BUSTE DE MATTE, AU MUSÉUM
Richelieu, qui régna sous Louis XIII, protégea les lettres et les sciences. Il fonda l’Académie française et le Collège du Plessis, agrandit la Sorbonne et l'Imprimerie royale et donna son appui à Gui de la Brosse, qui fonda le Jardin du roi, aujourd’hui Jardin des plantes.
Guv de la Brosse, né à Rouen, vers 1586, devint
médecin du roi Louis XIII, et profita de sa position pour obtenir la fondation d’un Jardin royal clés plantes médicinales , qui fut l’embryon du Jardin des plantes actuel. Passionné pour l’étude de la botanique, il contribua personnellement à cette fondation, en olfrant au roi le terrain nécessaire à cet établissement, qui fut décrété en 1626. Il en fut nommé le premier intendant, et rassembla de tous côtés un nombre considérable de plantes dont il publia la description en 1636, dans un ouvrage intitulé : Description du Jardin royal des plantes médicinales , contenant le catalogue des plantes qui y sont à présent cultivées , ensemble le plan du jardin , in-4°, réimprimé en 1641 et 1665. 11 préparait un nouvel ouvrage : Recueil des plantes du Jardin du roi, pour lequel quatre cents planches étaient déjà gravées, lorsqu’il mourut en 1641. Ses héritiers, gens ignorants, les vendirent à un chaudronnier au prix du cuivre, et, plus tard, son petit neveu. Guy Fagon, qui avait hérité de son goût pour la botanique et de sa position d’intendant du Jardin royal, put à grand’peine en retrouver cinquante, qu'il fit tirer à un petit nombre d’exemplaires.
En J 644. Vautier, médecin du roi et surintendant
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du Jardin du roi, y introduisit l’enseignement de l’anatomie. Dès ce moment, les destinées de l’établissement étaient fixées ; les trois chaires y existant représentaient déjà l’ensemble des trois règnes de la nature : la botanique y était professée dans toutes ses parties ; l’enseignement de la chimie y préparait l’étude des substances minérales, et le cours d’anatomie ouvrait la connaissance du règne animal tout entier. Il ne s'agissait plus que de donner à chacune de ces branches les développements qu’appellerait successivement la marche progressive des sciences, auxquelles le règne de Louis XIV apporta en France un nouveau lustre. Ce prince fonda l’Académie des beaux-arts, celle des sciences, l’Observatoire; il protégea et pensionna les savants, leur confia des missions et fît faire des voyages. Sous cette impulsion, les arts, les lettres et les sciences firent des progrès rapides, que vint entraver un moment la fatale révocation de l’édit de Nantes.
Les sciences naturelles prenaient part à un si bel élan. De tous côtés, les voyages se multipliaient, accumulant les matériaux. Pison et Margraff accompagnent au Brésil le prince de Nassau et publient leurs découvertes sous le nom de Historia naturalis Brasiliæ , Leyde (1648). Ils y font connaître l’ananas, la canne à sucre, y donnent les premiers détails sur sa culture et sur la fabrication du sucre, décrivent et importent en Europe l’ipécacuanha, qui fut dès lors adopté en médecine ; donnent des descriptions et des figures d’une foule d’animaux propres au nouveau
monde, celles du fourmilier, du tapir, du lama, du jaguar, du kamichi, etc. François Hernandez, naturaliste espagnol, fait connaître les animaux et les plantes du Mexique ; Jean de Laet, directeur de la Compagnie des Indes, donne sa Description clés Indes occidentales , ouvrage rempli d’excellentes observations sur l’histoire naturelle de l’Amérique. Bontius parcourt les Indes orientales et fait connaître, dans sa relation, le tigre royal, le babiroussa aux défenses retroussées, le rhinocéros de Java, le casoar, dont les plumes sont remplacées par du crin, le dronte ou dodo, oiseau complètement disparu, et l'orang-outang. Il y décrit aussi le cannelier, la noix muscade, le monstrueux coco des Maldives. Dutertre, dans son Histoire des Antilles , en fait connaître les productions naturelles ; Merret décrit celles de l’Angleterre, Sibbald celles de l’Ecosse; Schwenkfeld écrit sur les animaux de la Silésie, Wagner sur les productions de la Suisse.
