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LES CARILLONS

Bim , bam, bon, Entendez-vous les grosses cloches? bim, bam, bon.

Quand j'entends sonner sur ce ton, Je me souviens toujours qu'hier ma femme est morte, Le temps n'affaiblit point une douleur si forte , Elle redouble à ce lugubre son , Bim, bam, bon.

Pour égayer ce bim, bam, bon, Faisons un autre carillon , Carillon du verre , De la pinte et du flacon.

La pauvre femme elle est en terre !

Je l'aimais tant, buvons pour elle en carillon. Choquons le verre en carillon , En double carillon , Tirez du bon vin, bin, bim, bon, bim , bon : Exerçons-nous sur ce jambon ;

N'est-il pas bim bon ?

Et tâtons donc de ce dindon ;

Din, don, din, dan, don, Ma femme est en terre , Ah! qu'il est beau ce carillon.

Bom, bam, bon.

Que ce lugubre son m'afflige! bom, bam, bon.

J'entendais chez moi sur ce ton Gronder en faux-bourdon la pauvre Mathurine, Quand, pour avoir été trop gai chez ma voisine, J'en revenais plus triste à la maison.

Bom, bam, bon, Elle égayait son faux-bourdon , En y mêlant son carillon , Carillon de femme, De jalouse du démon.

Pour lui laisser chanter sa gamme , Je m'endormais , mais elle prenait un bâton , Pour me donner du réveillon ,

En double carillon ; Moi qui suis bon, bon, bon, bin, bon, Je souffrais comme un vrai mouton ,

Jusqu'au bâton ; Que le ciel lui fasse pardon.

Din, don, din, dan, don, Ma femme est en terre , Elle a fini son carillon.

Un notaire vint pour l'inventaire. « Vous n'avez rien à faire ici, lui dit Dufresny. — Mais, monsieur, à la dissolution de la communauté de biens qui.... — Dites la communauté de mal; cela ne produit rien de bon, si ce n'est des dettes ; est-ce donc la peine d'inventorier mes dettes? — Mais, monsieur, vos deux enfants? — Cela regarde Dieu. Leur grand'mère, qui n'a rien à faire, m'a promis de les élever auprès d'elle; ainsi.... — Mais enfin, monsieur, la justice a ses droits; un petit inventaire.... » Dufresny prit son chapeau et s'enfuit au plus vite : il ne reparut jamais en cette maison.

Ce même jour il alla à Saint-Germain, et parvint à voir le roi. « Eh bien ! Dufresny, où en sont tes jardins ? — Ah ! sire, les chemins n'en sont pas toujours semés de roses ; j'ai mangé mon blé en herbe. Ma femme est morte, j'ai abandonné ma maison au notaire : je n'ai plus rien , pas même ma gaieté. Mais ce qui m'attriste surtout, c'est que tout à l'heure, à la porte du château, j'ai rudoyé un pauvre qui me demandait l'aumône. Le pauvre diable me disait en me poursuivant : Pauvreté n'est pas vice. C'est bien pis! lui ai-je répondu. — Je compatis toujours à ta misère, vieil enfant prodigue, dit le roi, frappé de ce trait de philosophie ; allons, parle. — Je ne demande à Votre Majesté qu'un petit coin de terre à la lisière du parc de Vincennes : il y a là de quoi faire un magnifique jardin à ma façon. — Un jardin ! tu es fou. Est-ce pour y promener ta pauvreté ? — Avec un jardin je ne serai jamais pauvre; c'est mon trône, sire, c'est là que je trouve du pampre vert ou des roses pour ma couronne. — Ta volonté soit faite, dit le roi; reviens après-demain, nous aurons signé. » *

Dufresny alla se coucher le soir où il plut à Dieu. Le lendemain, il se présenta chez Regnard, qui avait été de ses soupers. Regnard songeait à réparer les brèches de sa fortune par le théâtre ; il confia son dessein à Dufresny, qui voulut y être de moitié. Mais, le surlendemain, notre poëte ayant reçu de Louis XJV une bourse de cent louis, le don d'un demi-arpent à la lisière du bois de Vincennes, le privilège d'une manufacture de glaces, il abandonna le théâtre jusqu'à nouvel ordre de sa mauvais fortune. Comme on était encore dans la belle saison, il se hâta de semer ses cent louis dans son jardin. Pour de si belles semailles, il récolta à peine quelques bouffées odorantes.

