PARIS. — IMP. NAPOLÉON CHAI-X ET C% RUE BERGÈRE
Disdéri,Pkot.
L’ABBE IOMO
L’ABBE MOJGNO
Jadis, avant le décret de bannissement lancé par
Louis XV contre les Jésuites, cet ordre donnait l’éveil
à certains esprits d’élite et à des intelligences d’une haute distinction. L’abbé François- Napoléon -Marie Moigno, élève des Révérends Pères et membre lui-même de la Compagnie de Jésus, est, pour les temps modernes, un des hommes éminents dont nous parlons. Né à Guémenée, en Bretagne, en 1804 , d’une ancienne famille noble, il a commencé ses études à Pohtivy et les a continuées chez les Jésuites de Sainte-Anne d’Auray. Il avait dix-huit ans lorsqu’il entra en théologie ; c’était au séminaire de Montrouge qu’il suivait ses cours. C’est alors qu’une vocation scientifique décidée se révéla en lui. Il étudia sans relâche les mathématiques, la chimie, la physique et les autres sciences exactes.
Sous Charles X, les Jésuites durent de nouveau quitter je territoire français, du moins en apparence. En réalité, les Révérends Pères conservaient d’importantes maisons tant dans la capitale que dans les principales villes de la province. En 1836, six années après la chute du roi très-chrétien, la maison de la rue des Postes florissait et servait de pépinière à l’ordre. L’abbé François- Napoléon-Marie Moigno y professait.
Pendant un assez grand nombre d’années, le Révérend Père avait à se multiplier de la manière la plus active. Comme il réunissait en sa personne le professeur, l’orateur sacré, le journaliste et le religieux, il faisait une classe matin et soir, présidait aux stations de l’Avent et prononçait les sermons du Carême; puis il soutenait des polémiques pour le bien de son ordre, tant dans Y Univers que dans Y Union catholique. Cependant l’étude des sciences était ce qui captivait le plus sa pensée. Dans les labeurs auxquels l’assujettissait cette prédilection dominante, il avait été à même de rencontrer les notabilités scientifiques du temps. C’était ainsi qu’il avait lié connaissance avec MM. Cauchy, Ampère, Binet, Arago, Beudant, Thénard et surtout avec M. Dumas,
l’abbé moigno.
chimiste illustre, futur ministre de l’instruction publique, qui professait et qui conserve pour lui une vive affection.
Le zèle que manifestait le Révérend Père Moigno et les aptitudes qui se révélaient étaient donc de nature à profiter à la science et à son ordre. Mais quelle existence d’homme studieux n’est pas troublée? En 1840, c’est-à-dire pendant qu’il veillait à la publication de son premier livre, intitulé : Leçons de calcul différentiel et intégral , 2 vol. in-8J, un des traités les plus complets sur la matière , le P. Boulanger , supérieur des Jésuites, ordonna à l’auteur d’aller au collège de Laval enseigner l’histoire de l’hébreu. Pour obéir, il fallait interrompre et même abandonner le cours d’études que le jeune professeur aimait par dessus tout ; il lutta, temporisa, et, en fin de cause, demeura quelques années à dire non. Comme il fallait un dénouement à cette situation, il sortit de l’ordre et, le jésuite ayant disparu, le savant resta.
Dès ce moment, tout le monde a pu suivre des yeux les efforts, le travail et les succès de l’abbé Moigno. On
venait de fonder Y Époque. L’ancien religieux éntra à ce journal en qualité de rédacteur du bulletin scientifique. Il fit aussi , aux frais de la publication , une tournée d’exploration dans les principales villes de France , à l’effet de renseigner l’opinion publique sur les, découvertes récentes et sur les progrès de la science. Un peu plus tard, il s’occupa des mêmes sujets dans le feuilleton de la Presse , conjointement avec M. Jobard. Après 1848, ce fut au Pays qu’il publia le résultat de ses critiques et de ses observations. En 1852, il fonda une revue encyclopédique sous le titre de Cosmos . M. Sibour, archevêque de Paris, a nommé l’abbé Moigno aumônier du lycée Louis-le-Grand.
Travailleur opiniâtre, l’abbé Moigno ne s’est pas contenté de collaborer à divers journaux. On a de lui une dizaine de volumes sur des matières scientifiques : la télégraphie électrique, l’optique, le stéréoscope, le saccharimètre, etc., etc.