Les savants qui, jusqu’alors, avaient travaillé isolément et ne devaient souvent leur position qu’à la faveur des princes, commencèrent à comprendre les avantages de l’association ; ils se réunirent en sociétés scientifiques et fondèrent des académies où chaque membre vint communiquer le résultat de ses travaux particuliers et le soumettre au jugement de ses confrères.
En Italie, on remarque d’abord l’Académie délia Crusca, celles des Lyncées, del Cimento, l’Institut de Bologne; en France, toutes nos Académies fondées sous Louis XIII et Louis XIV ; en Angleterre, la
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Société royale de Londres ; en Allemagne, l’Académie des Curieux de la nature, etc. Par ce moyen, les travaux furent régularisés et les efforts réunis des savants amenèrent l'expansion des connaissances scientifiques.
Le microscope, inventé par Zacharias Jansens, vers la fin du seizième siècle, ne fut longtemps qu’un jouet rare ; mais, perfectionné par Galilée, il devint un instrument précieux pour les sciences d’observation et surtout pour l’étude des corps vivants, quoique, trop souvent, son état d’imperfection ait entraîné les observateurs dans une foule d’erreurs.
Marcello Malpighi, professeur d’anatomie à Bologne et à Pise, puis médecin du pape Innocent XII, appliqua l’un des premiers le microscope à l’étude de la structure intérieure des organes et publia des travaux importants sur l’anatomie comparée des tissus et des viscères. Il donna le premier une dissection du ver à soie, suivit cet insecte dans ses métamorphoses et fit connaître que la respiration se fait chez les insectes par des stigmates, ouvertures situées sur les côtés du corps et qui aboutissent à des vaisseaux contournés en spirale (trachées), au moyen desquels l’air est distribué dans toutes les parties du corps. Il étudia également le développement du poulet dans l’œuf, et publia deux volumes in-folio sur l’anatomie des plantes (1675).
Après lui, Ruysch, médecin hollandais, suivit cette voie et porta l’art des injections au plus haut degré de perfection. Il découvrit ainsi que la substance corticale du cerveau est un lacis de vaisseaux et non une
masse glanduleuse, comme le prétendait Malpighi, dont il fut d’ailleurs l’adversaire en beaucoup de circonstances.
Malgré les beaux travaux d'Harvey sur la génération, et sa formule : Omne vivum ex ovo, qui signifiait : aucune vie sans AÛe précédente, c’était encore au dix-septième siècle une croyance généralement répandue que les êtres inférieurs, insectes, vers, etc., s’engendrent de la pourriture. Cette croyance s’étendait même à beaucoup d’êtres des classes supérieures, poissons, reptiles, oiseaux, mammifères, dont le mode de reproduction n’avait pu être découvert. Aristote admettait que tout corps sec qui devient humide, et que tout corps humide qui se sèche produisent des animaux, pourvu qu’ils soient propres à les nourrir. Pour lui, la chair corrompue, le fromage, engendrent les vers qu'on y voit paraître ; les chenilles e-è les larves d’insectes naissent des feuilles et des fruits des plantes.
« Toutes choses sortent des entrailles de la terre, dit Lucrèce, et chaque jour de nombreuses créatures vivantes s’élancent de son sein, engendrées dans les eaux pluviales et les vapeurs chaudes que soulèvent les rayons du soleil. » Virgile faisait naître les abeilles d’Aristée des entrailles d’un taureau, et avant lui la Bible les avait fait sortir des dépouilles d’un lion tué par Samson. Ces idées, qui avaient pour elles la double sanction de l’antiquité et de l’autorité religieuse, dominaient donc entièrement lorsque parut Redi, un des hommes les plus remarquables du dixseptième siècle.