L'hiver venu , il fut bien près de retourner à son ami

Regnard. Le privilège de la nouvelle manufacture de glaces n'était rien moins qu'une fortune viagère; mais cette fortune était lente à venir, car les premières dépenses dépassaient les revenus. Dufresny s'en alla trouver ses associés, leur parla de son dégoût pour les affaires et leur offrit son privilège pour douze mille livres, c'est-àdire moyennant de quoi passer l'hiver, selon sa coutume. Le privilège valait cent mille livres; aussi les entrepreneurs s'empressèrent d'offrir six mille livres à Dufresny. Pour un poëte qui vit au jour le jour comme l'insouciante cigale, un peu d'argent comptant, c'est la fortune : Dufresny signa la rétrocession du privilège. Il rencontra Regnard le même jour, ce Eh bien ! lui dit le voyageur, je ne vous ai pas revu; d'où venez-vous donc ? Tout Paris vous appelle. — J'ai habité mon jardin durant toute la belle saison , en compagnie de mes roses et de mes marjolaines, de mes groseilles et de mes raisins. — - Et nos comédies? — Je n'y ai plus pensé, mais j'ai imaginé des belvédères de verdure qui sont de vrais paradte terrestres. — Grâce à Dieu, voilà i'hiver qui revient avec sa perruque à frimas; les jardins ne sont plus de saison ; vous allez, bon gré, mal gré, faire des comédies avec moi pour le Théâtre-Italien. — Comme il vous plaira. Je vais de ce pas payer un .coquin qui m'a logé tant bien que mal cet été à Vincennes , après, quoi je reviens mettre mon esprit à vos ordres. — Vous payez donc vos dettes ? — Les petites seulement ; pour les grandes , je me contente d'en payer l'intérêt aux pauvres. »

Le soir même , Dufresny vint habiter un hôtel garni dans le voisinage de Regnard. C'étaient deux gais philosophes, acceptant avec amour les belles heures de la vie tombées du sein de Dieu, sans souci du passé comme de l'avenir, étreignant le présent de toutes leurs forces, sai-

sissant avec ardeur toutes les joies de 1^ journée : le rayon de soleil , la maîtresse qui vient sans façon, la bouteille ensablée, la gaieté des amis, la chanson du souper; pour les gens de bonne volonté, comme Regnard et Dufresny, il y a mille joies en un jour. Nos deux philosophes avaient bien étudié le monde , l'un dans les voyages aventureux , l'autre à la cour : ils savaient à fond toutes les faiblesses du cœur, tous les ridicules de l'esprit. Regnard, plus éprouvé par l'adversité, avait la pensée plus hardie; Dufresny, plus ébloui par les splendeurs de la vie , avait plus de feu dans l'esprit ; le premier dessinait à grands traits comme un cadet de Molière ; le second ajoutait au dessin mille fantaisies brillantes. « Regnard est un laboureur, moi je ne suis qu'un jardinier, » disait Dufresny. C'était là une image aussi vraie qu'ingénieuse. Il débuta avec Regnard par les Chinois. Après déjeuner, Regnard prenait la plume et traçait le sillon; Dufresny n'était là que pour ses saillies bouffonnes. Chaque saillie lui rapportait à peu près une pistole. Il était mieux payé par Louis XIV, mais Louis XIV n'entendait pas toujours la saillie. Ces deux comédies furent bientôt jouées par les bouffons italiens avec un succès d'éclats de rire. Les deux poètes firent ensuite, toujours après le déjeuner et de la même façon, la Foire de Saint-Germain et les Momies d'Egypte. Regnard avait fini par payer Dufresny au comptant, donnant donnant. Cette façon de payer aiguisait l'esprit de Dufresny : de nos jours , on compte des Dufresny par douzaines, moins l'esprit.

A la fin , le poëte, voyant Regnard s'enrichir, tandis que lui-même épuisait ses ressources, retourna à ses jardins. Les hirondelles étaient revenues; encore une fois il cultiva ses roses bien-aimées sans s'inquiéter de la moisson. En cette saison-là, son jardin de Vincennes

fut un chef-d'œuvre de l'art et de la nature ; mais, un beau soir qu'il s'enivrait tout seul dans le parfum de la verdure , il s'avisa de penser qu'il n'avait plus de quoi souper. A l'instant, une pierre de la grande muraille en ruine du parc tombe à ses pieds, a Voyez, dit-il, cette pierre tombant de l'autre côté eût écrasé un passant. » Et, dans son zèle pour l'humanité, il appelle un manœuvre et lui ordonne d'abattre sans délai trois ou quatre pans de murs en ruine. En moins de quelques jours, il vendit vingt charretées de belles pierres à ses voisins. Si on l'eût laissé faire, il eût abattu tous les murs du parc ; mais le gouverneur enfin averti le pria de ne pas donner suite à son zèle pour l'humanité.

