‹ Galerie d'originauxChapitre 41 sur 70 · LES MÊMES, ADÈLE · texte numérisé non relu

LES MÊMES, ADÈLE

ADÈLE. — Voilà une lettre que la petite à la portière vient de monter.

M. BELHAMY. — Dc qui ccItc lettre?

AiMÈLE. — Dame, je ne sais pas, moi ; ça vient de la poste.

iOO r.ALERIE d'originaux.

M. PRÉPARÉ. — ■ Ça m'a tout l'air d'un billet de faire part de mort.

M. BBLHAMY. — Ail bail ! Et de qui donc?... Pardon, monsieur Préparé.

H. PRÉPARÉ. — Faites, je vous prie; vous êtes chez vous.

M. BELHAMY. — Ticns!... Ah! par ma fol, voilà qui est plaisant! Dis donc, Adèle...

ADÈLE. — Eh bien, quoi?

M. BELHAMY. —M. Pérluct qui cst mort!

ADÈLE. — Pas possible!

M. PRÉPARÉ. — M. Périnet?

M. BELHAMY. — Mals, oui, au fait, vous le connaissiez, monsieur Préparé?

M. PRÉPARÉ. — Très-particulièrement.

M. BELHAMY. — Eu vollà uuc drôlc, à laquelle je ne m'attendais pas.

ADÈLE. — Ni mol.

M. PRÉPARÉ. — Ce qu'il y a de bien singulier, c'est que j'ai causé avec lui , il n'y a pas de ça quinze jours; il n'avait l'air de se douter de rien.

M. BELHAMY, Hsant. — « Vous êles prié d'assister au service, convoi et enterrement de M. Louis-Honoré- Laurent-Jean Périnet, décédé en sa maison... »

ADÈLE. — Sa maison? la maison à madame Godot, sa maison?

M. BELHAMY. — Enflii, nMmporle; on met sa maison pour tout le monde, c'est l'usage. (Lisant.) « Rue... qui aura lieu le... etc., etc. Deprofundis» Imprimerie de Ducessois. »

ADÈLE. — C'est demain malin.

M. BELHAMY, Hsaut, — « De la part de madame Périnel, sa veuve; de M. Albéric Périnet, de M. Jules-Armand Périnet, de M. Boudard , de madame Boudard, de mademoiselle Célestine-Almée Boudard, de mademoiselle Ëglé-Marie Boudard, etc., etc. » Eh bien, si j'attendais la mort de quelqu'un, ce n'était guère celle-là.

H. PRÉPARÉ. — Ainsi va le monde.

M. BELHAMY. — Mon Dlcu^oui! Quand je pense qu'il y a buit jours, je dinai avec lui chez son neveu. Qui s'en serait douté?

ADÈLE.— Il y a moins que ça que je l'ai rencontré —j'allais au marché— avec son chapeau à la main.

M. PRÉPARÉ. — Le sang l'incommodait.

ADÈLE. — Il était avec un autre monsieur.

M. BELHAMY. — Cc u'cst pas uuc raîson.

M. PRÉPARÉ. — Comment ! ce pauvre M. Périnet est mort !

M. BELHAMY. — Jc connais quelqu'un qui ne sera pas Tâché de ça.

M. PRÉPARÉ. — Qui ça? son neveu? car ses enfants sont de bons enfants.

M. BELHAMY. ~ Son oeveu, d'abord, et sa sœur, madame Boudard.

ADÈLE.— Ça mellra du beurre dans ses épinards, à marne Boudard.

M. PRÉPARÉ. — Croyez-vous? Elle lui paraissait pourtant bien attachée, à son frère.

M. BELHAMY. — Ils ne sc Voyaient pas depuis qu'eiie s'était remariée, il y a plus d'un an.

M. PRÉPARÉ. — Âh ! oui-da !

M. BELHAMY. — A couteaux tlrés !

M. PRÉPARÉ. — Ce n'était pas un méchant homme que ce Périnet.

M. BELHAMY. — Un bêla!

H. PRÉPARÉ. — - Peut-être le jugez-vous un peu sévèrement.

M. BELHAMY. — Un uiais !

ADÈLE. — C'est des gens qui changeaient de domestiques à tout moment.

M. BELHAMY. — La preuve qu'ils ne vivaient pas en très-bonne intelligence, c'est que, depuis longtemps, ils étaient séparés de biens. Les uns donnent tort au mari, d'autres à la femme; c'est un embrouillamini à ne plus s'y reconnaître. Au surplus, qu'ils s'arrangent entre eux! Mol, Je n'ai rien à y prétendre, je m'en moque!