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Egalement distingué comme écrivain, comme poète, comme anatomiste et naturaliste, Francesco Redi, né à Arezzo en 1620, occupa les fonctions de premier médecin du duc de Toscane, et fut un des membres les plus actifs de la célèbre Académie del Gimento. Il y présenta de nombreux travaux, et se fit surtout remarquer par ses Expériences sur la génération des insectes , in-quarto, qui parut en 1668. Cet ouvrage, dans lequel il combat la doctrine de la génération spontanée, généralement admise à cette époque, est remarquable par la simplicité des expériences qu’il y expose, la clarté et la précision des arguments.
« Voilà, dit-il, des animaux morts ou des morceaux de viande. Je les expose à l’air par un temps chaud, et, en peu de temps, ils fourmillent de vers. Vous me dites que ces vers ont été engendrés dans la chair corrompue ; mais, si je place des matières semblables dans un vase dont je ferme l’ouverture avec une fine gaze, on ne voit plus apparaître aucun ver, et cependant les matières mortes se putréfient tout aussi bien qu’auparavant. Il en résulte évidemment que les vers ne sont pas engendrés par la corruption de la viande, et que la cause de leur formation réside dans quelque chose qui est arrêté par la gaze. En effet, nous voyons bientôt des essaims de mouches, attirées par l’odeur de la viande, se réunir autour du vase, poussées par un instinct puissant, et, ne pouvant traverser la gaze, elles déposent sur celle-ci des œufs qui produisent aussitôt des vers. »
Cette conclusion était indéniable, et Redi décrivait, en outre, les organes générateurs des insectes, et
prouvait qu'ils se reproduisent par des œufs. Puis, en 16S4, il publiait ses Observations sur les animaux vivants qui se trouvent dans les animaux vivants , où il démontre que les vœrs intestinaux ont des sexes et pondent des œufs. Francesco Redi mourut à Pise, en 1697.
Mais si, entre les mains de Redi, le microscope servit à réfuter la doctrine des générations spontanées, entre celles d’autres observateurs, il lui ouvrit, au contraire, de nouveaux horizons. De ce nombre fut Antoine Lejwenhoeck, né à Delft en 1638, qui consacra sa vie entière aux observations microscopiques.
Doué d'une patience et d’une habileté rares, il fabriquait lui-mème les lentilles dont il faisait usage. R pénétra plus avant que tout autre dans ce nouveau monde des infiniment petits et y fit d'importantes découvertes. Il employa trente ans de sa vie à examiner toutes les matières qu’il put se procurer; reconnut la composition globuleuse du sang ; étudia la structure des poils, celle de la peau, de la fibre musculaire ; observa la circulation dans les vaisseaux capillaires et découvrit dans. les eaux corrompues tout un monde d'animaux et de végétaux microscopiques. Ses mémoires ont été réunis sous le titre de Arcana naluræy en quatre volumes in-4° (1699). Il mourut en 1723.
Alors commença aussi l’étude sérieuse des animaux invertébrés. Guédart, naturaliste et peintre hollandais, s'adonna spécialement à l’étude des insectes et décrivit leurs métamorphoses dans un ouvrage enrichi de beaux dessins coloriés. Jean
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Swammerdam (1037-1680), médecin et naturaliste d’Amsterdam, s’occupa d’anatomie microscopique et surtout de celle des insectes. Il poussa l’art des injections anatomiques au plus haut degré, et n’eut pas de rival dans la dissection des petits animaux. L’habileté et la patience qu’il apporta dans l’analyse des parties les plus délicates et les découvertes importantes qui en résultèrent ont rendu son nom à jamais célèbre.
Son Histoire générale des Insectes, in-4° (1682), et sa Biblia naturæ, recueillie et publiée après sa mort, en 1737, par Boerhaave, sont remplies de faits et de recherches intéressantes sur la structure intime des animaux articulés. On y trouve une anatomie du pou, de l’abeille, du taon, de la chenille et du papillon, qui sont admirables. Atteint d’une sombre mélancolie qui mit fin à son existence à l’âge de quarante-trois ans, dans un de ses accès il jeta malheureusement au feu plusieurs de ses manuscrits.
