SCENE XI
LES MÊMES, PITOIS, nnpaquel de letlres à la main,
PITOIS. — Tenez, Sopliie, voilà des lettres pour mon fils; vous les lui remettrez quand il descendra. Chère amie, je vais déjeuner.
MADAME PITOIS. — Dls doMC, dls donc, monsieur Pitois, nous avons un petit compte à régler ensemble.
PITOIS. — Et pourquoi? Ne vas-tu pas me faire un crime, à présent, d'être allé reconduire celte brave madame Fenouillot?
MADAME pxTOîs. — Il s'agit bien de ça, vraiment! ne dirait-on pas, à vous entendre, que je dessèche de jalousie? que vous ayez jamais été un homme à bonnes fortunes? que c'est à qui vous aura? Laissez donc, mon cher ami , vous me faites pitié!
PITOIS. — Si c'est une querelle d'Allemand, madame Pitois, que vous venez me faire là...
MADAME PITOIS. — Je ii'ai que deux mots à vous dire; vous pourrez vous en aller après. Quel est,
s'il vous plaîl, l'individu que vous m'avez amené lanlôl?
piTois. — Eh ! parbleu ! c'est Guicliard.
SOPHIE. — Vous voyez, madame, vous avez deviné juste.
MADAME piTois, « Sopluc. — Je nc vous parie pas. {A son mari.) Et comment se fait-il qu'il ait consenti à remettre les pieds ici?
PiTois. — Je l'ai rencontré ce matin, comme je sortais d'une maison dans laquelle je venais de déposer une carie. La léle encore toute remplie de l'événement d hier, je ne pensais pas à autre chose, lorsque je me trouve tout à coup lancé dans un passant que je ne voyais pas.
MADAME piTois. — Toujours commc un étourneau.
piTois. — J'allais lui laire des excuses, quand je reconnais, qui? Giiichard! Pas moyen de l'éviter. Il me vient aussitôt une idée; je me dis : Voilà un gaillard qui depuis longtemps est dans les administrations, il a dû se trouver en rapport avec beaucoup de monde, peut-être me sera-t-il bon à quelque chose.
MADAME piTois. — Jamais tu ne t'es endormi sur le rôti , c'est une justice à te rendre.
piTois. — Je l'engage donc à déjeuner; il ne s'en souciait pas trop, l'heure de son bureau appro-
chait. Je ne lui donne pas le temps do la réflexion, je l'enlève et le dépose dans cette pièce. Une fois ici, je lui conte mon affaire, je lui fais sa leçon , pas moyen d'en rien tirer. Ce qu'il était autrefois, chère amie, il l'est encore, 11 le sera toujours : un pauvre liomme, comme par le passé.
MADAME piTois. — Tu devais Lien l'y attendre. N'importe, j'aurais bien désiré le voir.
piTois.— Je t'aifail appeler, jamais tu n'as voulu descendre.
MABAMB piTois. — Il fallait me faire savoir qu'il était là. Esl-il bien changé?
piTOiS.— Mécounaissiihle, à faire peur, les joues creuses, pâle, maigre, tiré! Tu sais que jamais il n'a été Ijeau ; il est maintenant à faire trcmli'er. Tu n'as rien perdu à ne pas le voir.
SOPHIE. — Oli! bien sûr que madame n'a pas perdu.
MAi>A>i!; PiTois, avec dignité. — Faites-moi le plaisir, mademoiselle, d'aller voir à la cuisine si j'y suis.
SOPHIE. — Qu'ai-je donc dit?
MADAME piTois. — Jc n'aimc pas que l'on fourre son nez où l'on n'a que faire... M'avez-vous entendue? faut-il vous le'répéler? {Sophie sort.)
LLS TROMPETTES. i91