M. PRÉPARÉ.— Je vous cn livrerais bien autant, pour ma part; il fut un temps, je me le rappelle

comme si c'était bier, il fat un temps où lis menaient grand train.

M. BELHAM Y. — C'élàll un gaillard, ce diable de papa Périnet.

ÀDâLE. — Je sais bien , tant qu'à moi, que je n'aimais pas quand monsieur m'envoyait chez lui '■ il avait toujours quelque bêtise à vous dire.

M. BELHAMT. — S'il uc faisait qu'en dire, ce n'était que demi-mai.

ADÈLE. — Dites donc, vous...

M. BELHAMY. — Ticus, Adèle, voilà encore un sous-pied craqué.

ADÈLE. — Qu'est-ce que vous voulez que j'y fasse?

M. BELHAMY. — Mals uu polut; ça me rendrait service.

ADÈLE. — Comme ça, sur vous? Merci! À quoi bon les sous-pieds, après tout? A vous tirer vos pantalons, à vous les éreinter ! C'est bien embêtant, celte invention-là.

M. BELHAMY. — C'csl la modc.

M. PRÉPARÉ. — Il y a longtemps que j'y ai renoncé.

ADÈLE. — Et vous ne vous en trouvez pas plus mai?

M. PRÉPARÉ. — Au contraire.

ADÈLE. — Non; mais je me tue de lui dire de la

i04 GALERIE D'ORIGINAUX.

laisser suivre aux autres, la mode; Il ne veut jamais m'écouter.

M. BELHAMY. — - J'cu fcrais dc belles si je t'écoutais.

ADÈLE. — Vous avez beau dire, quand on a du ventre comme vous en avez, c'est flni , faut plus pensera tout ça.

M. PRÉPÂHÉ. — Comment! ce pauvre M. Périnet s'est laissé mourir!

M. BELHAMY. — Jc crols biCH quc c'est parce qu'il n'a pu faire autrement.

M. PRKPA&Ë. — A quelle heure demain le service?

M. BELHAMY.— Attendez... Dix heures précises.

M. PRÉPARÉ. — C'est un peu tôt pour la saison.

M. BELHAMY. — Comptez-vous y aller?

M. PRÉPARÉ. — Peut-être bien, si je reçois une invitation ; sans cela, j'en doute.

M. BELHAMY. -- Vous CH reccvrcz immanquablement... Après ça, on va là comme on va ailleurs, pour voir du monde; vous y trouvez des individus qu'on ne voit que là.

M. PRÉPARÉ. -* Peut-être bien m'y décidera i-je... Dites-moi, monsieur Belhamy, déjeunez- vous auparavant?

M. BELHAMY. — Asscz Ordinairement je ne déjeune pas, mais je prends quelque chose.

M. PRÉPARÉ. — C'est comme moi.

l'enterrement. iOô

M. belhàmy. — Parce que, vous savez, il est d'usage dans certaines maisons de déjeuner en sortant de là.

M. PRÉPARÉ. — Vous rappelez- vous l'enterrement de ce pauvre M. Lagrénois?

H. BELHAMY. — Si je me le rappelle... Jamais nous i)e nous amuserons comme ce jour-là.

H. PRÉPARÉ. — Vraiment, j'en étais honteux.

M. BELHAMY. — Il n'est rlcn de tel que ces parties improvisées.

M. PRÉPARÉ. — Et cependant nous devons convenir, entre nous, que nous le regrettâmes tous beaucoup, M. Lagrénois.

M. BELHAMY. — Mou Dicu ! croycz-vous que, s'il eût été là, il n'eût pas été le premier à s'amuser?

M. PRÉPARÉ. — C'est ce que je me suis dit souvent depuis ; surtout du caractère dont il était.

M. BELHAMY. — Ça, jc locroîs... Âh çà ! mais estce que vous partez, monsieur Préparé, que je vous vois prendre votre chapeau?

H. PRÉPARÉ. — Oui; j'ai plusieurs courses à faire ce matin... Je vous demanderai la permission...

M. BELHAMY. — PourquoI nc pas rester un peu?

Nous aurions déjeuné là, comme deux paires d'amis.

H. PRÉPARÉ. — Bien obligé, impossible aujour-

d'bui ; mais vous, monsieur Belhamy, quand est-ce que vous viendrez nous demandera dîner?

M. BELHAMY. — Nous Organiserons tout ça demain, à l'enterrement.

M. PRÉPARÉ. — Si j'y vais.

M. BELHAMY. — Vous y Viendrez.

M. PRËPARG. — Nous verrons... Sans adieu.

M. BELHAMY. — De tout moo cœur ; mes respects à madame.

M. PRilPARÉ. — Merci pour elle.

Page 1