Citons encore Martin Lister, né à Radcliffe (Angleterre), en 1638, médecin de la reine Anne. Il étudia particulièrement les mollusques, et donna sur ces animaux divers ouvrages estimés, tels que : Historia conc/iy Horion , deux volumes in-folio (1685), accompagnés de nombreuses ligures dessinées par ses filles ; Exercitatio anatomica de cochleis (1694) et Historia animalium Angliæ (1678). Il mourut à Londres en 1711.
La botanique est toujours cultivée avec succès. Robert Morison, médecin du roi Charles II et pro-
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fesseur de botanique à l'Université d Oxford, s acquit une grande réputation par ses cours et les ouvrages qu’il publia. Les principaux sont : Plantarum ambelli fer arum distributio , in-folio (1672) ; monographie dans laquelle il fait ressortir, le premier, le parti qu'on peut tirer des stries marquées sur la graine pour la classification des plantes ombellifères, et Y Histoire universelle des plantes , in-folio (1680). Dans ces écrits. Morison signale l’importance des affinités naturelles et insiste sur la nécessité de déterminer les caractères génériques ; mais ces excellents principes, il ne les appliqua pas. Il fit une étude spéciale des fruits et en recueillit plus de quinze cents espèces différentes.
Un autre médecin anglais, Greav, porta particulièrement son attention sur l’anatomie et la physiologie des plantes, et publia sur ces matières trois volumes in-folio, dans lesquels il enseigna que le tissu végétal est formé de cellules ; il reconnut les vaisseaux et les fibres qui le traversent, les trachées et les pores corticaux, signala l’importance des anthères comme organes fécondateurs et la sexualité des plantes, entrevue au siècle précédent par Zaluzianski.
Pendant ce temps, une foule de naturalistes parcouraient, en habiles investigateurs, les diverses contrées du globe. Rheede explore les côtes du Malabar et de l'Inde ; Rumph visite Amboine et les Moluques ; Paul Hermann, le cap de Bonne-Espérance et Ceylan ; Koempfer, le Japon ; Plumier, l’Amérique. L’ample moisson que chacun s’empresse de faire connaître agrandit le domaine de la science, donne aux idées
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d’ordre une consistance nouvelle et dispose les esprits à une révolution nécessaire dans l’étude des productions de la nature.
Albert Séba, pharmacien à Amsterdam (1663- 1736), fit plusieurs voyages aux Indes, et en rapporta une précieuse collection d’histoire naturelle qui surpassait, dit-on, en richesse celles de tous les cabinets de l’Europe. Il en publia le catalogue raisonné avec des planches magnifiques, en quatre volumes in-folio. La beauté des figures et la rareté des objets qui y sont représentés font toute la valeur de l’ouvrage qui, par lui-même, est plein de confusion et d’erreurs.
Au milieu de l’abonclance des faits recueillis de toutes parts, un besoin de la plus haute importance se faisait sentir : celui d’une méthode, d’un système de classification, sans lequel la science ne pouvait plus marcher. Cette méthode, ce fut le naturaliste anglais Jean Ray qui l’apporta et vint tirer la taxonomie du chaos. Il fut le premier qui osa modifier la classification d’Aristote.
Ainsi nous avons vu le progrès se manifester dans Gesner par la distinction des espèces, dans Yesale par l’anatomie, dans Harvey par les fonctions et l’usage des parties, dans Bacon et Descartes par le plan et la méthode de recherche, et nous allons le voir s’affirmer dans Ray par la méthode de classification.
Jean Ray naquit en 1628, à Black-Notley, dans le comté d’Essex, de parents pauvres ; son père était forgeron. Il fit ses premières études à Braintree,
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petite ville voisine, puis obtint une bourse pour le collège de la Trinité de Cambridge. Il y apprit le grec, le latin, le français et l’italien, ainsi que les mathématiques et les sciences naturelles, et tels furent ses progrès qu'il fut nommé d abord suppléant, puis professeur de grec et de mathématiques dans ce même collège. Ray, que son penchant entraînait vers les sciences naturelles, y consacrait tous les loisirs que lui laissaient ses fonctions de professeur et de pasteur. Il se fit d’abord connaître par un petit traité des plantes des environs de Cambridge.
