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II. — INVENTEURS

L'industrie passe avant l'agriculture dans le département du Rhône; il n'y a donc rien d'étonnant que, de tout temps, Lyonait été la patrie deschercheurs.il serait trop long de citer tous ceux auxquels la mécanique industrielle doit quelque perfectionnement. Nousnous en tiendrons à Jacquard dont l'invention a exercé une influence considérable sur la principale des industries lyonnaises, le tissage.

Deux mots, en passant, sur cette merveilleuse industrie ne seront point déplacés ici. C'est vers le milieu du xv e siècle que naquit, à Lyon, la fabrication des étoffes de soie, apportée d'Italie par les proscrits des républiques de Florence, de Pise et de Gênes. Louis XI en favorisa le développement en dispensant des tailles et des impôts les ouvriers expérimentés qui vinrent s'établir chez nous. Cet art grandit jusqu'à la révocation de l'édit de Nantes qui nous enleva brusquement les deux tiers de nos ouvriers, au profit de Crefeld et de l'Angleterre. Triste conséquence des discordes civiles !

Aux xvi" et xvn e siècles, les procédés de la fabrique lyonnaise ne diffèrentpas sensiblement de ceux usités à Nîmes, à Tours, en Italie. C'est au x\m° siècle que nos manufactures furent à leur apogée. Servie par des

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dessinateurs originaux et par d'habiles ouvriers, la fabrique lyonnaise fut alors sans rivale; le célèbre dessinateur Philippe de Lasalle donna à ses conceptions décoratives un cachet tout particulier.

Avec la Révolution, la fabrique retomba aussi basqu'au lendemain de l'édit de Nantes; mais, fort heureusement, l'invention de Jacquard (1801-1805) vint la relever de ses ruines et l'aider à se plier aux besoins de la production agrandie et à bon marché qui était la résultante aes temps démocratiques où la France commençait d'entrer.

Jacquard (1752-1834).

Joseph-Marie Jacquard est né à Lyon, le 7 juillet 1752. Il était petit-fils d'un tailleur de pierre de Couzon et fils d'un ouvrier tisseur en étoffes façonnées. Dès son enfance il fut employé par son père à tirer les lacs, c'est-à-dire les cordelettes motrices de la machine qui forme le dessin. La santé du jeune apprenti qui avait appris, à peu près seul, à lire et à écrire, s'altéra à ce travail de tireur de lacs. Il fut alors placé dans un atelier de reliure. Peu après il entra dans une fonderie de caractères d'imprimerie. Déjà ses goûts le portaient à rechercher de petites combinaisons utiles à l'industrie.

Eu possession d'un modeste patrimoine à la mort de sonpère, il monta une fabrique de tissus façonnés. D'une probité excessive, d'une droiture peu commerciale et très absorbé par des recherches de mécanique, Jacquard fut ruiné en peu de temps. Sa femme le consola de son mieux et vendit sans se plaindre sesdeux métiers, ses bijoux et jusqu'à son lit, pour payer les dettes et les essais du pauvre inventeur.

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Pour gagner son pain quotidien, il dut se placer comme manœuvre chez un chaufournier du faubourg Saint-Clair ; sa femme travaillait dans une fabrique de chapeaux de paille. Tout en peinant pour vivre, Jacquard conçut, vers 1790, l'idée d'un métier qui supprimait l'opération du tirage à laquelle sa santé n'avait pu résister lorsqu'il était enfant. On peut se faire une idée de son état moral à cette époque en lisant certaines de ses lettres, une surtout où il dit : « Rien ne m'a plus servi que la lecture du livre de « Franklin, la Science du bonhomme Richard. J'étais « sobre, je devins tempérant; j'étais courageux je « devins infatigable; j'étais bienveillant, je devins « juste; j'étais tolérant, je devins patient; j'étais « intelligent, j'essayai de devenir savant. »

Prononcées dans une intimité amicale ce sont de belles et fières paroles. Plutarque les eût volontiers prêtées à ses hommes illustres. Elles donnent une haute idée du caractère de celui qui les a formulées et permettent d'attendre de lui une œuvre de génie.

Pendant dix ans. Jacquard poursuivit résolument son œuvre à travers toutes les vicissitudes et, en 1800, il put prendre un brevet d'invention pour un premier métier à huit marches et à bouton où les [cartons n'étaient pas encore substitués aux tireurs de lacs.

Ce n'était qu'un premier essai, bien informe, et qui n'a jamais pu être utilisé. Néanmoins, Jacquard reçut une médaille à l'exposition de 1801.

