M»E ALBONI
L’Alboni est née en 1826 à Cesena. Elle appartient à une famille distinguée de la Romagne. Son goût pour la musique se révéla de bonne heure. A onze ans elle déchiffrait à première vue les airs les plus difficiles. Elle est élève de Rossini, qui, avec une affection toute paternellç, cultiva cette souple intelligence et ces belles facultés musicales.
A quinze ans, elle débute à Bologne dans Saffo avec un succès extraordinaire. Les mêmes triomphes l’attendent à Milan, à Vienne, à Saint-Pétersbourg. Elle étudie en même temps toutes les langues de l’Europe, et, à vingt ans,
elle sait chanter en français , en anglais, en allemand, en espagnol, tout aussi bien qu’en italien. En 1846, elle excita un grand enthousiasme à Londres, au théâtre de Covent-Garden, au moment où Jenny Lind chantait au théâtre de la Reine. On l’a mise au-dessus du Rossignol suédois pour la beauté de son organe et la grâce de sa personne.
L’Alboni, en effet, est douée d’une séduisante et sympathique figure; sa physionomie ouverte est empreinte d’énergie et de douceur; son teint est admirable de fraîcheur et d’éclat. Elle a de grands yeux bleus, garnis de cils noirs, et d’où jaillissent de vives étincelles; des cheveux bruns et brillants ornent cette belle tête poétique et ce beau front où rayonne l’intelligence. Ses dents si blanches donnent un vif attrait à ce sourire qui lui est habituel. Elle est éblouissante de santé; sa large poitrine et ses épaules splendides annoncent une organisation robuste, solide et capable de surmonter les émotions et les assauts de la vie d’artiste. Aussi, depuis dix-huit ans qu’elle chante, elle n’a jamais fait manquer un spectacle; jamais elle n’a été indisposée, et l’enrouement lui est inconnu.