J'avais oublié de vous dire que Dufresny avait, parmi ses mauvaises passions, la passion du jeu. Il trouva dans son esprit un beau matin, sans y penser, une vraie comédie qui s'était faite toute seule , grâce au souvenir de quelques scènes où il. avait été acteur. Quoiqu'il en voulût à Regnard, il. alla dans sa première ardeur lui raconter sa comédie, scène par scène et mot à mot. Regnard fit semblant de comprendre, il pria son ancien ami d'écrire la pièce et de lui en confier le manuscrit; Dufresny suivit ce conseil. Regnard promit d'indiquer les défauts ; mais il avait bien autre chose à faire, disaitil. Et six mois durant il promena Dufresny dans l'attente , répondant aux plaintes du pauvre poëte par un bon déjeuner. Enfin Regnard rendit le manuscrit enjolivé d'un grand nombre de croix. « Vous prenez donc ma comédie pour un cimetière? » dit Dufresny. Il se remit au travail; cette fois, il se passionna pour son œuvre; mais, hélas! l'heure fatale a sonné, la bonne étoile a pâli ; il a fatigué longtemps la fortune, elle a fui pour toujours , ne laissant sur ses traces qu'une pous-

sière d'or. Il présenta le Chevalier joueur à la Comédie- Française; sa pièce fut le jour même mise à l'étude. La nuit, le poëte n'en dormit pas, l'écharpe rose de l'espérance flottait sur son pauvre lit d'hôtel garni : il voyait déjà, non pas , comme tant d'autres , s'élever des châteaux en Espagne; il voyait refleurir tous ses jardins, les oasis de sa vie ! Mais, quelques semaines après, toutes ses roses s'effeuillèrent. Vers huit heures du soir, en passant devant la Comédie-Française, il rencontre Gacon qui lui demande s'il vient voir le Joueur de Regnard. « Le Joueur de Regnard! s'écrie Dufresny. — Oui, reprend Gacon; on le joue à l'instant. » Un trait de lumière traverse l'imagination de Dufresny ; il entre au théâtre tout indigné , il assiste avec la fièvre au plus lamentable des spectacles : il voit représenter le Joueur qu'il a créé, tout le monde applaudit, on salue le nom de l'auteur avec enthousiasme : ce nom c'est celui de Regnard. « Après tout, dit Dufresny quand sa colère fut un peu apaisée, les idées sont à tout le monde ; Regnard a fait comme Molière , qui prenait son bien où il le trouvait : j'avais écrit ma pièce au courant de la plume, il a mis ma prose en vers; voilà comme on fait un chefd'œuvre. »

Cette aventure fut un scandale ; Dufresny accusa tout haut Regnard; les comédiens, pour tenir en suspens la curiosité parisienne , avertirent qu'ils joueraient bientôt le Joueur de Dufresny. Ils jouèrent cette comédie au bout de deux mois; Regnard y est accusé de larcin dans le prologue, ce qui n'empêcha pas la pièce de tomber. Voyant cela, les spectateurs donnèrent raison à Regnard, qui, pour accabler le malheureux Dufresny, refit une préface où son ancien ami n'est plus qu'un plagiaire sans feu ni lieu. Parmi les mille épigrammes lancées contre les deux poètes, on remarque surtout celle de

Gacon. Cet aiguiseur de pointes dit que Regnard et Dufresny trouvèrent ensemble l'idée du Joueur, qu'ainsi :

Chacun vola son compagnon, Mais mons Regnard eut l'avantage D'avoir été le bon larron.

De prime abord, Dufresny fut le plus accusé ; mais peu à peu la vérité fut reconnue par tous les hommes de bonne foi. « Il faut en croire Dufresny, a dit un critique ; Dufresny plagiaire n'eût pas osé produire sa comédie sur le même théâtre où les applaudissements de celle de Regnard retentissaient encore, sa comédie escortée de . mille préventions fâcheuses, et privée de ce brillant prestige de la versification dont sa rivale était embellie ; mais Dufresny, véritable père du Joueur, amoureux de la forme que sa pièce avait reçue de ses mains en naissant, courroucé contre son infidèle ami, se fiant plus à son bon droit qu'il ne convient dans une cause où c'est le plaisir qui juge, Dufresny a dû agir ainsi qu'il a fait, c'est-àdire avec toute l'imprudence et tout le malheur de la bonne foi. » La meilleure raison en faveur de Dufresny, c'est que Regnard lui avait acheté, pour cent écus, la jolie comédie Attendez-moi sous Forme. Mais ici c'était un marché fait ; Dufresny ne réclama pas plus que s'il eût vendu un vieil habit.

Il reprit clopin-clopant le chemin de la Comédie-Italienne ; il s'associa à Biancoletti, le fils du fameux Dominique. Ils firent ensemble les Contes de ma mère V0ie> bouffonnerie qui donna du pain, rien de plus, au pauvre poëte. Louis XIV avait fini par s'indigner de la façon de vivre de Dufresny ; il ne répondait plus que de loin en loin à ses suppliques, disant à qui voulait l'entendre : « Je ne suis pas assez puissant pour enrichir Dufresny. » Ainsi abandonné du roi, sans famille et sans asile, c'était

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grand'pitié de le voir traîner sa gaieté dans le plus lamentable équipage. Où étaient les fines dentelles de sa jabotière, ses bijoux étincelants, les boucles d'or de ses souliers, les plumes rares de son feutre ? Qu'était devenu enfin tout cet attirail d'un homme à la mode, qui avait semé plus d'un million ? Il n'était pas vieux encore ; mais déjà, malgré sa coquetterie native, il lui fallait se résigner à un piteux accoutrement. Il fut bientôt si râpé et si déchiqueté, qu'un jour, au grand soleil, s'étant présenté au Louvre pour voir le roi, il fut repoussé par la garde.

