‹ Galerie d'orinauxChapitre 64 sur 72 · SCÈNE XII · texte numérisé non relu

SCÈNE XII

PITOIS, MADAME PlTOiS.

MADAME piTois. — Oïl a bcau (lire, les fenimos onl toujours plus de (net que les liommes; jainnis je n'aurnis été lui parler de ses affaires, à ce pauvre Guicliarcl. et devant ma domestique, encore.

PITOIS. — Ne crois pas (|ue rien lui fasse; sois bien tranquille de ce côlé-là : il est toujours fier comme un jjaon, loujours le même refraiii à la bouche : « Je n'a; besoin de rien. »

MADAME FiTois. — Est-ce uue raisou? Je sais bien, moi, que je n'ai de ma vie été plus insolente,

— j'ai tort de dire insolente, je ne l'ai jamais été ,

— mais plus fière que lorsque nous en étions aux expédients. Je n'en suis pas moins extrêmement contrariée de ne pas l'avoir vu. Guichard est un ])rave homme, et les braves gens sont rares par le temps qui court. Du reste, je dirai toujours quj, si tu n'avais pas cherché à l'humilier, il aurait accepté ton déjeuner, et ne serait pas parti?

PITOIS. — Pourquoi? pourquoi? Par la faute de la bonne d'abord, qui ne nous avait pas dit que tu déjeunais chez toi ; puis l'heure de son bureau qui le pressait de partir. Voilà, je crois, ce qui s'ap-

pelle entrer dans de grandes explications; que veu\-lii de plus?

MADAME piTois. — Écoutc , jc YGux bicH croire tout ce que lu me dis là ; tu as beau ne pas vouloir en convenir, néanmoins lu aurais tout aussi bien fait de lui laisser continuer son cliemin. Tu te figures peut-être l'avoir rendu bien heureux en l'amenant avec toi; mais c'est que, pas du tout, je suis sûre, au contraire, que le pauvre cher homme a noire maison en horreur, et c'est tout simple, il n'a jamais éprouvé chez nous que des désagréments.

piTois. — Allons, Adélaïde, un jour comme celui-ci, nous n'avons pas le temps de nous attendrir. Ne pensons qu'à notre bonheur.

MADAME piTois. — C'cst précisément parce que aujourd'hui j'en ai, du bonlieur, que j'aurais aimé trouver quelqu'un avec qui le partager; et, certes, Guichard en eût bien accepté la moitié.

piTois. — On dirait à t'entendra que nous sommes abandonnés de la nature entière.

MADAME piTois. — Ticus, vois-tu bien, monsieur Pilois, quand tu fais comme ça l'esprit fort, je te déteste, je voudrais te voir à cent lieues.

piTois. — C'est bien aimable à toi.

MADAME piTois. — Non ; mais c'est vrai, vois-tu, lu n'es pas méchant, lu n'as jamais eu l'ombre de

niécliancelé ; quelle rage as-tu donc de vouloir toujours passer pour ce que tu n'es pas? Cliez loi, le premier mouvemeiil est excellent; tu as été cnclianlé ce matin de trouver Guidiard sous ta main, pour lui faire part du Ijonlicur qui venait do t'arriver...

piTois, poussant xin soupir de suffisance. — Proul !

MAiiAMiî piTois. — N'aie pas l'air de dire que non, parce que ça est ; et, pour en revenir à ce que nous disions, tu as été bien aise de le retrouver. Cinq minutes après, ce n'était plus ça, l'amour-propre avait pris le dessus, tu l'étais dit : « Un instant ! si l'on venait à rencontrer cet indlvidu-là chez moi, que dirait le monde? » Eh! bon Dieu! le monde, pour qui tu fais tant de sacrifices, laisse-le dire, il se moque bien de toi.

piTois. — De II! en aiguille, nous voilà revenus sur le terrain de nos discussions quotidiennes.

