‹ Galerie des poëtes vivantsChapitre 18 sur 28 · A UNE JEUNE MERE · texte numérisé non relu

A UNE JEUNE MERE

Ces confidences maternelles que vous m'adressez de si loin, madame, et qui m'apportent, au sein du tourbillon littéraire, le calme du val discret où j'ai passé de trop courtes semaines; ces confidences, qui trahissent une joie presque orgueilleuse, m'ont jeté en des alarmes dont je ne pourrais, sans remords, vous taire la cause. Dans la retraite où vos jours sont désormais fixés, tous vos espoirs et tous vos rêves caressent à toute heure le front chéri de Julien, ce fils unique, objet charmant de toutes vos tendresses. Cet enfant, de neuf ans à peine, votre image

selon vous embellie, et à qui vous avez transmis la délicatesse exquise de vos organes, c'est de lui que vous me vantez à plaisir la jeune âme déjà rayonnante, l'intelligence déjà ouverte à de singulières perceptions. Moi aussi, au dernier automne, en nos courses champêtres à travers les taillis et les prés, je . l'avais remarqué sensible à tous les prestiges du paysage; jouissant, à son insu encore, des jeux du soleil et des saisons sur la campagne, des feuilles qui frémissent sous le vent ; accueillant avec rêverie ces plaintes mourantes des ramiers qui arrivent, comme un soupir, aux lisières des bois. Vous me donnez dans vos lettres de nouveaux détails qui confirment mes observations personnelles, et vous semblez applaudir à tous ces symptômes d'une nature admirablement douée. Que faites- vous là, ô mon imprudente amie, et de quelles facultés funestes osez-vous fêter le développement! Je vous l'écris avec prière : combattez en hâte, jusqu'à les détruire, de pareils Instincts. Ne laissez pas ainsi cet enfant s'enivrer lentement d'air pur, d'images et d'harmonies; détournez ses yeux de la création radieuse ; fermez ses oreilles à ces rumeurs inarticulées des soirs qui vont se répondant des collines aux vallées ; interdisez-lui, en un mot, le spectacle étudié de la nature; car Julien, cet enfant qui est un rêveur, jeune homme serait un pocte.

Or, bien que la seule pensée d'un tel malheur

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