LES DEUX PROSCRITS
a Du sud à Taquilon l'oulrage esl unanime. Chacun, portant sur toi la bêche ou le couteau. D'un bras profanateur que l'avarice anime, Lacère ton manteau.
« L'industrie, en tous lieux vomissant les usines, Ainsi que le vallon envahit la hauteur; Tout rivage exploité perd, au bruit des machines. Son calme inspirateur.
« Adieu les bois sacrés, les clôtures discrètes. Le frais buisson propice aux couples amoureux . Qui par les champs allaient cueillant les pâquerettes Aux bords des chemins creux !
a Adieu tous les plaisirs des voyageurs qui songent, De la plaine et des monts les jeux charmants a voir El ces mille accidents des collines qui longent Les eaux, leur bleu miroir !
a La terre est uniforme à celte heure. 0 Nature ! Ils ont osé, jetant la colline au bassin, De leurs lignes de fer, sacrilège ceinture. Sillonner ion beau sein !
« Aux appels du grand Dieu qui lient le caducée Les intrigants, jaloux d'avoir les meilleurs lois. Embarquent sur les rails leur sottise empressée, l^es mirchaiids leurs ballots.
i72 (iALEUIE DES POÈTES VIVANTS.
« Qu'ils aillent! cependant, d'une main alirislér. J'emporte ces rameaux jaunis aux feux du jour. Comme un amant la fleur de larmes humectée, Relique de l'amour.
« Afin que reste en moi ton image attrayante. Sans qu'un nuage humain puisse un jour la ternir, Je veux avoir de loi, dans la cité bruyante, Ce frêle souvenir.
« Dans celte guerre ouverte k tous deux, il est juste Que j'unisse du moins mes soupirs à tes cris ; La Nature sacrée et le Poète auguste Sont ensemble proscrits.
« Tous deux, quand de chacun le veau d'or est l'idole. Trahissent clairement au cœur matériel, L'une dans sa beauté, l'autre dans sa parole. Quelque chose du ciel.
« Contre tous deux aussi l'ostracisme est le même ; Je subis à mon tour l'injure (lue tu sens; La foule clôt les yeux à ton charme suprême. L'oreille k mes accents.
« Puisque du même alVront cette époque nous lie, Va! dans quel tourbillon (juc je sois emporté, O Mature ma sœur, ne crains pas que j'oublie
Celle Iralernilé.