‹ Galerie des tableaux du Pont de la Chapelle à LucerneChapitre 7 sur 10 · DEPUIS CETTE BATAILLE · texte numérisé non relu

DEPUIS CETTE BATAILLE

jusqu’à la convention de S ta ns eu 148 i*

La hataïlle de Sempach.

La bataille de Sempach peut être considérée comme répoque de laquelle date la liberté des Suisses. C’est depuis lors que leur confédération prit plus d’aplomb et de vigueur et que les prétentions de la maison d’Autriche sur les 8 anciens cantons furent réduites au silence.

Plusieurs griefs' réciproques contribuèrent à rallumer la guerre entre les ducs d’Autriche et les Suisses. Ceux-ci se plaignoient de l’assistance que les premiers avoient porté aux comtes de Kybourg dans leur querelle avec les cantons, quoiqu’ils eussent promis une entière neutralité, ainsi que des véxations sans cesse renouvellées des agents et vassaux autrichiens, dont ils- ne pouvoient obtenir justice. D’un autre côté les ducs ne pouvoient pardonner aux Lucernois, ni la protection qu’ils avoient accordée aux habitants de Wohlhusen et de l’Entlebuch contre la tyrannie de leurs baillifs, ni la prise et le sac de Rottenburg, Enfin l’admission de Zug et de Glarus dans la ligue, que l’Autriche ne voulut point reconnoitre, mit le comble à son courroux contre la confédération.

iU

Le duc Léopold résolu de la détruire , lui déclara la guerre. Il leva une armée formidable formée de toute la noblesse de ses états et d’une foule de comtes et de chevaliers ses alliés. Chacun de ceux-ci envoya à la ligue une déclaration de guerre particulière, de sorte que dans l’espace de peu de semaines elle en reçut 27H. Le duc rassembla ses forces à Baden et occupa toute l’Argovie ; puis il s’avanqa sur Sempach, qui venoit tout récemment de se réunir à Lucerne , pour la punir de sa défection et pour marcher de là sur cette dernière ville et se rendre maitre de ce boulevard des cantons forestiers. Cepen- . dant les Suisses étoient entrés dans la Thurgovié et -ravageoient cette province autrichienne. Dès qu’ils furent informés de la marche de Léopold, ils se replièrent en grande hâte, mais les Zuricois qui fai- Süient partie de ce petit corps d’armée , obligés de garder leur ville et leur territoire , y restèrent. Ceux . de Zug et de Glarus allèrent défendre leur défilés.^ Les Bernois épuisés par de longues guerres et liés ' par une trêve avec l’Autriche , n’avoient encore pu envoyer aucun secours; de sorte que l’armée suisse arrivée à Lucerne ne se trouva forte que de 1600 hommes de ce canton et de ceux d’Ury , Schwyz et Untervvalden , pour tenir tête aux forces beaucoup ‘ plus considérables de Léopold , qui certain de sa victoire, se faisoit suivre de chariots chargés de cordes, pour pendre tous les confédérés, qui tomberoient entre ses mains. Lorsque les Suisses se virent en face des ennemis sous les murs de Sempach, leurs chefs déclarèrent que si quelqu’un d’entr’eux ne se sentoit

l>üs capable de se mèsorer avec dix ennémîs, il lui étoit permis de se retirer sur les derrières de Tarmee, lui promettant qu’il ne lui en seroit fait aucun reproche. À ces mots 300 hommes se retirèrent et allèrent se poster dans un petit bois. Les premières attaques des 1300 hommes qui restoient ne furent pas heureuses. Les Suisses y perdirent plusieurs de leurs braves chefs , entr’autres l’avoyer de Lucerne, le vaillant chevalier Petermann de Gundoldingen et Antoine Zurport d’Ury ; mais sans se laisser décourager , ils renouvelloient sans cesse leurs attaques contre la ligne des Autrichiens hérissée d’une forêt de lances. Enfin au moment du plus grand danger, Arnold de Winkelried d’Unterwalden se dévoua à uns mort inévitable ; il s’offrit pour rompre cette ligne de fer, en demandant seulement à ses concitoyens de prendre soin de sa famille et de ses déscendants après sa mort. Il en obtint la promesse, puis les confédérés se jettèrent à genoux et invoquèrent encore une fois le tout puissant Dieu des armées. Après une courte prière , ils coururent avec une nouvelle intrépidité sur l’ennemi. Arnold de Winkelried les dévanqoit et se jettant sur les lances des Autrichiens, il en embrassa un grand nombre, les écarta et fraya ainsi un chemin à ses frères d’armes , par lequel ils se précipitèrent dans les rangs. Le combat devint alors plus opiniâtre et plus meurtrier* Les chevaliers autrichiens revêtus de pesantes cuirasses, se défendoient avec peine contre les robustes fils des montagnes; la victoire enfin étoit encore incertaine,, lorsque les 300 hommes postés dans le petit bois,

