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D APRÈS UN PORTRAIT DE ROSLIN

cèrent d'ailleurs de reconnaître ses bienfaits en lui communiquant leurs observations.

Linné s’était préparé de bonne heure à ses travaux ; admirateur passionné de la nature et observateur d’une sagacité rare, dès son jeune âge il employa tous ses moments de liberté à faire des excursions à la campagne et à rassembler des collections que, plus ' tard, il enrichit et compléta par de nombreux voyages. Peu d’hommes avaient autant voyagé et observé que lui.

Il donna d’abord des relations de ses voyages en Suède, dans l’île de Gotland, en Laponie, en Hollande, etc. ; puis il publia les flores de ces pays : Flora laponica , 1737, Flora suecica, 1746, Flora zéilanica , 1747. A ces publications, il faut joindre la description des collections qu’il eut sous la main et qui étaient les plus riches qu’il y eût au monde : Eortus Cliffortianus , 1737, Eortus Upsaliensis , 1748, Muséum regis Adolphi , 1754, Muséum reginæ Ulricæ , 1764. Ce sont là des travaux préparatoires, des matériaux, qu'il a appliqués dans ses Fundamenta botanica et sa Critica botanica , ouvrages qu’il refondit, quinze ans plus tard, dans sa Philosophia botanica (1751). Ce livre, où brillent à chaque page une finesse d’esprit et une profondeur d’observation remarquables, contient sous forme d’aphorismes toutes les règles de l’observation et de la classification botaniques. Il eut un grand nombre d’éditions et fut pendant longtemps l’autorité souveraine en botanique. Puis vinrent son Généra plantarum, qui fit sensation dans le monde savant et fut réimprimé cinq fois de son vivant, et son

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Species plantamm (1753), qui est l’énumération des espèces avec la synonymie.

Enfin vint son grand ouvrage, le Systema naturæ , ou les trois règnes de la nature, dont l’édition définitive fut publiée en 1766, en quatre volumes. Cet ouvrage immortel, qui eut treize éditions et fut traduit dans toutes les langues, renferme tous les autres ouvrages de Linné ; il en est la synthèse et la systématisation. Il y distribue d’après les mêmes principes les trois règnes de la nature, par classes, ordres, genres et espèces ; il les décrit, fait connaître leurs qualités et les dénomme de manière à aider la mémoire en analysant par le nom les qualités principales. Il distingue d’abord les trois règnes et dit:

Les minéraux croissent ;

Les végétaux croissent et vivent ;

Les animaux croissent, vivent et sentent.

11 divise le règne minéral en trois classes : les pierres, les minéraux et les fossiles, et introduit le premier, comme élément de classification, l’importante considération de la forme cristalline.

En botanique, Linné confirme la thèse du sexe des plantes démontrée par Vaillant et base sa classifieation sur les organes de la fructification. « La fleur est la joie des plantes, dit-il, c’est par elle que la plante se propage. » Il divise le règne végétal en vingt-quatre classes dont le nom et le caractère sont tirés du nombre des étamines ( monandrie , diandrie, iriandrie , etc.) ; dans chacune de ces classes, les ordres sont établis sur le nombre des pistils {mono gy nie , digynie , triç/ynie,e, te.) etchaque ordre embrasse un plus ou moins

grand nombre de genres. Dans ce système si clair, si commode pour la détermination des espèces, si séduisant par sa simplicité, Linné refait la langue scientifique en introduisant la nomenclature binaire dont le principe consiste à donner aux objets deux noms, le premier indiquant le genre et le second l’espèce, suivant un procédé analogue à celui par lequel on distingue dans la société chaque individu par un nom de famille et un nom de baptême. Il en résulta une grande clarté et une grande simplicité dans la désignation des animaux et des végétaux, qu’il caractérisa, en outre, par une phrase concise, qui en contient la description succincte.

La classification botanique de Linné est tout artificielle, et n’a d’autre but que de faciliter la dénomination et la connaissance d’une plante ; il le reconnaît lui-même. Mais, dans sa Philosophia botanica , il montre le but à poursuivre et indique la méthode naturelle comme le dernier mot de la science ; il en publie même des fragments, et la recommande à ses meilleurs élèves.

