MADAME PITOIS, MADAME SAINT-AUBIN
MADAME SAINT-AIBIN. — VoUS VOyCZ , lOUtC
bonne, que vous faites de moi ce que vous voulez.
MADAME PITOIS. — Mals c'est bien comme ça que je l'entends.
MADAME SAINT- AUBiiv. — Quc je VOUS embrBsse encore! Sommes-nous bien heureuse?
MADAME PITOIS. — Teucz, madame Ssint-Aubln, ce n'est vraiment pas pour dire, mais je voudrais être morte, à l'heure qu'il est.
MADAME sAiNT-AtiBiN. — Vovons. pas d'cnfanlillage, soyons raisonnable.
MADAME piTois. — Noii, je VOUS jurc, je ne serai jamais plus Iieureuse que je ne le suis.
MADAME SAINT-AIB1>. — ViVCZ, ViVCZ CnCOrC,
vivez longtemps pour votre fils, pour vos amis. Je vais, bonne mère, vous demander la permission d'ôter mon cliapeau.
MADAME piïois. — N'ètes-vous pas cliez vous?
MADAME sAiNT-AiBiN. — Dounez-mol votrc main que je la serre dans les miennes. Ah çà! comment avons-nous passé la nuit?
MADAME piTois. — CommB ça, j'ai été très-agitée.
MADAME SAINT-ALBIN. — Pas plus que mol. Et notre cher enfant?
MADAME piTois. — Je ne l'ai pas encore vu.
MADAME SAINT-AUBIN. — Il cst vcnu hier un instant à la maison, il m'a trouvée tout en larmes ; je venais d'apprendre l'heureux résultat de son affaire. Depuis le matin, j'éiais sur les épines. J'avais chez moi M. Larvot, le président Larvot, qui lui a dit les choses les plus flatteuses.
MADAME piTois. — Ça, jc le crols.
MADAME SAINT-AUBIN. — Lc pauvrc cufant ne savait que devenir. Tant de vertus modestes, alliées à tant de talent, de belles qualités; c'est inimaginable, inouï, merveilleux, c'est à ne pas croire. Mais que vous dirai-je, toute bonne, que vous ne sachiez déjà? JN'est-il pas le meilleur des iils, le
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modèle des jeunes g!>ns de son âge, l'espoir du barreau français?
MADAME piTois, sanylotaut. — Tenez, madame Sainl-Aubin, voilà, depuis hier, le mélier que je fais. [Elle montre son mouchoir arrosé de ses larmes.)
MADAME sAiTiT-Ai'Biiv. — Caliiiez-vous , jjonne mère, de grâce, calmez-vous! Je viens de chez madame Chevet, je l'ai fait lever; voici sa note.
MADAMK PiTois. — Bien obligée. Vous avez pensé à tout.
MADAME SAiNT-ACBir*. — Je crois bien ne rien avoir omis. Je veux, tonte bonne, mener notre fils chez le président, qui désire beaucoup le connaître; ce sont de belles connaissances que je n'entends point qu'il néglii'C.
MADAME piTois. — Commcnl douc! ni moi iion plus.
MADAME sAiNT-AiBiN. — Et petit père, sans doute, aussi bien enchanté?
MADAME piTois. — Ne m'en parlez pas, dans la joie de son âme !
MADAME SAi>T -AUBIN. — Jc l'ai rcuconlré je ne sais combien de fois ce malin; il semblait se multiplier.
MADAME piTOis. — Dcpuis quatre heures, il est sur pied.
MADAME SAi>'T-ArBi\. — Vous allt'z voir les dames de la halle avec leurs bouquets. Je ne crois pas que pefil père y ail songé.
MADAME PiTois. — Jc n'eii Siijs Tien; é[ail-ce bien nécessaire?
MADAME SAiNT-ATJDiN. — Ab çù ! bonnc mère, ne m'avez-vous pas donné carte blanclic?
MADAME piTois. — Jc MB dis pas; majs il y a de ces choses...
MADAME sAiM-ACBiN. — Ce u'csl pas ici, toute bonne, le moment de lésiner. Pas de petites économies, croyez- moi, quand il s'agit de l'avenir d'un fils. Jusqu'à présent, vous avez bien voulu en passer partout où j'ai voulu ; vous en éles-vous mal trouvée?
MADAME PiTois. — NoH, ma foi, j'aurais mauvaise grâce à le dire.
MADAME sAi-\T-ArBi?j.— Vous voyez donc bien !... Voici petit père.