PREMIÈRE PARTIE
l’homme phéhistorique; origine des sciences.
Élat de barbarie. — Association : premiers outils et premières armes. — La découverte du feu ; les métaux. — Les animaux auxiliaires ; le chien. — Peuples chasseurs, peuples pasteurs. — Premières observations agricoles et astronomiques. — Supériorité de l’homme sur les animaux.
Lorsque, par la pensée, on se reporte à ces temps reculés où l’homme, nouveau venu sur la terre, nu de corps et d’esprit, exposé aux injures de tous les éléments, souvent victime de la fureur des animaux féroces, traînait péniblement sa misérable existence ; où, « troupeau muet et hideux — pour nous servir des expressions d’Horace — les hommes combattaient pour du gland et des tanières, avec les poings et les ongles d’abord, puis avec des bâtons et des pierres » ; lorsqu’on compare, dis-je, cet état sauvage, où l’homme ne s’élevait sans doute guère au-dessus de la brute, avec le degré de haute civilisation auquel il est arrivé aujourd’hui, on se demande comment s’est opéré ce prodige.
Ce sont les besoins qui ont développé l’industrie, et c’est à l’étude de la nature qu’il faut rapporter les bienfaits de la civilisation.
Après un état de complète barbarie plus ou moins long, l’homme, développant l’usage de l’intelligence qu’il a reçue en partage, jeta des regards étonnés autour de lui. Il vit la terre parée de ses riches productions, les animaux qui la parcourent; il examina avec attention chacun des objets qui étaient à sa portée afin d’en reconnaître, par rapport à lui, les qualités utiles ou nuisibles. Tous les fruits n’étaient pas savoureux et propres à servir d’aliments; tous les animaux qu’il poursuivait pour en faire sa nourriture ou pour se couvrir de leurs fourrures n’étaient pas des victimes résignées à recevoir la mort sans résistance; les uns, sans défense, lui échappaient parla fuite; les autres, mieux armés, avaient souvent l’avantage dans la lutte. Alors il s’associa à ses semblables, d’abord pour se défendre par le nombre, ensuite pour s’aider et travailler de concert à se faire un abri et des armes.
11 commença par aiguiser, en forme de hache et de lance, ces cailloux durs, silex ou jade, ces pierres que l’on a crues longtemps tombées des nues et formées par le tonnerre, et qui ne sont, en réalité, que les premiers monuments de l’art de l’homme dans l’état de pure nature. Avec la hache de pierre, il coupa les arbres, menuisa le bois, façonna ses armes et ses instruments. Puis, un tendon d’animal, des fibres d’écorce, lui servirent de corde pour réunir les deux extrémités d’une branche élastique dont il fit