Ce fut vers ce temps-là sans doute que, voyant Louis XIV passer en carrosse et saluer la foule, il jeta son feutre sous les pieds des chevaux et tendit les bras en désespéré. Les chevaux s'arrêtèrent; mais quel coup de mauvaise fortune ! Le roi n'avait vu qu'un mendiant en Dufresny : Louis XIV venait de jeter un écu de six livres par la portière! Le pauvre poëte s'enfuit à toutes jambes, comme pour échapper à sa honte ; il s'en alla on ne sait où, pleurer de colère et de douleur. Certes, si le suicide eût été à l'ordre du jour, Dufresny se fût pendu; car comment rester en si mauvais chemin, quand la vie n'a plus que des cendres à semer sous vos pieds, quand on peut ouvrir si soudainement la porte de l'autre monde ? Mais dans ce temps-là on se laissait vivre tant qu'il plaisait à Dieu ; on traversait patiemment tous les mauvais passages; à défaut d'héroïsme dans la souffrance, on y mettait un peu de cette vieille philosophie qui était alors le génie de la nation. Ainsi, ne plaignez pas trop Dufresny : il se réfugiera dans le passé , ou bien il s'amusera du présent comme d'une comédie à mille contrastes. D'ailleurs, la mauvaise fortune a beau faire, elle ne peut lui ravir son coin de jardin à Vincennes : revienne le printemps, et les roses refleuriront. Vous croyez peut-

être que Dufresny va pleurer sur lui-même aussi longtemps qu'un élégiaque? Détrompez-vous. Il a pleuré de bon cœur, mais en pleurant il n'a pu s'empêcher de sourire. « Mon pauvre chapeau perdu! voilà tout ce que j'ai gagné à cette équipée. J'aurais dû ramasser l'écu de six livres et dire à Louis XIV en me faisant reconnaître : Que voulez-vous que dufresny fasse de cela? Le roi eût repris son aumône, je n'aurais plus rien sur le cœur. »

Dufresny rentra à l'hôtel en songeant qu'une femme, la première venue, serait un trésor dans sa misère. Avec une femme, il serait sûr d'avoir un gîte et du pain sans inquiétude. Une lettre de Biancoletti vint dissiper ce rêve bizarre : Biancoletti lui demandait un peu d'esprit pour mettre le dernier mot à une pièce de sa façon. Il tailla sa plume et répondit à la lettre. Il n'avait pas écrit trois lignes, qu'une femme entra dans sa chambre sans préambule. « Hélas ! dit-il, autrefois on prenait la peine de faire antichambre ; voilà le désagrément de n'être plus grand seigneur, mais surtout de n'avoir plus d'antichambre. >» Cette femme, qui avait entendu cette réflexion de Dufresny, lui dit avec beaucoup de laisser aller : « J'ai traversé tout votre appartement sans rencontrer un seul valet, sans quoi on m'eût annoncée. » Dufresny, ayant reconnu la voix , s e tourna avec un gai sourire : « Ah ! c'est vous, Angélique! j'en suis bien aise, car j'attends mes manchettes avec impatience. — C'est bel et bon, monsieur Dufresny, mais vous n'avez pas de manchettes au blanchissage depuis longtemps. »»

Cette femme était la blanchisseuse de Dufresny, une grande fille avenante et fraîche, fort coquettement attifée. « Savez-vous, ma chère Angélique, reprit le poète en continuant sa lettre, que vous êtes une fort belle fille? — C'est possible, monsieur Dufresny, mais aujourd'hui je ne me paye pas de cette monnaie-là. Vous me

devez, sans faire des comptes d'apothicaire, quatre-vingts livres depuis assez longtemps; je vous prie de penser à moi, car je vais me marier. — Comment! vous allez vous marier! s'écria Dufresny en se levant tout d'un coup. — Pourquoi donc pas, s'il vous plaît? Est-ce que nous ne sommes pas en âge? »