Voyant dans la nature une harmonie rigoureusement établie, il était persuadé que tous les êtres devaient se relier les uns aux autres d’une façon déterminée. ù a lura non facit saltum , la natiire ne fait point de saut, avait dit Leibnitz, et Linné était persuadé que, dans la longue série des formes vivantes, chaque espèce devait être exactement intermédiaire entre deux autres. C’était cet ordre, image de la nature, que devait réaliser, suivant lui, la méthode naturelle.

Aussi sa classification zoologique n’a-t-elle rien d’artificiel; elle est fondée sur les caractères naturels, et la plupart des groupes qu’il a établis ont été conservés. Toutefois, les animaux inférieurs, si l’on en excepte les insectes, y sont peu avancés ; les matériaux lui manquaient.

On peut donc dire de Linné qu’il fut le législateur de l’histoire naturelle, et que ses ouvrages en seront toujours les codes. Sans doute, il dut beaucoup à Ray pour la zoologie, à Vaillant pour la botanique ; mais il a perfectionné leurs méthodes et y a ajouté la nomenclature qui en est la conséquence rigoureuse et la traduction scientifique. Il a appris à nommer et à décrire les animaux et les végétaux, il les a classés méthodiquement, et par ses aperçus sur la méthode naturelle, il a préparé les voies à Jussieu et à Cuvier. Enfin, on lui doit d’avoir fait connaître, dans toutes les parties, un nombre considérable d’espèces.

La môme année que Linné, naissait un autre génie qui sut s’élever à la hauteur de la nature : Bufïbn, qui n’a point encore eu d’égal dans ce qui fait sa gloire : la richesse de son coloris, la noblesse de son style, la sagacité de sa critique et la hardiesse de ses hypothèses. Embrassant la science sous un point de vue nouveau, il dédaigne les méthodes et contemple la nature dans son ensemble, lui arrache ses voiles et, devinant souvent ce qu’il n’a pu découvrir, son imagination féconde s’élève à des conceptions sublimes. Il crée l’éloquence de la science et en dicte les lois, il établit les bases de la géologie, peint les harmonies des êtres, fonde la géographie zoologique,

LES SCIENCES NATURELLES AU DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 149 et élève un monument impérissable aux sciences naturelles.

Georges-Louis Leclerc, comte de Buffon, naquit le 7 septembre 1707, à Montbard, dans la Côte-d'Or. Fils d’un conseiller au parlement de Bourgogne, il reçut une brillante éducation et commença par se distinguer au collège de Dijon.

Libre de ses actions et maître d’une grande fortune, qu’il tenait de sa mère, dans un âge où les idées ne sont pas encore bien arrêtées, le jeune Buffon ne montrait ni un goût décidé ni une vocation spéciale, et se contentait de cultiver sa raison. Il fit alors la connaissance, à Dijon, d’un jeune Anglais, le duc de Kingston, qui voyageait pour s’instruire en compagnie d’un gouverneur, homme instruit et passionné pour les sciences. Buffon obtint de son père de suivre ses nouveaux amis dans leurs excursions, et ils visitèrent ensemble la France, la Suisse, l’Italie, et se rendirent en Angleterre après deux ans de courses.

Voulant profiter de son séjour à Londres pour se perfectionner dans l’usage de la langue anglaise et justifier de ses progrès, il se mit, en 1733, à traduire deux ouvrages de genres tout différents : la Statique des végétaux , de Haies, et le traité de Newton intitulé : Méthode des fluxions et des suites infinies. Les préfaces et les notes dont il enrichit ses traductions furent son premier début dans la carrière des sciences et des lettres. Il se montra dans l’une, habile physicien, expérimentateur entendu ; dans l’autre, bon géomètre, excellent critique et doué d’une haute intelligence.

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LES TEMPS MODERNES

De retour en France, Buffon offrit ses deux manuscrits à l’Académie des sciences de Paris; ils furent accueillis très favorablement et parurent en 1735, revêtus de son approbation. Il entreprit alors une suite d’expériences de physique et d’économie rurale sur la formation des couches ligneuses, les qualités du bois dans sa croissance et sa reproduction, le degré de force qu’il acquiert lorsqu’il conserve son écorce ou quand il en est dépouillé, l’action des grands froids et des gelées du printemps sur les végétaux, etc. Les mémoires qu’il donna sur ces travaux importants lui ouvrirent, en 1739, les portes de l’Académie des sciences.

