I. (•.MKmil-.MKM
M. PRU'ARÉ. — Coninienl! ricii ?
M. cRLiuMV. — Mon ili.ibli' de soiis-picd qui vienl (li; ciaqucr.
M. PRi'.PAiu;. — Jf ii't'ii 1)0iIl' janiiiis.
M. BELiiAMY. — Jc iiiiirai par lii, vous verrez... Kneore, vous, monsieur Préparé, vous avez une femme.
M. PRKPARK. — Pour ec qui esl de mes affaires, c'est loul comme si Je n'en avais pas.
M. liELUAMv. — Parce que vous ne l'avez pas stylée à ça.
M. PRKPvRi;. — J'aurais eu beau la sl\ier,on n'en fait pas toujours ce qu'on veut, des dames.
M. BELHAMY. — A (|uoi Itou alois Se marier? Car je mets en fait que, sur vingt mariages, dix-neuf se font parce que les liommes ne savent pas coudre un boulon.
SCÈXE II.
LES MflMES, Af>ÉLE.
ADELE. — Voilà une ittirc que la petite à la \H)rlière vient Je monter.
M. BEi.niMV. — De qui celle lellre?
ADÈLE. — Kanie, jf no sais pas, moi ; ça vienl de l:i posle.
100 (iALKRIK U'OHIGINAUX,
M. PRËP.4RK. — Ça m'a tout l'air tluii hilld do faire part de mort.
M. liELHAMY. — Ali bail! Et de qui donc?... Pardon, monsieur Préparé.
M. PRÉPARÉ. — Faites, je vous prie; vous êtes chez vous.
M. EELHAMY. — ïlcns!... Ah! par ma foi, voilà qui est plaisant! Dis donc, Adèle...
ABÈLE. — Eh I)ien, quoi?
M. EELHAMY. —M. Périnct qui est mort!
ADÈLE. — Pas possible!
M. PRÉPARÉ. — M. Périnel?
M. BKLHAMY. — Wais, oui, au fait, vous le connaissiez, monsieur Préparé?
M. PRÉPARÉ. — Très-particulièrement.
M. liCLDAMY. — En voilà une drôle, à laquelle je ne m'attendais pas.
ADÈLE. — Ni moi.
M. PRÉPARÉ. — Ce qu"il y a de bien singulier, c'est que j'ai causé avec lui , il n'y a pas de ça quinze jours; il n'avait l'air de se douter de rien.
M. EELHAMY, Usant. — « Vous êlf'S prié d'assister au service, convoi et enterrement de 31. Louis-Konoré- Laurent-Jean Périnel, décédé en sa maison... »
ADÈLE. — Sa maison? la maison à madame Godol, sa maison?
M. BCLHiMY. — Enfin, n'importe; on nicl sa niiiison pour (ont le mon. le, c'est i'us;ige. (Li.snnl.) * Rue... qui aura lieu le... etc., etc. De profundis. Imprimerie de Ducessois, »
AUÈLE. — C'est demain matin,
M, BELHAMY, Usaul. — 'i Dc la part de madame Périnel, sa veuve; de M, Alliéric Périnet, de M. Jules-Armand Périnel, de M, Boudard, de madame Houdard, de mademoiselle C('|esline-Aimée Boudard, de mademoiselle flpIé-Marie Boudard, etc., etc. » Eh bien, si j'attendais la mort de quelqu un, ce n'était piière celle-là.
M. PREPVRK. — Ainsi va le monde.
M. BF.LHVMY. — Mou Dieii, oui ! Quand ji! pense qu'il y a huit jours, je ditini avec lui die/ son neveu. Qui s'en serait douté?
ADÈLE. — Il y a moins que ça que je lai rencontré — j'allais an marclié— avec son chapeau à la main.
M. PRLPAnÉ. — Le sang l'incommodait.
ADÈLE. — Il était avec un autre monsieur.
M. iiELiiAMY. — Ce n'est pas une raison.
M. PRi'.PARÉ. — Comment! ce pauvre M. Périnel est mort !
M. BELHAMY. — Jc counais quelqu'un qui ne sera pas fâché de ça.
M. PRi-PARÉ. — Qui ça ? son neveu? car ses enfants sont de bons enfants.
i02 GALERIE D ORIGINAUX.
M. BELHAMY. — Son iieveu, d'abord, et sa sœur, madame Bomiard.
ADÈLE.— Ça mettra du Ixiirre dans ses épinards, à mame Boudard.
M. PRÉPARÉ. — Croyez-vous? Elle lui paraissait pourtant bien allacliée, à son frère.
M. BELHAMY. — Ils ne sc Voyaient pas depuis qu'elle s'était remariée, il y a plus d'un an.
M. PRÉPARÉ. — Ah ! oui-da !
M. BELHAMY. — A coutcaux tirés !
M. PRÉPARÉ. — Ce n'était pas un méchant homme que ce Périnet.
M. BELHAMY. — Uu bêta!
M. PRÉPARÉ. — Peut-être le jugez-vous un peu sévèrement.
M. BELHAMY. — Uu niais !
ADÈLE. — C'est des gens qui changeaient de domestiques à tout moment.