Dufresny était devenu pensif. « Et avec qui et avec quoi? — Avec un valet de chambre du duc d'Harcourt et avec douze cents livres qui me viennent de ma famille. — Diable! le malotru n'est pas à plaindre; un beau mariage, ma foi! Est-ce qu'il y a déjà quelque chose de fait? — Pour qui me prenez-vous, monsieur Dufresny? — Pour une belle fille qui ne demande qu'à être une belle femme. — Cela est bel et bon, monsieur Dufresny, mais, avec tous vos beaux mots, vous me faites perdre du temps. Voyons, un peu de bonne volonté : réglons notre petit compte. — J'ai horreur des chiffres. Tenez, pour en finir, je vous épouse et nous sommes quitte à quitte. — Vous voulez rire? Un gentilhomme.... Si je vous prenais au mot? — C'est ce que je demande. Mais que va dire l'autre? — N'en parlons plus. — - Vous êtes bien sûre qu'il n'a pas pris d' à-compte sur vos douze cents livres , ni sur vous-même ? — Il aurait été le bienvenu ! Il n'y a qu'à vous qu'on donne des à-compte. — Eh bien! embrassons-nous et allons déjeuner au prochain cabaret. La belle femme que je vais avoir! Dites-moi, avez-vous un peu d'argent sur vous? — Savez-vous que vous me faites bien de l'honneur? Un homme de votre rang et de votre esprit épouser une pauvre fille incapable de faire la duchesse ! — C'est vous qui allez être dupe ; regardez-y à deux fois, voyez où j'en suis venu avec tout mon esprit et mes quarante-cinq ans. » Angélique l'embrassa en pleurant. « Demain, reprit-elle avec une charmante naïveté, je vous ferai beau comme je vous ai vu autrefois.

Mais , avant tout , il faudrait venir me demander en mariage à ma tante Durand : c'est pour la forme ; ce n'est pas loin , quai des Tournelles ; une bonne femme ! D'ailleurs, c'est là que j'ai placé mon argent. — Allons-y tout de suite, il ne faut rien remettre au lendemain. Si vous voulez m'en croire, nous irons ensuite faire une petite prière à l'église Notre-Dame, et tout sera dit. — C'est donc de cette manière que vous voulez m'épouser? Dieu merci, cela ne fait plus mon compte, — Oh! je veux bien vous épouser de toutes les façons, s'il le faut; j'en passerai même par le contrat de mariage ; mais ce sont bien des détours superflus. »

A trois semaines de là le mariage se fit, un peu à l'ombre. Voilà comment Dufresny épousa sa blanchisseuse. Rien de plus naturel et de plus raisonnable que ce mariage qui fut presque un scandale. Mais qu'importaient à Dufresny les vaines satires du monde? il avait une femme jeune, belle, qui l'aimait! aussi disaitil de ceux qui le prenaient en pitié : Les jaloux ! Le Sage raconte ainsi cette aventure singulière dans le dixième chapitre du Diable boiteux. Le diable montre à Cléophas les gens qu'il faudrait mettre dans la maison des fous : « J'y veux envoyer aussi, dit-il, un vieux garçon de bonne famille , lequel n'a pas plutôt un ducat qu'il le dépense, et qui, ne pouvant se passer d'espèces, est capable de tout pour en avoir. Il y a quinze jours que sa blanchisseuse , à qui il devait trente pistoles , vint les lui demander en disant qu'elle en avait besoin pour se marier à un valet de chambre qui la recherchait. « Tu « as donc d'autre argent? lui dit-il; car où diable est le « valet de chambre qui voudra devenir ton mari pour « trente pistoles? — Eh! mais, répondit-elle, j'ai encore, « outre cela, deux cents ducats. — Deux cents ducats! « répliqua-t-il avec émotion ; malepeste ! tu n'as qu'à me

« les donner à moi, je t'épouse, et nous voilà quitte à « quitte. » Il fut pris au mot, et sa blanchisseuse est devenue sa femme. » La nouvelle de ce mariage s'était bien vite répandue , grâce à un mot de l'abbé Pellegrin , qui avait assisté le poëte à la célébration. Dufresny, quelques jours après, lui reprochait chez Visé de ne jamais porter que du linge sale; l'abbé piqué répondit avec amertume que tout le monde n'était pas assez heureux pour épouser sa blanchisseuse *.

Pour l'amour de sa femme , Dufresny se remit au travail avec ardeur ; il fit coup sur coup une douzaine de bouffonneries pour les Italiens et trois ou quatre comédies pour le Théâtre-Français. La moisson fut bonne les premières années; mais, par malheur, dès qu'il se vit riche pour une saison, il déposa la plume et reprit l'arrosoir ; il retourna à son fatal jardin de Vincennes; il n'en revint qu'au bout de ses dernières ressources. Il n'avait plus grand feu pour le théâtre, qui ne l'avait payé qu'en menue monnaie ; il commençait à désespérer de son esprit, quand Louis XIV se souvint encore de lui. Le privilège de la manufacture des glaces était expiré ; en signant le renouvellement de ce privilège, le roi voulut que les entrepreneurs servissent à Dufresny une pension viagère de trois mille livres. Un matin donc, le poëte reçut le titre de cette pension; mais attendre six mois pour toucher le premier semestre ! Six mois pour Dufresny ! c'est la fin du monde. Les entrepreneurs sont accommodants; il retourne les voir. « Je vivrai cinquante ans, leur dit-il, mais, pour cinq, années payées d'avance, je vous donne quittance définitive. » Dufresny revient tout en sueur

* L'histoire de Dufresny et de sa blanchisseuse a été écrite en beaux vers par deux poètes de la famille de Dufresny et de Sheridan , Philoxène Boyer et Théodore de Banville , dans leur comédie galante et fine du Cousin du roi.

avec dix mille livres en or. Il les éparpille sur une table avec la joie d'un enfant, il embrasse sa femme qui pleure en silence, mais qui ne lui montre que son rire de perles et de pourpre.