honteux de ne pas partager les dangers de leur concitoyens , ' sortirent de leur retraite et accourrurent à grands cris. Les Autrichiens voyant cc renfort inattendu , crurent que c’étoit un nouveau corps d’armée qui venoit joindre les Suisses et prirent la fuite en jettant loin d’eux leurs lourdes armures. Les confédérés les poursuivirent et en tuèrent un grand nombre. Le duc Léopold lui-mémc perdit la vie et avec lui i4oo chevaliers, parmi lesquels se trouvoient 3o0 casques couronnés, en tout 4o00 hommes. Les Suisses n’en perdirent que 200 et firent un enorme butin d’armes, de cuirasses, de bijoux etc. Ils prirent aussi une quantité de drapeaux et de bannières, qu’ils se distribuèrent entr’eux et qui .sont énumérées dans les inscriptions de la chapelle, simple monument d’une grande victoire, érigé dans le Ijème siècle sur le champ de bataille, qui servit de sépulture aux victimes des deux armées, moissonnées dans cette sanglante journée.

Le concile de Constance excommuniant le duc Frédéric d Autriche.

La ville de Baden; V armée suisse en marche pour en faire le siège.

paix entre les Suisses et rAiitrIche étoit conclue, lorsque en l4f5 cette puissante maison éprouva de nouvelles humiliations et la perte de toutes les possessions qui lui restoient encore en Helvétie. Un concile général de toute la chrétienté de l’Europe occU dentale, étoit rassemblé à Constance, et avoit excommunié le pape Jean XXII. , qui s’y trouvoit em personne. Le duc Frédéric d’Autriche favorisa* sa fuite en dépit de la parole qu’il avoit donnée et s’attira aussi l’excommunication des pères de l’égli.seet le ban de Tempereur Sigismond de la maison de Luxemburg , qui déjà ne lui étoit pas favorable et qui somma tous les vassaux et alliés de l’empire, de le combattre et de s’emparer de scs possessions* Les Suisses reçurent aussi cette sommation en vertu de leurs anv îens rapports avec l’empire, qu’ils avoient maintenus dans leur acte fédéral. Us en délibérèrent

dans une diète rassemblée à Lucc’-ne, et nnl^ré t-ous les avantages qui pouvoient ressortir de leur participation à cette guerre, ils repondirent à l’empereur: qu’ayant conclu trois ans auparavant une paix de 50 ans avec le duc, ils ne trouvoient ni généreux ni convenable de l’attaquer lorsqu’il étoit dans le malheur. Sigismond décidé à humilier son ennemi , ne se contenta pas de ce refus; il envoya une ambassade à la confédération pour l’engager à convoquer une nouvelle diète , qui se réunit en effet à Beckenried dans le canton d’Unterwalden. Les envoyés impériaux exhortèrent encore les députés suisses à remplir leur devoir vis- à -vis de l’empire, les menacèrent de l’excommunication et leur promirent la possession perpétuelle des conquêtes, qu’ils pourroient faire, s’ils prenoient parti contre l’Autriche; mais les trois cantons primitifs , et ceux de Lucerne , Zurich , Zug et Claris déclarèrent itérativement, qu’une pareille tntreprise ne pouvoit s’allier avec la loyauté et la bonne foi, qui formoient la base principale de leur li^ue.

Cependant Berne avoit armé et occupoit déjà une partie de l’Argovie ; Zurich solljcité de nouveau par l’empereur, etoit ébranlé; de nouvelles menaces des foudres de l’église avoient effrayé les pieux habitants des cantons montagnards , qui enfin se décidèrent dans une troisième réunion fédérale convoquée à Schwyz, ‘ à déclarer la guerre au duc Frédéric en l4l5.

