H. DE PENE
On peut dire que M. Henri de Pêne occupe une place à part dans la nombreuse famille des journalistes contemporains. — Est-ce un polémiste ? — Non. — Un critique? — Pas davantage. — Un satiriste? — Pas précisément non plus. — Un chroniqueur? — Oui sans contredit. Tout ce qui se produit dans le monde actuel est de son domaine. Il jouit du privilège de recueillir sur ses tablettes l’incident qui s’est produit hier dans un salon ; le fait qui vient de se passer en plein vent ou dans le foyer d’un théâtre ; le mot qui a été dit au café ou au club, et bien d’autres choses encore : les Commentaires, les Nouvelles, les Cancans, les Épigrammes , les Caricatures, les Mariages, les
Décès, les Duels, les Arrivées, que sais-je encore ? Du tout il forme une gerbe à laquelle il donne ensuite la forme d’un feuilleton qui parcourra bientôt les deux hémisphères sous l’enveloppe d’un journal belge.
En France, où personne ne sait plus se rappeler l’histoire d’hier, on a l’air de croire que c’est là une industrie littéraire toute neuve. Gn a oublié que, depuis les premiers jours de la Régence jusqu’aux derniers jours de Louis-Philippe, cette profession de causeur écrivant a existé sans interruption. L’âge d’or du métier était le siècle de Louis XV. Grimm est le prototype du chroniqueur ; la Harpe, Bachaumont et Favart ont mis la main à cette fabrication de la petite gazette du monde, qui, à tout prendre, est la menue monnaie de l’histoire.
M. H. de Pêne y montre plus de persévérance qu’aucun autre ; c’est sans doute qu’il y est mieux disposé, et aussi probablement parce qu’il y a rencontré plus de succès. Notez bien qu’il s’arrange pour ne pas y être trop en évidence. Ainsi, il ne signe pas ses feuilletons de son nom propre, mais du pseudonyme de Nemo, mot latin qui signifie personne , ou de quelque autre