Le lendemain il habilla sa femme des pieds à la tête, il acheta pour lui cinquante paires de manchettes, il loua trois appartements à la fois pour dérouter les fâcheux qui l'obsédaient, enfin il reprit à grands pas le chemin de sa ruine, en dépit de sa femme qui le retenait des deux mains; en moins d'un an, il retomba dans une profonde misère. La fortune lui revint encore. A la mort de Visé , il adressa un placet à Louis XIV pour le privilège du Mercure.

Plaise au roi par brevet vouloir autoriser Le privilège ancien que j'ai de l'amuser.

Il obtint le brevet ; voici comment il entra en matière :

Mercure vole à tire-d'ailes Pour m'apporter du bout de l'univers

Des jeux galants et des nouvelles , Du vrai , du faux , de la prose et des vers. J'en fais le choix en invoquant Minerve; Mais pour entrer en verve

Je l'invoque en vain ; Je n'attends ce feu divin Que du dieu du vin.

Après cette préface, il fit un conte de l'école de Le Sage, il écrivit un parallèle très-curieux et très-original d'Homère et de Rabelais*. Mais Dufresny, plutôt poëte que journaliste, était incapable d'avoir de l'esprit et de la rai-

* Avec son humeur vagabonde, Dufresny compromit un peu les allures pédantesques du Mercure. Sa politique était au foyer de la Comédie, et pour lui l'Académie était le cabaret. Voyez à l'œuvre ce charmant gazetier :

« Les vendanges ont été si abondantes cette année , qu'un paysan

son à heure fixe, car il s'abandonnait toujours à la folle du logis. Avec lui, le Mercure courait grand risque de ne paraître que toutes les six semaines. Dans les premiers temps, la gazette célèbre parut à jour fixe, grâce à la sollicitude de sa femme, cette muse plébéienne qui lui inspirait la gaieté et le travail. Mais Angélique étant morte

d'Argenteuil a recueilli , dans un seul demi-arpent de vignes, quatorze muids de vin. La postérité biberonne aimera mieux voir cette remarque dans nos registres, que l'époque du grand hiver et des débordements d'eau. Le vin ne vaut plus que trois sous à la guinguette, et cette abondance me fournira des mémoires pour les articles burlesques du Mercure; il ne me suffit pas d'avoir des correspondants dans les pays étrangers et dans les provinces, j'en ai un très-assidu les fêtes et dimanches aux assemblées de la Courtille , Pantin , Vaugirard et autres pays de la banlieue ; on y apprend non-seulement l'intérieur des familles bourgeoises, mais encore ce qui se passe dans les grandes maisons.

« Une revendeuse et le valet d'un vieux médecin buvaient ensemble à la Grand'Pinte ; la revendeuse se réjouissait de ce que la petite vérole est presque finie dans Paris, et le valet du médecin s'en affligeait pour son maître; la revendeuse lui racontait, à cette occasion, les erreurs de la plupart des femmes sur tout ce qui peut apporter dans une maison l'air de la petite vérole : « Et cela «lui avait fait grand tort, disait-elle, car les dames croyaient « trouver la petite vérole jusque dans les dentelles que je leur « portais. — Cela n'est pas si mal fondé, lui disait le valet; car le « mauvais air se met dans le linge, dans les habits, dans les perte ruques. »

« Arrive un bon compagnon : « Paye-nous bouteille , lui dit celui» « ci. — Non, dit l'autre, je suis ruiné depuis que le vin est à boa <c marché; j'avais plus d'argent quand il était cher, car je ne buvais « que de l'eau. »

« Un auteur du Pont-Neuf vint boire avec ces messieurs-ci. et donna un plat de son métier.

Air original de la Guinguette.

Un officier , à son retour ,

S'en vint pour me parler d'amour;

Je me mis d'abord en défense :

Avance , avance , avance , Avec ton habit d'ordonnance.

a Je suis , dit- il , jeune et bien fait ,

soudainement, il se fatigua du Mercure, et, suivant sa coutume, il en vendit le privilège.

