‹ Galerie des naturalistesChapitre 7 sur 23 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

Bacon et. Descartes. — Influence de Molière. — Galilée et Kepler. — Harvey découvre la circulation du sang. — Guy de la Brosse fonde le Jardin des plantes. — Les voyageurs naturalistes. — Sociétés et académies scientifiques. — Invention du microscope. — Malpiglii, Ruyscli. — Rédi et la génération spontanée. — Leuwenlioëclc, Swammerdam, Lister, Morison, Grew, Séba, J. Ray, Willoughby. — État des sciences en Europe et en France. — Guy Fagon, Pitton de Tournefort, Sébastien Vaillant. — La minéralogie et la géologie.

Le dix-septième siècle va nous offrir un magnifique spectacle, celui du monde moderne qui se développe ; les nations se dessinent avec leurs intérêts nouveaux; les grands capitaines, les grands hommes d’État apparaissent ; enfin la philosophie, les sciences, les beaux-arts, se renouvellent complètement. Le seizième siècle, si hardi réformateur, n’avait pas songé à appliquer à la science l’idée luthérienne ; plein d’admiration pour les trésors de l’antiquité, il avait dévoré les livres anciens sans critique et sans raisonnement ; il s’était contenté d’amasser de l’instruction, d’être érudit, et repoussait toute innovation, toute atteinte à ses idoles. Copernic et Yesale faillirent payer cher l’audace d’y avoir porté la main ; cependant leurs efforts ne furent pas vains, et après eux

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d’autres hommes de génie firent une application positive et scientifique du principe qui porta Luther à réclamer le droit de contrôler l’autorité. Ces hommes furent Bacon, Galilée et Kepler.

On regarde à juste titre François Bacon, grand chancelier d’Angleterre sous Jacques Ier, comme le réformateur de la philosophie à cette époque; et le père de la méthode expérimentale. 11 conçut l’idée d’une restauration complète de la science et voulut qu’on construisît l’édifice des connaissances humaines non sur les notions de l’entendement à l'aide de la dialectique, mais sur l’expérience au moyen de l’induction ; c’est-à-dire que l’on n’arrivât à la généralisation qu’après avoir rassemblé des faits assez nombreux pour qu’il fût permis d’en tirer des conséquences. Ses principes sont développés dans Vlnstaurcitio magna (1G06) et le Novwn Organum (1620). Bien qu’il ne fût pas naturaliste, Bacon a laissé, sous le titre à'Ilistoria naturalisa un recueil d’observations et d’expériences qui fut publié après sa mort.

Mais c’était chez le peuple le plus avancé en civilisation et dans une langue qui achevait alors sa formation que devait se compléter la révolution du libre examen dans la science.

René Descartes fut, lui aussi, un réformateur de la philosophie. Né à la Haye, en Touraine, le 31 mars 1596, il fut élevé à la Flèche, sous les jésuites ; il en sortit doutant de tout ce qu’il avait appris, et laissant de côté tous ses livres, il résolut de refaire son instruction par le raisonnement et l’expérience. Indécis sur le choix d’un état, il em-

brassa cl’abord la carrière des armes, mais la quitta bientôt pour voyager. Il visita la France, l’Allemagne, l’Italie, la Hollande, et se retira dans ce dernier pays pour se livrer tout entier à la méditation. En 1637 parut son célèbre Discours de la méthode , qui porta un jour nouveau dans la science du raisonnement. Il y recommande, pour arriver à la connaissance de la vérité, de ne rien accepter de confiance dans les études scientifiques, de ne se rendre qu’à l’évidence et de ne passer aux conséquences qu’après avoir obtenu une démonstration rigoureuse des prémisses.

Profond mathématicien, il inventa un nouveau mode de notation en algèbre et l’appliqua à la géométrie ; il découvrit la loi de la réfraction de la lumière, celle de la force centrifuge, donna la théorie de l’arc-en-ciel et le fameux système des tourbillons. Il s’occupa d’anatomie et de physiologie, mais ne fit en rien progresser ces sciences. Ses idées en histoire naturelle sont souvent fausses, et il considère les animaux comme de pures machines.

