‹ Galerie des poëtes vivantsChapitre 24 sur 28 · LE MAL DES POÈTES · texte numérisé non relu

LE MAL DES POÈTES

Un ciel paisible en vain dore le paysage;

En vain du frais ruisseau le cours esl azuré ;

Le printemps est pour moi sans douceurs, mon visage

Du calme universel ne s'est point éclairé.

La fleur tranquille au vent qui caresse sa tige. L'arbre fier du soleil qui le baigne au somrael, Toute chose me laisse en proie k ce vertige Que la cité du moins par instants endormait.

Aussi, beautés des champs sourdes k mes prières, Vous, beautés dont j'étais l'admirateur pieux, Splendeurs des soirs, vallée en fleurs, ondes, clairières, Je détourne de vous et mon cœur et mes veux !

Oui, que les cieux soient purs, la campagne enchantée, Je passe, sans rien voir de la belle saison, El quand tout est serein, de mon àme agitée A Dieu lui-même enfin je demande raison.

De ta puissance amère est-ce un jeu? De ion œuvre, Dieu, qu'on proclame juste, es-tu donc si jaloux Que le sombre vertige, ainsi qu'une couleuvre. Lorsque nous l'approchons se dresse entre elle et nous:

As-tu donc peur qu'au vœu d'une àme simple et pure Ne cède quelque jour le mont ou la forêt. Et que, bravant pour moi ton pouvoir, la nature A mes regards fervents ne livre ton secret ?

Oh! vers elle pensif et le regard avide, Si j'accours, ce n'est pas, OEdipe aux yeux perranls, Que je veuille du Sphinx, en qui le mot réside, Mettre a nu le mystère et surprendre le sens.

Non, jamais de ravira l'antique Gybèle L'énigme du destin je n'eus la volonté. Vers elle, amant discret, je viens, la trouvant belle, Enivrer chastement mes yeux de sa beauté.

.le viens de ton ouvrage, artiste incomparable, Admirer, triomphant des hommes et des jours, La jeunesse sans On, le charme inaltérable, Et proclamer ta force empreinte en ses contours.

Mais loi, de purs transports quand mon àme redouble, Toi qui ne daignes pas a son mal compatir. Tu laisses sur mes yeux ce voile épais du trouble, Tu reliens en mon cœur le cri qui veut sortir.

LES IJKIA PHOSCIJITS.

Sur la colline verle, où se suspend la chèvre, Il s'assit trislenieni, d'un grand chêne abrité. Celui-là qui toujours a trois mots sur la lèvre : Jeunesse. Amour, Beauté.

A ses pieds il voyait, aux haleines d'octobre. Ses feuillages épars, frissonner ce beau lieu, (lar le soleil plus pâle et de rayons plus sobre Lui semblait dire adieu.

Il contemplait ému, ce penseur solitaire, Kt les champs dépouillés et le vallon transi; Son jeune esprit allant du deuil de celte (erre .\ son propre souci.

Puis, soulevant ce front où la douleur enfonce Plus d'une pointe amère, impossible k celer. Les échos d'alentour, sans lui faire réponse, L'entendirent parler :

" Avant de Yous quitter, vallon, nature aimée, Arbres à qui je dois l'abri d'une saison, Solitude où j'avais sur le front la ramée, Sous les pieds le gazon;

« A l'heure où, sous l'ombrage aux vents d'automne en proie, Des riantes saisons ne s'entend plus le chœur, Il faut que devant vous, du souci qui le broie, Se décharge mon cœur.

« ^juand de vous je m'éloigne, au temps qui nous oppresse. Je sens mon cœur se fondre et mes larmes pleuvoir, Comme on pleure à quitter une chère maîtresse Qu'on ne doit plus revoir.

« Si je reviens a toi, Nature défaillante, Quand le ciel au printemps darde ses rayons d'or, Sur ton trône de fleurs, rajeunie et brillante, Te trouverai-je encor?

« L'homme qui, sans pudeur, de tes charmes tratîque, Aura-t-il pas enfin, auguste royauté, Arraché de tes mains ton sceptre pacifitiuc, Cluuiue jour insulté?

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