Cependant, bien que doué d’un génie supérieur, Buffon n’avait fait, jusqu’alors, qu’errer capricieusement dans les voies de la science; il avait trente-deux ans, et il devenait donc temps pour lui de donner une direction fixe à ses idées. Une circonstance imprévue disposa de son avenir et lui ouvrit la carrière dans laquelle il s’est immortalisé.

Le Jardin royal des plantes médicinales — c’est le titre que portait à l’origine le Jardin des plantes — avait été créé, juste un siècle auparavant, par les médecins de la cour. On y cultivait des plantes pharmaceutiques etl’ony faisait des cours sur leurs vertus usuelles; telle était au moins sa destination; mais, par la suite, l’établissement était devenu, entre les mains des médecins royaux, une ferme à revenus.

L’opinion publique s’émut de cet état de choses et réclama vivement contre cet abus. On lui donna satisfaction sur ce point; la direction du Jardin du roi fut

retirée aux médecins de la cour, et confiée, sous le titre d’intendant, à un homme d’un grand mérite, Dufay, que des travaux recommandables avaient aussi placé à l’Académie. Dufay comprit sa mission et la remplit avec ardeur; il rendit au Jardin botanique sa première destination, et, secondé par les frères de Jussieu, il augmenta considérablement les cultures. Mais il n’eut pas le temps de compléter son œuvre ; la mort vint le surprendre, et il proposa Buffon pour lui succéder, comme étant seul en mesure de continuer son œuvre de régénération. Le gouvernement agréa la proposition, et Buffon succéda à Dufay, commeintendant du Jardin du roi, en 1739.

Nullement préparé à la profession du naturaliste, même par des études élémentaires; n’ayant pour lui, en cette circonstance, que sa haute intelligence et les dons particuliers de son génie, Buffon résolut néanmoins de faire quelque chose de grand. Le Jardin du roi n’avait été jusqu’alors qu’un simple jardin botanique ; le nouvel intendant entreprit d’en faire le temple de la nature. Il fait appel à tous les naturalistes, paye de ses propres deniers des voyageurs, et s’enthousiasmant lui-même pour cette idée grandiose, son imagination s’enflamme. Il se représente le philosophe de Stagyre, Aristote, rédigeant ses traités immortels, réunissant autour de lui les productions diverses de la. nature, les faisant venir de toutes les contrées alors connues, et les décrivant avec exactitude. Il se représente le naturaliste latin Pline, s’érigeant l’historiographe de la terre et peignant avec talent les êtres qui la peuplent. Sa pensée

LES TEMPS MODERNES

s’agrandit ; il comprend tout ce qu’il y a à faire pour illustrer son nom et rendre en même temps aux sciences, à sa patrie, un service que rien ne pourra effacer; il va reprendre le plan d’Aristote et de Pline, lui donner plus de développements, profiter des investigations des siècles écoulés, y comprendre les richesses du second hémisphère découvert par Christophe Colomb; il veut rendre à l’étude la plus belle, la plus utile, la plus curieuse, cet intérêt, cette vie, cette poésie, que les arides nomenclatures des compilateurs avaient bannis du tableau de la nature.

• Mais, sans avoir peut-être assez pressenti toutes les difficultés de son plan, il se trouva gêné, dès l’abord, par les exigences étroites des classifications et la minutie des descriptions des êtres, auxquelles ne pouvait s’astreindre son esprit bouillant et impatient de tout frein. Ce complément de moyens qui lui manquait, il le chercha, et sa bonne étoile ne tarda pas à le lui faire rencontrer chez l’un de ses compatriotes, un jeune ami, qui revenait dans sa ville natale, Montbard, pour y pratiquer la médecine; c’était Daubenton.

Celui-ci, en qui Buffon trouva une profonde instruction, et de plus, la bienveillance d’un caractère facile, accepta le rôle modeste, accessoire, important néanmoins, de descripteur de tous les détails, comme formes zoologiques et anatomiques ; tandis que Buffon gardait pour lui tout ce qui a rapport aux grands phénomènes de la nature, aux mœurs, qualités et habitudes des animaux, aux vues générales, aux liens d’ensemble. Pendant dix ans, les deux amis se ren-

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