En 1802, il inventa une machine à fabriquer les filets de pèche ; il reçut une médaille et la somme de 1.000 francs. C'est à cette occasion que Carnot, alors ministre, fut visiter ce métier chez Jacquard qui habitait rue de la Pêcherie. Il lui dit en entrant :

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«C'est donc toi, citoyen, qui as la prétention de faire un nœud avec une corde tendue ». Jacquard aurait répondu : « Non, mais j'arrive au même résultat. » De 1803 à 1804, Jacquard fut employé à Paris au Conservatoire des Arts et Métiers pour y monter et

perfectionner son métier à filets et y réparer les machines à tisser.

Sur les indications de Dutillieu, inventeur du grand régulateur pour étoffes de meubles et négociant à Lyon, Jacquard finit par découvrir dans un coin obscur du Conservatoire un mécanisme inventé par Vaucanson. 11 en rapporta un modèle à Lyon au

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commencement de 1804. Il rapportait aussi une lettre du ministre de l'Intérieur, aujourd'hui déposée aux archives de la Chambre de Commerce, et qui 1& recommandait comme ayant rendu des services au Conservatoire.

De retour à Lyon, Jacquard reprit ses recherches sur la machine à tisser. Il s'associa quelques amis : Dutillieu, le fabricant Culhat, le serrurier Estienne. et ensemble ils s'ingénièrent à trouver un moyen de perfectionner le mécanisme de Vaucanson.

Après bien des efforts, Jacquard eut l'heureuse inspiration d'appliquer les cartons enlacés du métier de Falcon à la machine Vaucanson. Il remplaça le cylindre par un parallélipipède (vulgo : cylindre carré) faisant un quart de tour et présentant sur sa nouvelle face un autre carton pour le coup suivant et ainsi de suite indéfiniment. C'était une idée de génie et dont les conséquences devaient être incalculables.

Lors du passage de l'Empereur à Lyon, le conseil municipal sollicita pour Jacquard encouragement et récompense. Il lui fut accordé une prime de 50 francs par métier monté. Il n'en avait monté que 41 en 1807. A cette époque, de généreux fabricants appréciant la difficulté qu'il éprouvait à propager son invention obtinrent pour lui une pension de 3.000 francs et il lui fut concédé un vaste local dans l'hospice de l'Antiquaille pour y monter des métiers à filets. Après une année d'essais infructueux, cette dernière entreprise échoua.

En 1808, la Société d'encouragement de l'industrie lui décerna le prix de 3.000 francs proposé pour l'amélioration des tissus façonnés, en stipulant que c'était pour l'heureuse application des deux moyens

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ti'ès ingénieux de Vaucanson et de Falcon, réunis aveâ intelligence par lui.

Le métier nouveau eut d'abord peu de succès; cela tenait surtout à sa construction vicieuse. Les ouvriers le faisaient mouvoir difficilement ; il faisait un bruit insupportable pour les voisins et était sujet à de fréquentes réparations qui occasionnaient un chômage très préjudiciable à ceux qui l'employaient. Aussi conçoit-on que Jacquard en ait peu vendu. Mais ses malheurs se bornèrent là, car il n'est pas vrai que les ouvriers se soient ameutés contre lui et aient brûlé son métier en place publique comme l'ont écrit poètes et romanciers.

La vérité est que le Conservatoire des métiers ayant été fermé, les métiers types qui s'y trouvaient furent vendus à vil prix et que celui de Jacquard était du nombre.

Malgré l'insuccès relatif du début, le métier Jacquard ne demandait que quelques perfectionnements pour rendre les plus grands services. Des gens entendus se chargèrent de le modifier.

En 1819, un nommé Bretton présenta à l'Exposition une mécanique de Jacquard améliorée et reçut une médaille d'argent. Jacquard n'avait point exposé ; mais on voulut récompenser dignement l'auteur de la machine primitive et il reçut la croix de la Légion d'honneur.

Depuis, d'autres modifications utiles ont été faites.

Retiré dans une petite maison à Oullins (Rhône), Jacquard y mourut le 7 août 1834, âgé de quatrevingt-deux ans.

Son tombeau, dans le cimetière d'Oullins, est ombragé par un mûrier et une plaque dans l'église

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rappelle le souvenir de : « Joseph Marie Jacquard, mécanicien célèbre, homme de bien et de génie. »

En"] 1840, on lui éleva une statue sur la place Sathoriay ; elle est l'œuvre du sculpteur Foyatier, mais elle n'est digne ni du sculpteur ni de l'homme qu'elle représente.

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