Ses principaux ouvrages, outre le Discours sur la méthode , sont les Méditations et les Principes de philosophie, où l’auteur présente l’ensemble de sa doctrine. Descartes a écrit la plupart de ses ouvrages en français, ou les a lui-même fait traduire du latin, afin, dit-il, d’arriver plus sûrement à son but en s adressant à tout le monde. Aussi son influence fut rapide et devint à peu près universelle. En France, il eut pour disciples en métaphysique les Bossuet, les Fénelon, les Malebranche, les Pascal et toute la célèbre communauté de Port-Royal ; sa doctrine fit

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école sous le nom de cartésianisme . Descartes mourut à l’âge de cinquante-quatre ans, en Suède, où l’avait appelé la reine Christine.

Bacon et Descartes ébranlèrent fortement l’édifice vermoulu de la philosophie scolastique que s’efforçaient de soutenir les rhéteurs et les médecins ; mais ce ne fut, en réalité, que sous la mordante ironie de Molière qu'il s’écroula. En bafouant les arguties des ) philosophes et des médecins, en les livrant à la risée publique, eux et leur langage d’une latinité barbare, Molière terrassa la scolastique et exerça ainsi une influence aussi grande sur les sciences que sur les j mœurs.

Galilée, contemporain de Bacon, combattit, comme lui, la scolastique et professa la philosophie expérimentale à Pise, à Padoue, à Florence. Il s’illustra j comme astronome et physicien, découvrit les lois de la pesanteur, les propriétés du pendule, inventa la j balance hydrostatique, le télescope, et fit avec ce dernier instrument des observations importantes, telles j que celles des satellites de Jupiter, de l’anneau de Saturne, des phases de Venus, qui vinrent fortifier le système de Copernic. Il défendit résolument ce système ; mais, malgré la protection du grand-duc de Toscane, il fut traduit devant le tribunal de l’Inquisition comme coupable d’hérésie, et se vit obligé, à l’âge de soixante-dix ans, de faire amende honorable à genoux et d’abjurer ses doctrines. On rapporte qu’après s’être relevé, il frappa du pied la terre en disant à voix basse : « E pur si muove », et pourtant elle se meut(1633). Il fut, en outre, condamné à la réclusion.

Son contemporain Kepler, un Allemand, pour qui l’Inquisition n’était pas à craindre, découvrit les lois générales auxquelles sont soumis les mouvements des planètes, lois qui portent encore son nom. Il perfectionna les lunettes astronomiques, découvrit la rotation du soleil, devina l’existence de nouvelles planètes inconnues de son temps, et établit sur des bases solides le système de Copernic dans sa Physica cœlestis (1609).

La physique fit également des progrès rapides, auxquels prirent part Stevin, de Bruges, Drebbel, Otto, de Guericke, Gassendi, le jésuite Ivircher, Huyghens, etc. La chimie commençait à se dépouiller de sa forme mystique, et les alchimistes, tout en travaillant au grand œuvre, c’est-à-dire à la recherche de la pierre philosophale, de l’élixir de longue vie et de la transmutation des métaux, faisaient souvent d’heureuses découvertes. Après Paracelse, Van Helmont, Becher, Béguin, Sylvius, Glazer, y consacrèrent leurs travaux ; mais ce fut le savant anglais Robert Boyle qui, en y appliquant la méthode expérimentale de Bacon, la fit entrer dans une voie plus rationnelle.

Pendant tout le seizième siècle, l’anatomie descriptive avait été en grand honneur et avait fait des progrès rapides ; les beaux travaux de Vesale, en l’affranchissant des erreurs du galénisme, lui avaient frayé une route nouvelle qu’avaient suivie une foule d’anatomistes habiles, tels que Fallope, Eustache, Fabrizio d’Aquapendente, Varole, Colombo, Servet; ces deux derniers surtout avaient étudié la construc-

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tion et le mécanisme du cœur et des vaisseaux, ils avaient soupçonné la circulation du sang et préparé ainsi les voies à Harvey.

