GARDE' MANGER
'est un garde-manger de grande maison, abondamment pourvu. Sur une table, du gibier mort : perdreaux, bécasses, bécassines et petits oiseaux; un ' chou vert, des figues tenant à une branche ; un panier de cuivre contenant des artichauts et des oignons; un baquet recouvert d'une planche sur laquelle posent les pattes de devant d'un lièvre accroché par les pattes de derrière à un cercle en fer, en compagnie d'un lapereau et d'un oiseau noir et blanc. Au fond, à gauche, on voit un intérieur de cuisine où, dans une vaste cheminée, est un chaudron sur le feu. La cuisinière (jupe
brune, corsage gris, fichu et bonnet blancs) est occupée de la préparation des mets; elle tient une écumoire et se baisse vers la table. Signé à moitié de la hauteur du tableau, sur le mur, vers la gauche :
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49 / iJ
Toile. Hauteur im26— Largeur im58 1/2.
Collection van Saceghem. Bruxelles, 1 85 1 .
Production capitale d'un maître dont les œuvres ne sont communes ni dans les galeries publiques, ni dans les cabinets d'amateurs. W. Burger, après avoir cité, dans les Musées de la Hollande, les galeries qui ont et celles qui n'ont pas des peintures d'Adrien van Utrecht, ajoute :
« Il est assez rare dans son pays. Le musée d'Anvers n'a qu'un Cygne mort au milieu d'autres oiseaux, de fruits et d'accessoires ; rien au musée de Bruxelles; au musée de Gand, une Échoppe de marchand de poisson, avec trois figures de grandeur naturelle et un fond de ciel à gauche; dans la collection de M. du Bus de Gisignies, à Bruxelles, une grande et belle composition. Rien dans les musées de la Hollande, excepté un tableau de moyenne proportion au musée de Rotterdam, et celui que nous rencontrons ici (au musée van der Hoop). Van Utrecht doit prendre place après Snyders et Jean Fyt, presque à côté d'eux, quoiqu'il soit moins élégant que l'un et moins fin coloriste que l'autre. »
Dans ses morceaux de choix, Adrien van Utrecht n'est certainement inférieur ni à Snyders ni à Fyt. Ce qui le prouve, c'est que l'on a parfois attribué au premier de ces deux maîtres des peintures dont il était l'auteur. On voit dans le Dictionnaire de Bryan- Stanley qu'Adrien van Utrecht a peint le magnifique assemblage de
— i79 — fruits du tableau de Rubens : Pythagore et ses disciples, conservé au palais Buckingham, qu'on avait attribué à tort à Snyders. Waagen rend hautement hommage au talent d'Adrien van Utrecht lorsqu'il dit :
« Il joignait à une grande habileté d'arrangement une force de coloris qui parfois rappelle Rembrandt, une extrême vérité dans les détails et un procédé magistral. »
L'assimilation de van Utrecht à Rembrandt n'est pas heureuse, car il n'y a pas de rapport entre les manières de ces deux peintres ; mais elle prouve quelle haute idée le critique allemand avait de notre artiste. Si van Utrecht prêtait sa collaboration à Rubens, ce qui était pour lui un grand honneur, il réclamait, à son tour, l'aide de certains de ses confrères pour l'exécution des figures qu'il introduisait dans ses grandes compositions. C'est ainsi que Téniers a peint la cuisinière du Garde-manger de la collection Du Bus. Le type et la peinture disent assez de quelle main est cette partie du tableau. C'est ainsi encore que Jordaens a exécuté les trois figures (une vieille femme et deux hommes) qui animent un autre tableau de van Utrecht existant au musée de Madrid et représentant également un garde-manger.
Il y avait jadis des tableaux d'Adrien van Utrecht dans toutes les grandes collections de la Hollande. D'où vient qu'on en retrouve aujourd'hui si peu en circulation ? Peut-être aurait-on une réponse à cette question en enlevant la signature de Snyders mise au bas de certains tableaux qui ornent des cabinets d'amateurs ou même des galeries publiques, et sous laquelle reparaîtrait celle de notre artiste. Les faussaires nous obligent à nous répéter.