Leurs troupes se mirent aussitôt en marche. Chaque canton entra dans les possessions autrichiennesr qui étoient le plus à sa portée ; ainsi les Bernois s’emparèrent de dix sept villes et châteaux enArgovie ,

les Ziiricoîs occupèrent le baillage de îCnonau et le? Lucernois celui de St, Michel , qui se rendit sans coup férir, puis la ville de Sursée, qui se défendit pendant trois jours avant de capituler. De là ils marchèrent sur le château de Wykon , dont ils rasèrent une partie, et pénétrèrent dans les baillages libres jusqu’à Villmcrgiie. Ils se réunirent sous les murs de Mcllingen avec l’armée des 7 autres cantons. Cette ville fut prise après un siège de i quatre jours, ainsi que celle de Bremgarten, qui leur ouvrit ses portes et se mit sous la sauvegarde de la ligue. L’armée entière marcha ensuite sur Baden, capitale des provinces autrichiennes, qui étoit alors fortifiée et défendue par un château fort. Cette ville fut investie et résista plus long - tems que tout le reste de l’Argovie. Cependant ses murs ayant requ plusieurs brèches et l’eau lui ayant été coupée , la garnison se retira dans le château et s’y défendit encore pendant quelque tems , mais ne recevant aucun secours , elle finit par capituler.

Les Suisses exaspérés et aveuglés par leur ressentiment , mirent le feu au château en dépit de la capitulation. Les archives autrichiennes , qui y étoient conservées, furent transportés à Lucerne et chacun des sept cantons prit les documents, qui le concernoient et qui pouvoient lui être utiles.

Q^uant aux provinces conquises, les confédérés décidèrent entr’ eux par une convention, que celles que chaque canton avoit conquises seul avec ses propres forces, lui seroient dévolues en toute propriété, mais que les pays envahis par l’armée fédérale réunie, tels

que le comté de Badeii et les bailliages libres seroicnt possédés en commun et administrés alternativement par des baillifs de chaque canton. Celui d’Ury seul refusa de’ prendre sapait de ces conquêtes, n’ayant déjà consenti à la guerre qu’avec la plus grande répugnance. Il déclara qu’il ne Tavoit faite que pour obéir à l’empereur et à l’église et non pour aggrandir son territoire.

L' empereur TVenceslas sur son trône , remettant à deux envoyés Lucernois un diplôme , par le quel il accorde à la ville de Lucerne le droit de vie et de mort dans son territoire^ et une épée^ symbole de ce droit.

Lorsque Lucerne à la fin du siècle, se mit

sous la protection et sauvegarde de l’empire d’Allemagne et devint ainsi une ville libre impériale; les empereurs y conservèrent cependant le droit de vie et de mort, tels qu’ils se l’arrogeoient dans toute l’étendue de l’empire et le faisolent exercer par leurs délégués. Cependant lorsque cette ville fut entrée dans la ligue des Waldstâtte, et qu’elle se fut affranchie du joug de l’Autriche et de celui de la féodalité pour devenir un état indépendant, elle désira d’obtenir la

haute jurisdiction criminelle et fit plusieurs démarches à cette égard aupiès des chefs de l’empire. L’empereur Wenceslas la lui accorda enfin par un diplôme en 13S1 et cette concession fut confirmée de nouveau par lui- même en 1390 et plus tard par son successeur Sigismond , qui accorda à tous les cantons et particulièrement à celui de Lucerne plusieurs franchises et privilèges en reconnoissance des secours qu’il en avoit reçu dans U guerre contre le duc Frédéric d’Autriche.

L'empereur Sigismond à Lucerne , se rendant à l'église du Hof, escorté par ' une nombreuse procession»