Les grandes découvertes ne sont ni l’œuvre d’un jour, ni l’œuvre d’un seul homme ; encore moins l’œuvre du hasard, comme on le dit souvent; ce sont des monuments dont les matériaux ont exigé une longue préparation et les efforts d’une foule de travailleurs. Lorsque ces matériaux sont réunis en quantité suffisante, se présente un génie puissant pour les mettre en œuvre. Telle est l’histoire de la circulation. Galien croyait que le sang se formait dans le foie, et que les veines naissaient de cet organe ; il enseignait que les artères provenaient du cœur, où le sang, sortant du foie par les veines, se changeait en sang artériel; que ce liquide était absorbé par les tissus et ne revenait jamais à son point de départ. De là une théorie qui, pendant quatorze siècles, régna sans rivale. Vesale porta le premier coup à cette opinion par son anatomie du cœur; puis Colombo et Servet signalèrent la circulation pulmonaire, enfin Fabrizio d’Aquapendente, qui fut le maître d’Harvey, découvrit l’existence des valvules que contiennent les veines, et reconnut qu’elles sont disposées de façon à empêcher le sang de revenir sur sa route. Tels étaient les matériaux dont le génie d’Harvey fit jaillir la lumière ; mais telle était aussi la faveur dont jouissait encore Galien à cette époque, que le célèbre physiologiste anglais dut soutenir de longues luttes pour faire triompher la vérité.

William Harvey était né à Folkstone, en Angle-

terre, le 2 avril 1578, de parents riches. Il fit ses premières études à h Université de Cambridge ; puis voyagea sur le continent pour parfaire son éducation, comme c’est encore assez la coutume de ses compatriotes. Il visita la France, l’Allemagne, l’Italie, et demeura cinq ans à Padoue, où il étudia l’anatomie et la médecine sous le célèbre Fabrizio d’Aquapendente. Il y reçut le titre de docteur en 1602. De retour en Angleterre, il se fit de nouveau recevoir docteur à Cambridge. En 1604, il fut associé au Collège des médecins de Londres ; il y jeta les bases de sa haute renommée, et fut bientôt appelé, comme premier médecin, par le roi Jacques et par son fils Charles Ier, qui, tous deux, l’honorèrent de leur confiance et de leur amitié, et auxquels il se montra fidèlement dévoué, jusque dans l’adversité.

Ses fonctions ne l’empêchèrent pas de se livrer à de nombreux travaux de recherches physiologiques, et, dès 1619, il exposa dans son cours le mécanisme de la circulation, en prouva l’existence par une théorie incontestable, et en appliqua les lois par des expériences concluantes. Mais ce ne fut qu’en 1628 qu’il publia à Francfort son célèbre traité De motu cor dis et sancjuinis in animalibus. Malgré l’évidence de ses démonstrations, elles furent attaquées avec violence. Néanmoins Charles Ier favorisa ses recherches et mit à sa disposition les daims et les biches de ses parcs, afin qu’il pût expérimenter sur des animaux vivants. Cette faveur le mit à même de faire de nouvelles découvertes sur un autre point de la science non moins important, et, en 1651, il en publia les ré-

sullats dans son ouvrage sur la génération : Exercilcitiones de generatione animalium.

Attaqué avec aigreur, Harvey ne put triompher de l’opiniâtreté et de la jalousie de ses envieux, et à ces tribulations vinrent se joindre les malheurs de la guerre civile. Il suivit Charles 1er dans sa fuite ; sa maison fut pillée et il perdit des manuscrits précieux sur divers points de la physiologie. Il supporta le tout avec fermeté, se réfugiant dans la retraite et dans l’étude.

11 revint à Londres, et, en 165G, les médecins du Collège, qui lui rendaient justice, lui offrirent la présidence de leur société ; mais il refusa cet honneur, tout en continuant d’assister aux séances. Harvey mourut à l’âge de quatre-vingts ans, aux environs de Londres. Ses collègues lui érigèrent une statue dans la salle des actes du Collège royal, auquel il avait légué sa bibliothèque, ses instruments de chirurgie et ses préparations anatomiques.