Lorsque, après la restauration de Charles II, les ecclésiastiques durent souscrire à certaines propositions qui avaient pour but d’écarter les presbytériens, Ray préféra perdre sa place que de prêter un serment qu’il regardait comme attentatoire à la liberté religieuse. Dans cette position embarrassante, un de ses anciens élèves, François Willughby, jeune gentilhomme possesseur d'une grande fortune, lui proposa de voyager avec lui, et tous deux, pendant trois années, parcoururent l’Angleterre, la France, l’Allemagne et l'Italie, recueillant des collections et des matériaux pour un grand ouvrage d’histoire naturelle qu’ils avaient l’intention de publier. Mais, peu de temps après son retour à Londres, Ray eut la douleur de perdre son ami Willoughbv, qui lui légua ses manuscrits et ses collections avec une pension viagère de 60 livres (1 500 francs).
Ray publia sous son nom les travaux de botanique qui lui appartenaient en propre ; mais, par un sentiment de générosité et de reconnaissance, il donna,
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sous le nom de son ami, les ouvrages de zoologie, bien que lui-même en eût pu réclamer la meilleure part. Son plus grand travail sur la botanique est Y Histoire générale des plantes , en trois volumes infolio (1688). Cet ouvrage, dans lequel il passe en revue les travaux de ses prédécesseurs, contient la substance de tout ce qui avait été écrit avant lui sur les plantes tant européennes qu’exotiques, et il y expose sa méthode, qui n’est à vrai dire qu’un système artificiel appliqué à tous les corps de la nature ; mais il y définit le genre et l’espèce. Jean Ray est, en réalité, le premier qui ait osé modifier la classification d’Aristote, et sa classification, tout imparfaite qu’elle puisse être, fut d’un grand secours en aidant et dirigeant les classificateurs venus après lui.
On lui doit encore : le Stirpium europæarnm sylloge (1694), où il présente une esquisse curieuse de la géographie botanique en Europe, et Y Ornithologie (1676), in-folio, l'Histoire des poissons (1686), deux ; volumes, et Y Histoire des insectes, qu’il a publiés sous le nom de son ami Willoughby.
Dans son Synopsis methodica animalium , il adopte pour caractéristique, comme Aristote, la forme des pieds ; mais il y joint les caractères tirés des dents.
Il réunit les quadrupèdes ovipares, tortues, crocodiles, lézards, dans une même classe avec les serpents.
Pour les oiseaux, il donna Y Ornithologie, de Willoughby; il les classe suivant la forme du bec, des pieds et des ongles ; classification encore en usage aujourd’hui en Angleterre, et à laquelle Linné apporta
fort peu de modifications. En 1688, il publia f ichtyologie de Willoughby, Historia piscium , en lui appliquant sa méthode, qui, jusqu’à Cuvier, servit de base à tous ceux qui ont écrit sur cette matière. Pour les mollusques, il a suivi Lister, et son Histoire des insectes ne fut publiée qu’après sa mort, en 1710, par les soins de la Société royale de Londres dont il était membre. Jean Ray mourut en 1705, au lieu même de sa naissance, à l’àge de soixante-dix-sept ans.
Comme on le voit, les sciences, qui, jusqu'alors, semblaient s’être concentrées en Italie, abandonnent peu à peu ce pays, pour se répandre en France, en Angleterre, en Hollande. L’Allemagne, qui doit plus tard y remplir un rôle important, est alors déchirée par des guerres intestines, tandis que l’Espagne et le Portugal, comprimés par le despotisme inquisitorial et la superstition, restent à peu près étrangers au mouvement scientifique.