En l4l7 l’empereur Sigismond se trouvant à Coir^ stance, où le concile étoit encore réuni, fit un pèlerinage à Notre-Dame des Hermites et voulut à cette occasion visiter une partie du pays des Alpes. Il sc rendit avec 200 chevaux et une nombreuse suite par le Rheinthal et en Côtoyant le lac de Wallenstadt à Einsiedeln et après avoir accompli son voeu, il alla à Zurich, en suivant la rive gauche du lac. De là il se dirigea sur Lucerne par le mont Al bis et arriva le vendredi avant la Toussaint sur les frontières de ce dernier canton, où il fut requ par les avoyers

chefs de la république , à la tète d’une députation du sénat, près du village d’Ebikon. Arrivé aux portes de la ville, il y trouva tout le clergé et qnc foule immense de peuple, qui l’attendoit. Il descendit de cheval et se rendit au son des cloches et suivi d’une nombreuse procession à la cathédrale du Hof. Il y fit sa dévotion dans la choeur, après quoi il remonta à cheval et 'fut conduit au travers de la ville au couvent des recollets, où on lui avoit préparé des appartements. Il resta trois jours à Lucerne , y fut traité somptueusement aux fraix de la ville et y laissa en partant des traces nombreuses de sa bienveillance. Les fraix de sa réception et des fêtes qui lui furent donnée, ne montèrent cependant qu’à 500 livres lucemoises, environ 400 francs de France.

De Lucerne l’empereur remonta par eau le lac des 4 cantons et retourna à Constance, en passant par Schwyz et N. D. des Hermites.

La hataïlle de BelRnzone ; dans le fond cette ville avec ses trois châteaux,

3? eu d’années s’étoient écoulées depuis la conquête de l’Argovie par les Suisses, lorsque ceux-ci entreprirent une guerre, dont ils retirèrent aussi peu de

floîre, que de bénéfices et qui leur coûta des torrents de san^. Les cantons d’Ury et d’Unterwalden (Ob^ waîden) avoient acheté en l4ty des barons de Sax, comtes de Misox , la contrée qui s’étend depuis l’issue de la Levantine jusqu’au Mont-Cenere, y compris la ville de Bellinzone, pour la somme de 24oo flor. d’empire. Au moyen de cette acquisition ils se trouvoient les maitres du défilé de Alisox, qui conduit dans la Rhétie, ainsi que des vallées de Blenio et de Riviera, qui ouvrent le passage dans le M danois. L’empereur Sigismond avoit confirmé cette transaction, mais le duc de Milan, Philippe Marie Visconti, allé* guant des droits plus anciens sur ces provinces et voyant avec peine les Suisses en possession de ces défilés si importants, leur demanda de les lui eédef contre le rembours du prix d’achat, en les menaçant d’une guerre en cas de refus. Les acquéreurs ayant repoussé cette proposition, le duc attendit un an et demi , et surprit alors à l’improviste la petite garnison suisse de Bellinzone ; il s’empara de la ville et des forts et occupa les vallées de Levantine et d’Ugogna jusqu’au pied du St. Gotthari.

A la nouvelle de cette attaque imprévue, les cantons d’Ury et d’Obwalden demandèrent en toute hâte des secours à la .ligue , mais ils reçurent la réponsc, que Bellinzone n’étant point compris ni nommé dans le pacte fédéral, les autres cantons ne se croyoient point obligés de marcher pour le reprendre; qu’ils ofFroient cependant d’envoyer des troupes au Platifer dans la Levantine , pourvu qu’on leur promit de leur fournir des vivres k bon marché.

Ury et Obwalden justement blessés de cette indifférence de la part de leur confédérés, ne dissimulèrent pas leur dépit dans la prochaine diète fé. dérale, qui se rassembla à Lucerne le 24. Juin l422. Cependant après avoir exhalé leurs reproches , ils représentèrent aux autres cantons les avantages que toute la ligue pouvoit retirer des passages en Italie et de la fécondité des provinces au delà des Alpes. Leurs instances eurent plus de succès ; Lucerne fut la première à leur promettre des secours et tous les autres états à l’exception de 'Berne suivirent son exemple, sans former aucune prétention sur les conquêtes qui pourroient être faites en Italie. Aussitôt l’avoyer de Lucerne Ulrich Walker s’emoarqua à la tête d’un corps de troupes de son canton, avec un grand nombre de jeunes gens des premières familles, dans sept barques. Les troupes des autres cantons vinrent les joindre à Fluelen et toute l’armée passa le St. Gotthard , pleine de courage et du désir de combattre. Le 30. juin 1422 quatre bannières suisses flottoient dans les plaines d’Arbedo, non loin de Bellinzone. Celle de Lucerne à l’avantgarde ; Ury et Unterwalden au centre et Zug en arrière au pied de la montagne. Les cohortes des autres cantons dégoûtées par les dangers et les fatigues de la route, suivoient plus lentement sur le St. Gotthard.