La mort de sa femme vint, comme il Ta dit, amener l'hiver dans l'automne de sa vie. « Je m'en vais désolée de laisser un enfant, dit-elle en regardant cet éternel en-

J'ai de l'esprit et du caquet , En amour la belle éloquence,

Avance , avance , avance , Avec ton habit d'ordonnance. »

Je lui dis : « Votre beau parler,

Ici vous fera reculer ;

Près de moi la seule finance ,

Avance , avance , avance , Avec ton habit d'ordonnance. »

Il me dit : a Je t'épouserai , Mille écus je te donnerai. »

Je lui dis : « Payez-les d'avance ,

Avance, avance, avance, Avec ton habit d'ordonnance. »

Il n'a point d'argent , le matois ; Mais sa bouche vers mon minois, Malgré ma bonne contenance ,

Avance , avance , avance , Avec ton habit d'ordonnance.

Mon grand frère arrive soudain , Qui tient une épée à sa main, Dont la pointe droit vers sa panse ,

Avance , avance , avance , Avec ton habit d'ordonnance.

Ce brave ne recule pas , Mais au contraire à très-grands pas Du côté de la porte avance , Avance, avance, avance, Avec ton habit d'ordonnance.

« A propos d'air du Pont-Neuf, dit un garçon marchand qui se <* trouva là, les airs de Lambert sont charmants; j'ai un de mes « amis qui en est fou ; il chante des chansons de Lambert toute la a journée , la nuit même en rêvant, c'est sa passion : il est damece ret, galant, pincé, la perruque blonde, les gants blancs, la cra- « vate à glands de faïence. »

fant qui s'appelait Dufresny. Qui donc sera là pour chanter ses chansons et cueillir ses roses? — Ah! ma chère Angélique, si vous mouriez, qui donc serait là comme la providence familière veillant sur mes folies et me gardant toujours une poire pour la soif? Si je vous perds, c'en est fait de moi. » Et, en effet, la mort, en emportant cette fraîche Angélique, traversa et désola à jamais le cœur de Dufresny.

De 1715 à 1719, Dufresny vécut on ne sait où ni comment; on pense qu'il passa son temps dans les alentours de Paris, à la suite de quelque grand seigneur, dirigeant des maçons et des jardiniers; peut-être a-t-il vécu dans le silence, avec le faible revenu du privilège du Mercure, pleurant sa femme et cultivant ses roses de Vincennes. Ce qui est certain , c'est que , au temps du système de Law , il se trouva dans une telle détresse , qu'il présenta au duc d'Orléans cet étrange placet : « Pour votre gloire, monseigneur, il faut laisser Dufresny dans son extrême pauvreté, afin qu'il reste un seul homme dans une situation qui fasse souvenir que tout le royaume était aussi pauvre que Dufresny avant que vous y eussiez mis la main. » Le régent écrivit néant au bas de la requête, et donna ordre à Law de compter deux cent mille livres à Dufresny ; il savait que le poëte était un peu de la famille. Dufresny se hâta de dépenser cette somme; il fit bâtir une belle maison dans le faubourg Saint-Antoine, qu'il nomma la maison de Pline. Pour la première fois de sa vie, il dépensa bien à propos son argent, car les deux cent mille livres étaient en billets. Six mois plus tard, il eût subi la banqueroute de Law ; mais Dufresny n'était pas si malavisé de garder des billets en portefeuille.

11 mourut en 1724, à soixante-quinze ans, sans secousses, en homme qui n'a plus rien à faire ici- bas. Sur ses derniers jours, il avait revu ses enfants, qui étaient

des dévots outrés ; pour leur complaire, il brûla lui-même un grand manuscrit renfermant quatre comédies, la suite des Amusements comiques et sérieux, des contes, des chansons et des mémoires. Dieu pardonne à ses enfants! car Dufresny a mis en cendre bien de l'esprit et de la gaieté. 11 mourut dans l'automne , en bon poëte et en bon chrétien ; de son lit il voyait son jardin : son dernier regard a passé sur ses fleurs qui se fanaient, et s'est perdu dans le ciel.

J'ai vu son portrait par Goypel, à la salle du comité de lecture de la Comédie-Française. Que de fois il m'a chanté son charmant souvenir pour me consoler des mauvais vers qu'on me débitait! C'est le portrait d'un homme de soixante ans, qui garde sa jeunesse dans son sourire. Sa tête charmante est perdue dans une forêt de cheveux. Sa chère Angélique, la blanchisseuse, n'a pas oublié la jabotière ni les manchettes. Sa main est ornée d'un diamant, et, ce qui vaut mieux, d'une belle plume impatiente dont le bec est loin d'être émoussé. Dufresny a pour armes les attributs de la science. Et, en effet, cet homme, qui n'avait jamais lu, n'était-ce point un savant aimable, un savant en action ? Il avait étudié l'amour dans son cœur, la grandeur à la cour, la guerre sur le champ de bataille, l'architecture en faisant bâtir, la nature dans son jardin, la poésie et la musique en chantant. Aussi la Science de Dufresny. ne s'appuie pas sur des livres : elle penche sa tête rêveuse et semble se souvenir.