Les découvertes d’Harvey ont une importance considérable, et c’est à lui qu’on doit d’avoir donné l’expérience pour base à la physiologie qui, dès lors, entra'idans une nouvelle voie. L’anatomie descriptive, l’histoire naturelle même, sont basées sur l’observation ; mais il n’en est plus ainsi de la physiologie qui analyse les causes, va chercher comment s’opère telle et telle fonction, recherche d’autant plus difficile que les phénomènes se passent dans un organe plus profond. La physiologie a besoin du secours des autres sciences; on ne peut comprendre les phénomènes de la digestion et de la respiration

LES SCIENCES NATURELLES AU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE. Il O

sans la chimie, le mécanisme de la vue et de 1 audition sans une étude approfondie de l'acoustique et de l'optique, les lois de la locomotion' sans la mécanique. Ces sciences étaient peu avancées, et par conséquent la physiologie. Vesale et d'autres anatomistes avaient , comme Galien, recherché les usages des organes ; mais ils ne rencontrèrent pas l’idée féconde qui dirigea Harvey dans ses travaux.

Le principal ouvrage du célèbre physiologiste anglais traite de la circulation du sang. Il y décrit les mouvements du cœur en les étudiant dans toute la série animale ; il explique comment, par les mouvements de systole et de diastole, le sang entre dans le cœur et en sort ; il suit sa marche dans les artères et son retour par les veines au cœur, d’où il passe dans les poumons pour se mélanger à l'air, qui lui donne sa couleur rouge et le revivifie. Ce traité contient une foule d'observations et d'expériences propres à jeter un grand jour sur la physiologie et la pathologie. Ses Lettres à Riolan sont la confirmation de sa doctrine et une réfutation puissante de toutes les attaques dirigées contre son admirable découverte. Ce Riolan, habile anatomiste français, et son élève Jacques Primerose, furent parmi les antagonistes les plus acharnés d'Harvey, et cela non par ignorance, mais par envie. Il semble que Molière les eut en vue, lorsqu’il fait dire à son Diafoirus, parlant de son élève : « Ce qui me plaît en lui, et en quoi il suit mon exemple, c’est qu'il s’attache aveuglément aux opinions de nos anciens, et que jamais il n'a voulu comprendre ni écouter les raisons et les expériences des prétendues

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découvertes de notre siècle, touchant la circulation du sang et autres opinions de même farine. »

La découverte de la circulation du sang eût suffi à la gloire d’Harvey ; mais ses travaux sur la génération ne furent pas moins importants pour la science. Dans son traité De genercitione animalium, il pose ce principe que tous les animaux se reproduisent par des œufs ; omne vivum ex ovo. Il étudie d’abord les organes de la génération chez les oiseaux, la formation de l’œuf, et suit le développement du poulet jour par jour ; puis il passe à la génération des vivipares, et prend pour sujets de ses expériences les daims et les biches du roi Charles. Il décrit leurs organes, suit le développement du fœtus et trouve l’analogue du vitellus des oiseaux dans l’œuf des mammifères. Il démontre enfin que tous les animaux et l’homme luimême naissent d’un œuf.

Plusieurs travaux anatomiques et physiologiques vinrent compléter ceux d’Harvey : Lower démontra le passage du chyle dans le sang et sa transformation ; Jean Pecquet, né à Dieppe et médecin de Fouquet, découvrit la route que suit le chyle élaboré dans le mésentère, et son réservoir qui a conservé son nom ; Willis étudie le cerveau, qu’il considère comme le siège de l’intelligence, et y localise les facultés ; Malpighi, professeur à Bologne, applique le microscope à l’étude de la structure intime des organes ; Leeuwenhoeck, qui passa sa vie dans les observations microscopiques, reconnut la forme des globules du sang et la continuité des artères avec les veines par les capillaires.

GUY d'après le

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