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MADAME

VANDENHEUVEL-DUPREZ

Caroline Duprez est venue au monde au moment où son illustre père obtenait en Italie ses premiers triomphes ; elle est née au mois de janvier 1833, à Florence.

Elle eut pour marraine une grande artiste, Caroline Hunger, qui, tenant une petite baguette de saule et se penchant sur le berceau de l’enfant, lui prophétisa le plus brillant avenir. Le grand virtuose de Bériot, le compositeur Mercadante et la Malibran se trouvaient là.

Duprez ne destinait pas sa fille à la carrière artistique ; mais la petite Caroline, dès l’âge le plus tendre,

bégayait les mélodies des maîtres. Un jour, à Naples,

son père célébrait, dans un joyeux souper, un nouveau

succès qu’il venait d’obtenir, et sa fille, à l’improviste, «

se mit à chanter avec ardeur le Di tanti palpiti d’une façon qui émerveilla tous les convives.

Quand Duprez, peu d’années après son magnifique début à l’Opéra, fut nommé professeur au Conservatoire, il ne voulut pas admettre sa fille dans sa classe ; mais la jeune Caroline sut, à force de volonté et de talent, y entrer en conquérante.

C’est en 1850 que Duprez se résigna, c’est le mot, à former sa fille pour le théâtre, et Dieu sait si Caroline profita vite des leçons paternelles. En 1851, elle débutait au théâtre Italien dans la Lueia, où elle obtint les plus brillants succès. Elle était déjà une musicienne accomplie et prononçait parfaitement l’italien, peut-être mieux encore que le français.

Le public d’élite qui fréquente le théâtre Italien apprécia dès le premier jour le talent de la jeune cantatrice. On lui trouva une charmante figure, de beaux yeux noirs, une physionomie où l’intelligence et la poé-

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sie ont mis leur empreinte, une taille svelte et pleine (l’élégance. Ce que l’on remarqua surtout en elle, c’est sa distinction. Tout, dans sa personne comme dans son talent, porte un cachet aristocratique. La fille du grand ténor Duprez est admirablement douée : elle a, au service de son intelligence, une voix d’un timbre mordant, sympathique et fort étendue. Ce que l’on doit surtout admirer en elle, c’est la perfection de sa méthode , sa diction irréprochable et son beau style. Elle vocalise avec une facilité rare, et pourtant, dans le rôle si élégiaque de Lucie, elle joint à ces qualités brillantes l’expression, c’est-à-dire l’éloquence musicale.

Caroline Duprez, à la fin de la saison du théâtre Italien, fut engagée au théâtre de la Reine, à Londres, où elle fut applaudie comme à Paris.

La saison terminée, elle revint à Paris pour créer le rôle principal de Juanita , opéra dont son père a écrit la partition et dont les paroles sont de son oncle; elle eut beaucoup de succès dans cet ouvrage.

Un peu plus tard, Caroline Duprez créa le rôle de Catherine dans V Étoile du Nord , au théâtre impérial

de l’Opéra-Comique. C’est de là que date sa grande réputation.

M. Meyerbeer eut le bonheur de rencontrer à l’Opéra- Comique d’excellents interprètes; il a dû surtout exprimer tous ses remercîments à Mlle Caroline Duprez qui sut, avec une fougueuse intrépidité d’artiste, dominer les difficultés, j’allais dire les aspérités du rôle; elle s’y montra cantatrice émimemment dramatique, et à ce titre elle visait droit à l’Opéra.

Mlle Caroline Duprez appartient aujourd’hui à la scène où son père fit tant de sensation lors de son premier début, après la retraite de Nourrit. Elle a fait sa première apparition dans Lucie, cette éloquente élégie mélodique de Donizetti. Elle y a été justement applaudie, et il faut espérer que son succès lui assurera une position stable à l’Opéra.

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