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MADAME ALBONI

C’est en 1847 que l’Alboni vint à Paris. Elle donna quatre concerts à l’Opéra; mais c’est dans la saison 1848-49 du théâtre Italien qu’elle fut appréciée comme cantatrice de premier ordre. Elle interpréta d’une manière si merveilleuse le répertoire de Rossini que sous ce rapport elle n’eut plus de rivale. En 1850, elle fit une brillante apparition à l’Opéra, où elle eut de grands succès dans le Prophète , Charles VI et la Favorite.

Le 15 octobre, elle part pour Madrid, puis va chanter à Londres, et fait ensuite aux États-Unis une excursion magnifique; mais elle ne voulut pas que l’enthousiasme américain s’attelât à sa voiture et baisât l’intérieur de son gant au prix de 50 centimes.

L’Alboni revient à Paris en 1853, et les journaux annoncent son mariage avec un grand seigneur, le comte Pepoli. Mais, à l’exemple de la Sontag (l’infortunée comtesse Rossi), elle ne renonce pas à la gloire d’artiste.

L’histoire de l’art offre peu d’exemples d’une organisation musicale aussi riche, aussi complète. L’Alboni

possède une voix de contralto des plus rares, des plus sympathiques ; cette voix est si étendue, qu’elle peut, comme elle l’a prouvé, chanter avec un égal bonheur les rôles de mezzo-soprano et de soprano. A cette richesse d’organe elle joint une méthode incomparable , une méthode classique, si l’on peut ainsi parler ; sa facilité de vocalisation lui permet tout, aussi bien le genre dramatique que le genre léger, et, dans les passages les plus pathétiques, elle conserve toujours cette justesse d’intonation, cette égalité de voix, ce charme de timbre qui distinguent son talent.

C’est quelque chose de merveilleux que cet organe si homogène, si riche et si solide, que ce gosier d’une si étonnante agilité que les notes s’en échappent sans effort, comme l’eau d’une source, argentines et sonores. Quant à son style, il est incomparable pour la correction, le goût et l’élégance. Le génie sait toujours prendre seul son essor; mais l’Alboni n’en est pas moins l’élève de Rossini.

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