toujours seule avec ma pensée.

De ma félicité passée Il ne me restera que toi.

•Quitte ton maître pour me suivre :

Tu reviendras au premier jour :

I! apprendra par ton retour ûue loin de lui je n'ai pu vivre.

Lrs larmes que versoit Galatée ne lui permirent pas de poursuivre. Eliciopleuroit aussi: mais cétoit de joie. Il n'est plus maître de son transport : il court vers la bergère, tombe à genoux devant elle, et saisit une de ses mains qu'il presse contre ses lùvres. Galatée surprise fait de vains efî'orts pour la retirer : elle s'apperroit que d'autres bergers la regardent, elle veut se fâcher : elle ne le peut pas: elle veut fuir: le chien l'en empêche : il tourne autour d'elle en sautant: il les caresse tous deux à la fois : on diroit qu'il jouit du bonheur qu'il vient de procurer à son maître.

Tircis, Damon, Erastre même étoient attendris,et n'osoient approcher des deux amans. Galatée les appelle, fait relever Elicio, et s'efforçant de dérober ses larmes : je ne prétends plus, leur dit-elle, cacher un secret que mon imprudence a trahi. Oui, je regrette ma patrie : j'y laisse peut-être mon cœur : mais je d'cb

suis que plus résolue à obéira mon père: ce devoir sacré l'emportera sur tout. Je vous conjure de ne pas redoubler par vos ' plaintes une douleur qui seroit inutile, et sur-tout de ne pas troubler une solitude devenue nécessaire après un tel aveu. A ces mots, elle s'éloigne, laissant les quatre bergers interdits. Le chien d'Elicio fut le seul qui osa la suivre: elle s'en apperçut, et voulut l'en empêcher en le menaçant de sa houlette j mais le chien s'offrit à ses coups, et la pauvre Galatée ne put jamais venir à bout ni^de le battre ni dele chasser.

Les quatre amis, restes ensemble, tinrent conseil sur les moyens de rompre ce fatal mariage. Tircisétoit d'avis de ras- Fcmbler les bergers de la contrée, et de venir tous rns» mble supplier Mœris de ne p.îs leur enlever le trésor dont ils étoient si fiers. Damon vouloit aller en Portugil menacf^r le futur époux, et Vclfia^er de manière qu'il renonçât lui-

mê.iie

même à Galatce. Elicio inclinolt vers ce parti. Erastre, la main sur ses yeux, ne disoit rien, et pleiiroit : non, mes amis, s'écria-t-il, en essuyant ses larmes, tous ces moyens ne serviront qu'à irriter Mœris. J'ai un projet qui rendra tout le monde heureux, excepté moi : c'est à celui-Ul que je m'arrête, et de ce pas je vais l'exécuter. En di>-ant ces paroles il embrasse Elicio, et s'éloigne.

Les bergers qui comptoient peu sur rinvention d'un homme aussi simple qu'Erastre, se proposèrent d'aller consulter Ihermite Fabian. Déjà ils étoient en chemin lorsqu'ils rencontrèrent un cavalier superbement habillé, monté sur un magnifique cheval, et suivi de deux, dames sur des haquenées. Une troupe nombreuse de valets prou voient que c'étaient des personnes de distinétion. Les bergers les salucrf nt en p3>î$ant ; et l'inconnu, leur rendant le s?.lut, arrêta Elicio : voudriez-vous bien, lui dit-il, H

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nous indiquer dans ces forets un Heu commode pour y passer quelques heures?

Les dames que vous voyez sont fatiguées de la chaleur de la route, et voudroient 5e reposer ici. Elicio, qui s'oublioit toujours pour penser aux autres, les conduisit à la fontaine des Ardoises, qui n'étoit qu'à deux pas. Dès qu'ils y furent arrives, leurs valets dressèrent une table qui fut bientôt couvertede rafraîchissemens.

Les deux dames, assises sur l'herbe, levèrent leurs voiles, et surprirent Tircis et Damon par l'éclat de leur beauté.

L'aînée de ces deux inconques l'emportoit encore sur la plus jeune ; mais peutêtre ne devoit-elle cet avantage qu'à la profonde tristesse qui sembloit obscurcir les attraits de sa cadette.

Elicio pressoit ses compagnons de reprendre le chemin de l'hermitage -, le cavalier les retint. Laissez-moi jouir, leur dit-il, du bonheur de vous avoir rencontrés; je voudrois ne vivre qu'a-

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