LA POÉSIE AL THÉÂTRE
ils jamais failli à leur mission? En ont-ils bien compris toute l'importance et toute la portée? Je ne contesterai jamais tous les trésors d'esprit que plusieurs ont, chaque lundi, dépensés à cet usage ; seulement j'ai peur qu'ils les aient dépensés en pure perte. N'ont-ils pas toujours plus songé, en effet, à amuser le lecteur qu'à l'instruire? Lequel d'entre eux a jamais eu un corps de doctrines raisonnées auquel il subordonnât ses conclusions? Lequel a jamais tenté de diriger sérieusement les voies du sticcès? Raconter les épisodes de la pièce et dresser procès-verbal des émotions delà soirée, avec accompagnement de sarcasmes et de quolibets, c'est peutêtre se faire le moniteur spirituel des spectacles ; mais la critique de l'art dramatique a d'autres formes et un autre ministère. Analyser d'ailleurs n'est pas juger.
Toutefois, au commencement des tentatives nouvelles, la question était très-suffisamment débattue, élucidée et comprise, comprise du moins par ceux^ là qui mettaient la main à l'œuvre. Le programme, sauf l'exagération de l'importance accordée au grotesque et quelques autres prétentions trop absolues j tempérées depuis par l'expérience, le programme était certainement rédigé avec autant de raison que de hardiesse. On voulait jeter sur la scène plus de mouvement, plus de réalité, plus de relief, plus de couleur et une passion plus individuelle. On tentait
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un drame qui s'emparât des yeux par un spectacle plus attrayant, du cœur par une émotion plus vraie, de l'esprit par les élans d'un lyrisme en situation qui aurait de magnifiques échappées sur la nature et sur l'âme humaine. En présence du théâtre de l'Empire et de la Restauration, qui oserait dire que ces tentatives étaient inopportunes? Sans doute toutes les espérances n'ont pas tenu ; mais soyons justes, plus d'une belle statue orne le temple renouvelé. Dona Sol, Marion,Ruy-Blas, KittyBell, Adèle d'Hervey et même Saint-Mégrin ne sont pas des figures qui aient trop à pâlir devant ces créations du drame anglais et allemand qu'on nous objecte trop volontiers comme des types accomplis et sans rivaux. De prompts excès, des écarts déplorables compromirent, je l'avoue, la fortune même des premiers triomphes; mais il faut reconnaître que tous ces désordres vinrent beaucoup moins des hommes de poésie que des hommes de métier. Au théâtre plus qu'ailleurs, avec notre amour du vaudeville et les exigences des directeurs, la ligne de démarcation entre l'art véritable et les faiseurs est difficile à maintenir, et le public qui démêle toujours difficilement les nuances littéraires, même quand elles sont le plus foncées, enveloppe souvent les uns dans la même réprobation que les autres. 11 ne sait pas voir que tel moyen devient légitime ou condamnable selon l'emploi qu'on en sait faire ; que tel type s'idéalise ou se