M. BELHAMY. — La prcuvc qu'ils ne vivaient pas en très-bonne intelligence, c'est que, depuis longtemps, ils étaient séparés de biens. Les uns donnent tort au mari, d'autres à la femme; c'est un embrouillamini à ne plus s'y reconnaître. Au surplus, qu'ils s'arrangent entre eux! Moi, je n'ai rien à y prélendre, je m'en moque!
M. PRÉPARÉ.— Je vous cn livrerais bien autant, pour ma part; il fut un temps, je me le rappelle
L ENTERREMENT. KKi
coninie si c'tMail liicr, il fut un Icnips où ils mennient grnml trnin.
M. BELHVMY. — C'élail uii gailliinl, ce diable de papa Périnel.
ADÈLE. — Je sais bien, tanl qu'à moi, que je n'aimais pas quand monsieur m'envovnii chez lui ■ Il avait toujours qucliiue bèlisc à vous dire.
M. nELiiAMv. — b'Il ne faisait qu'en dire, ce n'était que demi-mal.
ADÈLK. — Hiles donc, vous...
M. BEI.UIHY. — Tiens, Adè'e, voilà encore un sous-pied craqué.
ADÉi.K. — QuVsl ce que vous voulez que j'\ fasse?
M. BELHVMY. — Mais uii poiiit; ça me rendrait service.
ADÈLE. — Comme ça, sur vous? Merci ! A quoi bon les sous-pieds, après tout? A vous tirer vos pantalons, à vous les éreinter! C'est bien enil)élanl, celle invention-là.
M. nKLUvMY. — C'est la mode.
M. PREPARE. — Il y a longlemps que j'\ ai renoncé.
ADÈLE. — El vous ne vous en trouvez pas plus mal?
M. PRÉPARi'.. — .Vu contraire.
AUÉLE. — Non; mais je nie lue de lui dire de la
iU GALERIE d'originaux.
laisser suivre aux autres, la mode; il ne veut jamais m'écouter.
M. BELHAMY. — J'en ferais de belles si je fécoulais.
ADÈLE. — Vous avez beau dire, quand on a du ventre comme vous en avez, c'est linl, faut plus pensera tout ça.
M. PRKPAKÉ. — Coraraenl! ce pauvre M. Périnel s'est laissé mourir!
M. EELHAMY. — Je cpois bien que c'est parce qu'il n'a pu faire autrement.
M.PRKPARÉ. — A quelle heure demain le service?
M. BELHAMY. — Attendez... Dix heures précises.
M. PRÉPARÉ. — C'est un peu tôt pour la saison.
M. BELHAMY. — Comptcz-vous y aller?
M. PRÉPARÉ. — Peut-être bien, si je reçois une invitation ; sans cela, j'en doute.
M. BELHAMY. — Vous cn recevrcz immanquablement... Après ça, on va là comme on va ailleurs, pour voir du monde; vous y trouvez des individus qu'on ne voit que là.
M. PRÉPARÉ. — Peut-être bien m'y déciderai-je... Dites-moi, monsieur Belhamy, df'jeunez- vous auparavant?
M. BELHAMY. — Asscz Ordinairement je ne déjeune pas, mais je prends quelque chose.
M. PRÉPARÉ. — C'est comme moi.
L EXTKRRKMENT. 10.",
M. utLHAM\. — Parce que, vous savez, il l'si «rusage dans cerlaines maisons de déjeuner en sortant de là.
M. PRi'.PARK. — Vous rappelez-Vous renlcrrcmenl de ce pauvre M. Lagrcnois?
M. BKLUAMY. — Si je HIC le rappelle... Jamais nous ne nous amuserons comme ce jour-ii'i.
M. PRKPARK. — Vraimenl, j'en étais honteux.
M. BELiuMY. — Il n'est rien de loi que ces parlies improvisées.
M. PRKPARK. — El cependant nous devons convenir, entre nous, que nous le regreliàmes Ions beaucoup, M. Lagrénois.
M. BELH4MY. — Mou Dicu ! croycz-vous que, s'il eùl été là, il n'eùl pas été le premier à s'amuser?
M. PRÉPARÉ. — C'est ce que je me suis dit souvent depuis; surtout du caractère dont il était.
M. BKLHAMV. — Ça, je le crois... Ali çà ! mais estce qui' NOUS parlez, nionsieur Préparé, que je vous vois prendre voire chapeau?
M. rBKPARt. — Oui; j'ai plusieurs courses à faire ce malin... Je vous demanderai la permission...
M. BELHAMY. — Pourquoi ne pas rosier un peu? Nous aurions déjeuné là , comme deux paires d'amis.
M. PR1.P4R1':. — r>ien obligé, impossihle aujour-
lÛB CALERIE iVORIGlNAUX.
, d'hui ; mais vous, monsieur Belhamy, quand esl-ce que vous viendrez nous demander à dîner?
M. BELHAMY. — Nous orb'aniserons loul ça demain, à l'eiilerrenient.
M. PRÉPARK.. — Si j'y vais.
M. BELHAMY. — Vous y vicndrcz.
M. PRÉPARÉ. — Nous verrons... Sans adieu.
M. BELHAMY. — De loul mou coeur; mes respects à madame.
M. PRs'.PARK. — Merci pour elle.