En France, les sciences naturelles étaient dignement représentées ; l’Université de Montpellier jouissait d’une brillante renommée, et les cours du Jardin des plantes de Paris étaient devenus célèbres. Fagon, médecin du roi, qui était le directeur de cet établissement, y avait appelé les hommes les plus éminents de l’époque. Duverney y occupait la chaire d’anatomie, et y faisait, avec le médecin Claude Perrault, devenu célèbre comme architecte de la colonnade du Louvre, la dissection des animaux d’espèces exotiques ou rares qui mouraient à la ménagerie royale de Versailles. Habile anatomiste, Duverney possédait
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en outre un si grand talent d’élocution, que les avocats et les comédiens venaient en foule assister à ses cours pour l’entendre. La chimie et la minéralogie y étaient enseignées par le. savant Lémery, et Fagon lui-même y professait la botanique.
C’était dans le Jardin des plantes même qu’était né, en 1638, Guy Façon, petit-neveu de Guy de la Brosse. Il l’aimait comme on aime sa patrie, et avait tout fait pour l’enrichir, parcourant la France, les Alpes, les Pyrénées à ses frais pour y recueillir des plantes et des graines. Savant botaniste, il professait avec chaleur, son érudition était immense, sa mémoire prodigieuse. Il profita de l’influence que lui donnait sa position de premier médecin du roi pour embellir son cher jardin, et créer des positions à ceux qu’il en jugeait dignes. Dès qu’il sentit que ses fonctions de médecin pouvaient nuire à celles de professeur, il n’hésita pas à se démettre de ces dernières, et jeta les yeux sur Tournefort pour le remplacer. Il fit donner des missions scientifiques à divers savants, et, avec ce coup d’œil qui lui faisait découvrir les intelligences supérieures, il distingua et appela au Jardin des plantes le jeune Antoine de Jussieu, le premier en nom de cette illustre famille de savants, qui devait porter si haut, en France, la science botanique. Accablé d’infirmités dans sa vieillesse, il résigna ses fonctions et mourut en 1718.
Joseph Pitton de Tournefort, né à Aix en Provence, en 1656, avait montré, dès son enfance, un goût prononcé pour les sciences naturelles, et surtout pour la botanique. Après avoir fait de bonnes
études classiques, il se livra tout entier à son goût pour les plantes, et devenu familier avec la flore de son pays, il parcourut les montagnes du Dauphiné et de la Savoie, où il recueillit un herbier magnifique. Il se rendit alors â Montpellier, où professait Magnol, et s’y fit recevoir médecin. 11 parcourut ensuite, non sans dangers, les Pyrénées et la Catalogne, et en revint avec une riche moisson de plantes nouvelles ou peu connues. Son herbier commença à devenir considérable, et sa réputation étant parvenue à Paris, Fagon lui offrit un emploi au Jardin des plantes, puis il le chargea de le suppléer dans ses leçons ; et, enfin, se démit de sa chaire en sa faveur. Tournefort avait alors vin gt-six ans. Les cours et les herborisations du jeune professeur attirèrent en foule les étudiants; mais son goût pour les voyages lui fit accepter une mission en Espagne et en Portugal (1688), puis une autre en Orient (1700), dont il a publié la relation sous le titre de : Voyage dans Le Levant. Dans l'intervalle, il donna plusieurs ouvrages, qui lui ouvrirent les portes de l'Académie des sciences (1694). 11 mourut des suites d'une chute, à l’àge de cinquante-trois ans 1709).
Dans son premier ouvrage : Éléments de botanique, trois volumes in-8° (1694), Tournefort exposait une méthode dans laquelle il subordonnait les diverses parties et les principaux caractères des plantes à un ordre d importance relative, ce qui fit faire un pas énorme à la philosophie de la science. Il tira ses divisions de 1 absence ou de la présence de la corolle, de la disposition et de la forme des fleurs, de la nature
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du fruit. Il range dans cette méthode dix mille cent quarante-six espèces, qu’il distribue en six cent quatre-vingt-dix-huit genres, en indiquant chaque espèce par une phrase caractéristique. La méthode de Tournefort, fondée sur la partie la plus brillante de la plante, facile à comprendre et à pratiquer, obtint un succès universel. Son principal mérite est d’avoir créé les genres et les espèces, qu’il caractérisa le premier d’une manière rigoureuse et précise ; malheureusement, il ne vit pas les affinités qui unissent les plantes herbacées aux végétaux ligneux, et conserva leur division en deux groupes distincts.
