LES PLAISIRS DE L'HIVER
eux joueurs de mail. A l'extrémité' de la gauche, un jeune garçon vêtu de brun et coiffé d'un feutre noir à larges bords, ayant la main droite passée dans son =^lâ33^SI gilet pour la réchauffer, et tenant sa crosse de la gauche ; il attend la boule que l'autre joueur s'apprête à lancer. Celui-ci, vêtu de noir, la tête couverte d'un camail rouge, va chasser la boule d'un coup de crosse. Ils ont pour spectateurs un gentilhomme à longs cheveux, en habit rouge, chaussé de grandes bottes, ayant la main droite appuyée sur la hanche, et un patineur qui s'est arrêté un peu plus loin. Du même côté, à l'avant-plan, un jeune homme se baisse pour rattacher un de ses patins, tout en regardant le coup qui vase jouer; au fond, un groupe de patineurs dans lequel on remarque une femme qui fait une chute indiscrète. A droite, un riche traîneau dans lequel sont une dame en bleu, un cavalier coiffé d'un feutre pointu, et deux hommes en noir sur le devant» Le conducteur est en habit gris jaunâtre, avec de longs
LU
te
cheveux, et une cocarde rouge à son chapeau. Au traîneau est attelé un cheval blanc, la tête empanachée, des nœuds de rubans à la crinière, ayant sur le dos une large couverture à laquelle sont attachés des grelots. Près de là, un paysan poussant un petit traîneau, et un patineur portant une perche sur l'épaule.
Dans le fond, au bord de la surface glacée, un groupe de six maisons entourées d'arbres. Vers le milieu du second plan, un patineur en noir faisant montre de sa virtuosité. Ciel gris un peu rougeâtre, nuageux, avec quelques éclaircies d'un bleu pâle : un vrai ciel d'hiver. La glace est de la vraie glace aussi ; il y a du froid dans l'atmosphère qui rougit les visages et les mains des personnages. Et, pour rompre la monotonie de cette représentation d'une nature engourdie, voici de piquants réveils : des rouges, un habit, un camail, une couverture de cheval; des blancs lumineux, les tabliers des patineuses du second plan, le cheval du traîneau. Les anciens maîtres savaient introduire des tons vibrants dans une gamme tranquille sans porter atteinte à l'harmonie ; ils s'entendaient à jeter des notes gaies dans les mélancoliques chansons de la nature. Le tableau d'Adrien van de Velde est, sous ce rapport, un éclatant témoignage de leur art. Il est signé en toutes lettres et daté, au bas, à droite :
Bois. Hauteur om3o 1/2. — Largeur om38 1/2.
Collection de M. van Saceghem, qui le réserva lors de la cession de sa galerie
à M. Patureau.
La date de 1662, inscrite sur l'œuvre d'un maître né en 1639, étonnerait s'il ne s'agissait pas d'Adrien van de Velde. On se demanderait comment une telle peinture peut avoir été faite par un
jeune homme de vingt-trois ans; mais on sait que van de Velde n'a pas eu de jeunesse, ni de vieillesse non plus, car il est mort à trentedeux ans. Il est né peintre, grand peintre, et ses premières œuvres portent le cachet d'une perfection à laquelle d'excellents artistes ne sont arrivés que graduellement. A dix-neuf ans, il a fait l'admirable vue des Côtes de Scheveningen, du musée de Cassel, datée de i658. On peut donc dire qu'à l'âge de vingt-trois ans, où il peignit les Plaisirs de l'Hiver, il était dans toute la maturité et dans toute la force de son talent. Notons encore qu'à l'année 1662 appartient le Rendez-vous de chasse de la collection Baring, à Londres, l'un des chefs-d'œuvre de van de Velde.
si