SAVANTS
Le commerce dans ces pays de montagne se faisait autrefois par caravanes de mulets. On les voyait monter en longues files du Vivarais au Velay, recouverts de grelots, de sonnailles, de plaques historiées, garnies d'inscriptions. Sur ces plaques de cuivre battu, les muletiers, joyeux compagnons, gravaient à la pointe des devises gauloises et des figures bizarres. Une belle collection de ces vieilleries sonores permet au visiteur d'évoquer le temps où retentissait à travers les gorges étroites de la montagne, non le sifflet strident de la locomotive, mais le son tantôt grave et cadencé, tantôt aigu et désordonné des sonnettes et des cuivres.
C'est peut-être la géologie qui a été la passion dominante de M. Aymard. C'est elle aussi qui lui a fourni ses meilleures inspirations. Il a étudié patiemment la genèse de la vie à la surface du globe et a essayé d'en retracer les premières manifestations. Il a soutenu une thèse qui a beaucoup inquiété les savants lorsqu'il l'a émise pour la première fois. C'est alors qu'il fut le digne disciple de Cuvier. Il a soutenu, seul, pendant de longues années, la présence de l'homme sur la terre à la fin de l'âge quaternaire. Il en faisait ainsi le contemporain d'espèces animales aujourd'hui disparues. Ce qui lui avait suggéré cette théorie, c'était la découverte, dans une scorie volcanique du mont Denise, d'ossements humains. Il affirma que nos ancêtres avaient vu flamber les volcans de la France centrale. Ses confrères en géologie n'eurent pas assez de sarcasmes pour cet audacieux. Le temps a fait son œuvre et la théorie d'Aymard est devenue classique. Il est bon de rappeler que c'est lui qui l'a développée le premier.
DAUTE-LOIRK
Dans des mémoires savants, et notamment dans son testament scientifique le Préhistorique dans la Haute-Loire, il a beaucoup contribué au développement d'une science créée par Cuvier et dont les progrès ont été depuis extraordinaires. Il était bien placé au Puy pour cette œuvre. Autour de la ville se rencontrent d'admirables dépôts, d'animaux fossilifiés. Il a reconstitué quelques-uns de ces grands fauves qui, pendant de longs siècles, ont régné en maîtres sur la terre. Ce qu'on peut reprocher à Aymard, c'est la dispersion de ses efforts. Il n'a pas su concentrer les forces vives de son intelligence, qui était remarquable, sur un domaine restreint. Il s'est occupé de beaucoup de choses avec succès : il aurait dû se spécialiser plus fortement. Du moins on se souviendra de lui comme d'un robuste ouvrier qui a tracé avec persistance son sillon, qui a fait œuvre nouvelle et sérieuse.