LORD PALMERSTON
Très peu de temps avant la révolution de Juillet, c’est-à-dire au temps où il avait dépassé la quarantaine, lord Palmerston était élu membre de la Chambre des communes par un bourg de whigs, et il annonçait dès ce moment un orateur, un diplomate et, en un mot, un homme du bois dont on fait les ministres. Voyant bien que l’avenir appartenait aux idées qui venaient de triompher en France à la chute de Charles X, il inclinait du côté de la réforme et des principes de liberté ; c’est à la suite de ces brillantes joûtes oratoires qu’il a été nommé ministre et que, sauf de courts entr’actes, il n’a pas cessé de l’être.
La presse britannique, quelques orateurs et la presse étrangère ont fait et font encore à tout propos à lord Palmerston les reproches les plus amers ; on le blâme d’arriver à faire triompher la politique de son pays par tous les moyens, par la violence, par la ruse, par l’esprit même. Le fait est qu’il est Anglais et qu’il n’est que cela. C’est le vice congénial des aristocrates de tous les temps et de toutes les contrées de se montrer égoïstes au point de vue de la terre à laquelle ils appartiennent. L’histoire pourra, sous ce rapport, s’asso-
cier à la colère des tribuns; mais ce qu’il y a de cer-* tain, c’est que c’est un ministre habile et qui joue avec les difficultés comme un enfant avec son cerceau.
Pendant les dix-huit années de la monarchie de Juillet, il a tenu en échec la volonté du roi Louis-Philippe ; depuis dix ans il retient la Russie toujours prête à se jeter sur l’Orient; demain, il fera d’autres tours de force. Mais il est bien vieuxf et il commence à avoir besoin de repos.
Supprimez lord Palmerston, l’Angleterre n’a plus la même autorité en Europe.
TA&IS. — SM?, hafolbon chaix ETC*, B CB BERGÈRE, 20. — 599A.
Lisdén, Ptot.
Bon J. DE ROTHSCHILD.
B0N J. de ROTHSCHILD
Tout le monde, en Europe, connaît aujourd’hui la légende tout à la fois honorable et touchante qu’on a publiée sur l’origine de la fortune de la maison de Rothschild. Tout le monde sait qu’un honnête homme par excellence, banquier et israélite, donna, pendant la Révolution et le premier Empire, une direction intelligente à l’emploi des fonds du duc-électeur de Hesse- Cassel, et que, sur la volonté du prince, une portion du bénéfice était attribuée à celui qui avait si bien géré cette fortune. M. le baron James de Rothschild est le cinquième et le dernier survivant des fils de
Meyer-Anselme de Rothschild , l’honnête et actif dépositaire dont nous venons de parler.
M. le baron de Rothschild est né le 15 mai 1792 à Francfort-sur-le-Mein, et il est venu se fixer à Paris en 1812. Il y était déjà, bien entendu, à la tête de l’importante maison de banque qui porte son nom. Pour entourer son existence et ses moyens d’action d’une
plus grande indépendance, l’empereur d’Autriche, Fran-
çois II, lui conféra le titre qu’il a gardé jusqu’à ce jour de consul général de l’Empire en France. Après Waterloo, quand il fut question de régler le milliard des émigrés, et à propos d’autres opérations financières de M. de Villèle et de ses autres ministres, la Restauration eut recours aux lumières et au concours de la maison de Rothschild.
Après la révolution de 1830, le baron de Rothschild envoya à la commission des récompenses nationales un don de 12,000 francs pour les veuves et les orphelins des combattants des trois jours. Déjà cent fois depuis qu’il avait fixé son séjour en France, il avait donné des preuves de cette bienfaisance qui est de tradition dans
Bon j. DE ROTHSCHILD.
la famille. Donner pour toutes les infortunes, sans acception d’opinion politique ou de religion, est une règle de conduite dont il ne s’est jamais écarté.
Sous le gouvernement du roi Louis-Philippe, le baron James de Rothschild prit part à un grand nombre d’affaires financières qui touchaient plus ou moins à la marche de la politique. Nous n’entrerons pas dans ces détails qui demanderaient des développements que nous interdit l’exiguïté de notre cadre, et nous nous contenterons de dire que c’est grâce au patronage du puissant financier que MM. Émile et Isaac Pereire ont pu soumissionner le chemin de fer de Saint-Germain-en-Laye, la première voie ferrée qui ait été faite en France et l’origine de la fortune des deux frères. Ce fut aussi avec leur coopération qu’il entreprit plus tard la ligne du chemin de fer du Nord , opération d’abord difficile , mais qui, dans la suite, a été couronnée d’un plein succès.
La révolution du 24 février n’avait rien qui pût plaire au baron James de Rothschild. Des paysans paresseux et des fauteurs de désordre, que nourrissait d’ordinaire la
main philanthropique du riche banquier, poussèrent à ce sujet l’ingratitude jusqu’à la barbarie. Dès le premier jour de la chute de la monarchie, ils pillèrent et incendièrent un des châteaux qui lui appartenaient. Les Goths d’Attila auraient-ils fait autrement ? Néanmoins, le baron James de Rothschild, n’écoutant la voix d’aucune rancune, envoya 50,000 francs aux victimes de Février et illumina son hôtel. Au reste, sa personne avait été trèshautement protégée par M. Marc Caussidière, préfet de police de l’insurrection.
Jouissant dans l’Europe moderne d’une considération très-méritée, M. le baron James de Rothschild est décoré, de tous les ordres ou à peu près ; il ne porte les insignes que d’un ou deux. Il a fondé de ses deniers et richement doté plusieurs établissements israélites de bienfaisance, tels que la synagogue et l’hospice de la rue Picpus, auxquels ses coreligionnaires reconnaissants ont donné son nom.