CHAM
les yeux de Charlet. Vous savez si cet illustre Charlet, le Salvator Rosa du peuple et des soldats, entendait la charge ! Charlet donna donc à l’élève ses meilleures leçons et le congédia quand il vit qu’il était en état de devenir un maître à son tour.
Cependant rien n’est fait pour un homme de talent tant qu’il n’a pas reçu le baptême de la publicité. Qui pouvait comprendre du premier coup ce débutant ? Qui était assez fort pour lui épargner les amertumes du noviciat et les lenteurs du premier succès? Il n’y avait qu’un homme de cette sorte à Paris qui pût agir en toute sûreté de conscience. Nous avons nommé Charles Philipon, le créateur des journaux illustrés, l’homme de la Caricature, du Charivari et du Journal amusant. Charles Philipon avait aimé Grandville, aidé à la vogue de Gavarni, découvert Daumier; il devina Cham dans M. A. de Noë, et lui mit à la main un victorieux crayon. On envoyait des lettres anonymes, c’est-à-dire des dénonciations à cet homme si intelligent ; on lui disait : «Mais votre Cham ne sait pas dessiner! » Et Charles Philipon de répondre aux délateurs cachés dans l’ombre : « Vous ne savez pas ce que vous dites. »
Sous le pseudonyme de Cham, fils de Noë comme lui, l’artiste a dès lors fourni une heureuse et brillante carrière. Au Charivari , au Musée-Philipon , dans vingt Albums, à Y Illustration, sa verve comique intarissable a charmé, instruit, flagellé, critiqué, amusé, et sans doute un peu corrigé notre époque. Il est sans contredit le premier dessinateur comique des temps où nous sommes.
Cham cache sous l’enveloppe d’un artiste un homme d’un esprit littéraire fort original. Il a fait jouer au théâtre des Folies-Nouvelles une pantomime qui a eu beaucoup de succès. On répète en ce moment sur un de nos théâtres de genre une pièce faite par lui en collaboration avec M. Henri Rochefort. Ceux qui vont raviver chaque semaine leur gaieté dans les charges qu’il ne cesse de produire, ne seront certainement pas étonnés de le voir devenir un excellent auteur dramatique.