MADAME piTois. — A qui la faute?

piTois. — Ce n'est, ma foi, pas la mienne; et, si lu prends aussi diaudemenl le parti de Guicliard, c'est que lu sens où le bât te blesse. Tu es bien un peu comme lui , ma toute belle : lu n'as jamais voulu faire grand'chose pour les autres.

MADAME piTois. — Ail çà ! savcz-vous, mon tout beau, que je vous trouve encore bien plaisant de

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me venir (lire des ciioses pareilles? Il me semble (\uo, depuis bieiilùl Irente-six ans que j'ai le bonheur de vous appartenir, j'ai fait tout ce qu'il était liuniainement possible de faire ! Dire que c'est avec plaisir, ça, je ne le dirai jamais. Mais c'est que plus j'y pense, plus je trouve le moyen de vous \i^ prouver, et sans aller clierciier midi à quatorze heures encore. Vous allez aussi appeler ne rien faire, cuisiner comme je vais cuisiner demain toute la journée pour un tas de gens que je ne connais pas, que je n'ai jamais vus, et qui jamais ne m'ont offert un verre d'eau? Qu'avez-vousà répondre à cela?

riTois. — Tu ne me persuaderas jamais que tu ne connais aucune des personnes invitées pour demain.

MAnAME piTois. — Ma foi, c'est tout au plus.

piTois. — Ne dis donc pas cela.

MADAME PiTOis. — El pourquoi, s'il vous plaît, ne le dirais-je pas?

l'iTOTs. — Parce que cela n'est pas.

MADAME piTois.— H me scmblc, pourtant, qu'excepté trois ou quatre personnes que nous avons demain , passé ça je ne connais plus un chat. Ce n'était pas la peine de me donner un démenti pour si peu de chose. Au surplus, si je ne me faisais une raison, si je ne me disais : Tout ce que je fais là, c'est pour Napoléon, pour mon fils; comme je vous

LES TROMPETTFS. 195

aurais bien vile envoyé promener loul ce bravo monde-là ! Ça ne pèserait pas deux onces. Nous ne nous ressemblons guère, mon cher ami, puisque Ciwr ami il y a, mais tous les gens qui oui l'air de se croire au-dessus de moi, je les déleste.

piTois. — Tu vas toujours d'une extrémité à l'autre.

MADAME riTois. — Quaud nous n'avions à dîner à la maison que des gens comme nous, on riail, on chantait au dessert, les coudes sur la table, j'ai toujours adoré ça, et l'on se quittait bons amis, se promettant de recommencer bientôt. Et toi anssi, monsieur Pitois, qui aujourd'hui veux trancher du grand seigneur, tu m'amusais mieux dans ce temps-là que non pas à présent, avec tes grandeurs ; tu te permettais des calembours, qui la plupart du temps n'avaient ni queue ni tête, mais qui n'en faisaient pas moins rire.

piïois. —Voyons, bonne chatte, calme-loi! te voilà dans un étal qui m'afflige; essuie les larmes, ne pleure pas comme ça.

MADAME PITOIS. — Jc plCUrC VOS SOttiSCS.

PITOIS. — Bien obligé. On serait tenté de croire, s'il venait quelqu'un ici, que je viens de me porter à quelque fâcheuse extrémité.

MADAME PITOIS. — Lalsscz-nioi ! vous m'excédez.

riTois. — Dans quel élal, bon Dieu! la robe ne le lient plus sur les épaules. Je l'en prie, chère amie, de la tenue.

MADAME riTois, montant sur ses grands chevaux. — Vous me failes rire avec voire lenue; mais rappelez-vous donc, mon pauvre cher homme, que c'esl encore à la pauvre ciière femme que vous devez, vous-même, le peu de lenue que' vous avez. Quand vous chanlonnerez dans vos dénis, ça ne changera rien à ce que je me fais l'honneur de vous dire ; sans elle, sans votre chère amie, vous ne sauriez pas encore, à l'heure qu'il c^sl, ce que c'esl qu'un cure-dents, et vous promèneriez toujours vos doigts dans la bouche, quand vous dînez en ville.

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