‹ Galerie des contemporainsChapitre 27 sur 29 · M“E DOGUE · texte numérisé non relu

M“E DOGUE

(EÜGÉNIE)

On n’a pas oublié, surtout les lecteurs du Figaro , cette piquante correspondance entre M"' Doche et MUe Page, où ces dames semblaient jouer au volant avec le sarcasme à propos de leur âge. On a beau dire: à l’heure qu’il est, M"e Doche est toujours l’une des plus jolies actrices de Paris; elle est douée de la plus charmante figure que l’on puisse voir; elle a de magnifiques cheveux blonds, de grands yeux bleus où la pensée rayonne, un sourire enchanteur, un doux et pénétrant organe ; elle est svelte, avec des proportions corporelles correctes. Moins mignonne, un poète pourrait la comparer à Diane chasseresse.

Ce n’est pas seulement par sa beauté qu’elle a su idéa-

liser et poétiser les diverses héroïnes qu’elle a créées sur la scène; elle est au premier rang parmi nos plus intelligentes comédiennes. Son talent est pur, chaste, décent, naïf et toutefois plein de finesse; elle a dans son jeu la grâce, le goût, le charme que révèle toute sa personne; elle excelle dans les comédies légères, où il faut de l’esprit ou du sentiment; mais elle a aussi le secret de la passion dramatique; elle sait, par sa diction naturelle et ses justes attitudes, remuer vivement le cœur et en tirer des émotions et des larmes.

Mme Doche est de famille noble. On a dit qu’elle est moitié Irlandaise et moitié Flamande. Son père, M. de Plunkett, était originaire d’Irlande, et elle est née à Bruxelles. Elle n’était pas destinée au théâtre, dont elle avait, dès ses plus jeunes années, la vocation; mais son père s’opposait à ses désirs. Mme de Plunkett devint veuve ; la jeune Eugénie eut alors toute liberté de poursuivre ses rêves, et sa mère guida elle-même ses premiers pas. Elle avait treize ans à peine qu’elle jouait au théâtre de Versailles, dirigé par M. Robillon, et chaque soir elle était vivement applaudie tant elle montrait déjà de grâce et de gentillesse.

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