A 9 heures du matin l’armée italienne forte de 24000 hommes, attaqua celle des Suisses qui comptoit à, peine 3000 combattans. On se battit des deux côtés avec héroisme et le plus vif acharnement. Les,, Suisses firent des prodiges de valeur. Le porte-drapeau

de la ville de Lucerne se voyant entouré, mit sa bannière repliée sous ses pieds, résolu à mourir en la défendant, et à vendre chèrement sa vie. Il combattit en effet avec une telle furie, qu’iJ parvint à repousser les ennemis acharnés autour de lui et que la troupe ranimée par son exemple, s’empara de la bannière principale des Italiens. Cependant les Suisses succombèrent enfin au nombre et le combat se dé- 'cida en faveur de leurs ennemis, après avoir duré jusqu’au soir. Us perdirent 3.96 horrimes ; Lucerne seul 103, parmi lesquels 4o membres de ses conseils, sans compter les prisonniers et les blessés. Leur retraite se fit en ordre dans la Levantine, qu’ils continuèrent d’occuper, l’armée italienne étant elle-même trop aflfoiblie pour les poursuivre. La nouvelle de cette défaite porta le désespoir dans la ville de Lucerne, lorsqu’on y vit arriver sur deux barques ces foible» débris des cohortes, qui naguères étoient parties sur sept embarcations avec tant de courage et de si belles espérances. L’avoyer Walker, qui les avoit commandé, fut accusé d’avoir mal dirigé les opérations de l’armée suisse et le peuple menaça de détruire sa maison. Il fut mis en jugement et trois mois après il fut acquitté de cette accusation, mais déclaré incapable de conduire les troupes de la république.

Cependant les cantons d’Ury et d’Obwalden ne renoncoient point à l’espoir de revendiquer leurs possessions italiennes. Ils demandèrent de nouveau des secours à la ligue pour les conquérir. Alais trois années s’écoulèrent avant qu’ils pussent les obtenir. Lucerne consentit enfin à en donner , ainsi que Zug

et Claris , mais Zurich contesta et Berne' persista dans son refus. Enfin en i425, 4joo hommes de divers cantons se mirent de nouveau en marche sur le St. Gotthard, mais ils étoient si peu d’accord et si découragés de cette expédition, qu’étant parvenus sur les bords de la Muesa, ils se dispersèrent sans avoir vu l’ennemi. Un seul homme sauva l’honneur des Suisses. Petermann Kissig de Schwyz honteux de la tache que cette retraite ignominieuse alloit jetter sur ses concitoyens , rassembla à force d’eloquence et de bravoure, 500 hommes des plus résolus, marcha à leur tête par les défilés du St. Gotthard et dü Simplon sur Domo d’Ossola, s’empara de cette place, d’où il chassa les soldats milanois et y résista à 30,000 hommes que le duc de Milan avoit envoyés pour la reprendre. Son exemple réveilla* le point d’honneur et le courage des Suisses, lis firent une levée générale; Berne même, sollicité de nouveau par Schwyz, envoya à grand fraix des forces considérables. Dç tous côtés les Confédérés accoururent sous les armes, et passèrent de nouveau les Alpes. Us emportèrent le passage du Grâfisch en dépit de la défense des ennemis , s’emparèrent de deux redoutes et se déployèrent dans la plaine de Domo d’Ossola en offrant la bataille. A leur vue l’armée milanoi^ e saisie d’une terreur panique, abandonna en grande hâte son camp, en y laissant tous ses équipages et prit la fuite. Le duc ne tarda pas à faire à la ligue des propositions de paix, et il parvint par ses intrigues à en conclure une séparée avec ks cantons de Lucerne , Ury et Untcrwalden. 11 se ménagea des intelligence^ dans

les autres cantons et Obwalden qui avoit résisté le plus long-tems, se vit obligé de céder. Le duc s’engagea à payer à la confédération la somme de 31,200 flor. pour les fraix de la guerre. On lui laissa ses possessions de Bellinzona, des vallées d’Ossola et même de la Levantine, en échange de quelques franchises commerciales qu’il accorda. Ainsi la politique rusée des Italiens triompha dans les négociations, de la simplicité et de la bonne foi des Suisses.

Page 1