La vie de Dufresny est son meilleur livre ; je m'explique : il est du petit nombre des poètes qui ont pris la poésie pour vivre et non pour écrire. Aussi, avec un peu moins de cette paresse adorable qui est le charme des heures amoureuses, Dufresny marquait au nombre des noms glorieux. 11 est de ceux, du moins, que la renommée

n'ose parquer : c'est une figure à part, comme Fontenelle, qui, à l'Académie, n'était classé ni avec les grands seigneurs, ni avec les philosophes , ni avec les poètes, parce qu'il se montrait avec tout le monde, tantôt grand seigneur sans naissance, philosophe sans idée, poëte sans poésie, mais pourtant toujours à sa place, parce qu'il avait beaucoup d'esprit partout.

Ah ! si Dufresny avait écrit ses confessions ! quel livre charmant! comme on y eût respiré la senteur de ses roses de Vincennes sur le sein opulent de sa chère Angélique, tout en écoutant sa Chanson des vendanges ! Et je ne parle pas des mémoires de sa blanchisseuse !

Les œuvres de Dufresny forment sept volumes, sans y comprendre son théâtre bouffon, qui est semé de traits comiques. Ses contes, qui sont ceux d'un philosophe, sont écrits avec trop de laisser-aller. Dufresny pensait plutôt qu'il n'écrivait. Ses comédies, toujours originales, sont un peu l'image de sa vie : point de logique dans l'intrigue, de l'esprit de bon aloi, de la satire légère, un désordre charmant ; tout y va au hasard, comme dans la vraie comédie humaine. Aussi, sur l'horizon restreint du théâtre, où il faut tant d'art pour grouper les scènes avec harmonie autour de l'idée, les comédies débridées de Dufresny ne furent pas toujours bien accueillies; plus d'une jolie scène amenait un sourire, plus d'un mot charmant se redisait de bouche en bouche; mais souvent c'était là tout le succès. Toutefois, l'Esprit de contradiction est un petit chef-d'œuvre qui est resté, à bon droit, au répertoire du Théâtre-Français.... où on ne le joue jamais !

Les Amusements sérieux et comiques , voilà l'œuvre de Dufresny ; c'est là qu'il se montre original tout à sa fantaisie. Chaque page de ce petit volume renferme quelque bon trait de philosophie humaine. C'est le livre d'un peu-

seur qui s'exprime en homme d'esprit. On l'écoute gaiement dans cette satire qui n'est sérieuse que par la moquerie. « J'ai donné aux idées qui me sont venues le nom d'Amusements; ils seront sérieux ou comiques, selon l'humeur où je me suis trouvé en les écrivant, et selon l'humeur où vous serez en les lisant. » On sait que cette satire est un voyage à travers Paris. Dufresny part pour ce pays toujours inconnu avec un Siamois « dont les idées bizarres et figurées » viennent à chaque pas contraster avec les siennes ou éveiller sa verve. Ainsi, aux Tuileries, le Siamois s'écrie à la vue des charmantes promeneuses : « De ma vie je n'ai vu une si belle volière, oh! la charmante espèce d'oiseau! — Ce sont, dit Dufresny sur le même ton, des oiseaux amusants qui changent de plumage deux ou trois fois par jour. Volages d'inclination, faibles de nature, forts en ramage, ils ne voient le jour qu'au soleil couchant, marchant toujours élevés à un pied de terre, touchant les nues de leurs superbes huppes. En un mot, la plupart des femmes sont des paons dans les promenades , des pies-grièches dans la vie domestique, des colombes en tête-à-tête. Mais il y a diverses nations parmi ces promeneuses : la nation policée des femmes du monde, sauvage des provinciales, libre des coquettes , indomptable des fidèles , docile des infidèles, errante des bohémiennes. » Il poursuit ainsi : « Nous avons à Paris deux sortes de promenades : dans les unes on va pour voir et pour être vu ; dans les autres pour ne voir ni n'être vu de personne. Les dames qui ont l'inclination solitaire cherchent volontiers les routes écartées du bois de Boulogne, où elles se servent mutuellement de guide pour s'égarer. » Montesquieu a trouvé dans ce livre non-seulement l'idée , mais souvent encore les idées des Lettres persanes. Dufresny s'était contenté d'un voyage rapide, Montesquieu a suivi avec la lenteur

de la réflexion le sentier charmant découvert par le poète *.

Tout en cultivant ses roses, Dufresny chantait, improvisant paroles et musique ; mais , en vrai poëte qui hait les livres , il ne recueillait ni la musique ni les paroles : paroles et musique passaient avec le vent. De toutes ses chansons, il n'est venu jusqu'à nous qu'un écho recueilli au hasard :

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