Le peintre Aubriet, né à Châlons en 1651, avait accompagné Tournefort dans ses voyages. Fort bon botaniste lui-même, il enrichit la collection du Jardin des plantes de nombreux vélins. Il fit les dessins de la botanique de Tournefort et du Botanicon parisiense , de Vaillant, et mourut en 1743. Sa meilleure élève, Mlle Basseporte, lui succéda; mais son talent ne s’éleva jamais à la hauteur de celui de son maître.
Parmi ses nombreux élèves, Tournefort proposa Sébastien Vaillant pour lui succéder comme professeur de botanique. Il s’acquitta de ces fonctions avec autant de zèle que de capacité, fit construire deux serres chaudes pour les plantes exotiques, et prépara un herbier considérable, qui servit de base aux collections botaniques du Muséum. L’enseignement de Vaillant fut très apprécié et très suivi. Dans son discours d’ouverture, en 1716, il démontra d’une manière irréfutable l’existence des sexes dans les végétaux et expliqua clairement le phénomène de la
fécondation des plantes ; fait physiologique soupçonné jusqu'alors par quelques-uns, mais nié par le plus grand nombre.
Il travaillait à une méthode nouvelle, fondée sur la considération des organes de la fructification, lorsqu'il mourut en 1722, à l’âge de cinquante-quatre ans. Il laissait son Botanicon parisiense, ou flore des environs de Paris, excellent ouvrage pour lequel le peintre Aubriet avait fait, comme nous l’avons dit, de magnifiques dessins. Trop pauvre pour pouvoir les faire graver et se sentant mourir, il écrivit au grand Boerhaave, célèbre médecin qui habitait Leyde, pour lui léguer son ouvrage. Celui-ci accepta ; il fit imprimer le manuscrit et graver les dessins avec le plus grand soin (1727).
A la fin du dix-septième siècle, la minéralogie et la géologie n’avaient encore fait que bien peu de progrès ; la première était dans l’enfance et la seconde n'existait pour ainsi dire pas. Les hypothèses toutes génésiaques de Burnet et de Whiston, théologiens anglais, sont aussi insoutenables que les rêveries du littérateur français de Maillet.
Descartes, le premier, avait fait de notre planète un soleil éteint. Admettant ce point de départ, Leibnitz, dans son Protogea, suppose que la terre, enveloppée d’une croûte épaisse dont la chaleur centrale n a pu empêcher le refroidissement, a vu les eaux se former à sa surface par suite de la condensation des vapeurs qui l’entouraient à l’époque de son incandescence ; il admet qu’attaquant les diverses parties du
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noyau vitrifiable, elles en changèrent successivement la nature. Suivant lui, c’est clans les profondeurs des mers qu’auraient vécu les animaux dont nous trouvons les restes dans les couches terrestres.
C’est à ce siècle qu’appartient Newton, le plus grand génie qu’ait produit l’Angleterre. Ses admirables découvertes sur la gravitation et la lumière firent une véritable révolution dans les sciences mathématiques et physiques, et dans le système du monde.
Le dix-septième siècle nous fait voir la plus splendide élaboration intellectuelle qu’il y ait dans l’histoire. Jamais sève plus substantielle ne circula dans les ramures de l’arbre encore jeune de la science ; c’est l’âge riant de son adolescence. Le siècle qui a vu, travaillant au même édifice, Galilée et Harvey, Descartes et Newton, Jean Ray et Leibnitz, et, autour d’eux, une immortelle assemblée d’écrivains et d’artistes de génie, a bien mérité le nom de grand siècle.