‹ Galerie française. Volume 19Chapitre 5 sur 12 · IV. — ECRIVAINS · texte numérisé non relu

IV. — ECRIVAINS

Si des choses de la guerre nous passons à celles de l'esprit, nous trouvons dans tous les genres de littérature des auteurs dignes d'être ^connus. Nou& allons passer en revue les principaux.

LouiseLabbé (1526-1566).

Louise Labbé, surnommée la Belle Cordière, est une des illustrations féminines de Lyon, aussi célèbre par les incidents de sa vie que par ses vers. Son père, bien que simple marchand, lui fit donner une brillante instruction ; elle apprit le grec, le latin, l'espagnol, devint parfaite musicienne, excella dans lestravaux à l'aiguille et brilla tout autant dans les saliesd'armes et les manèges.

Ses contemporains la présentent comme douée d'une beauté séduisante. Les "poètes célébrèrent à

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l'envi son front de cristal, l'arc d'ébëne de ses sourcils, les roses épanouies de son teint, ses cheveux d'or, sa belle main et ses petits pieds. A seize ans, sous le nom de capitaine Loys, elle suivit les troupes envoyées par François I er en Roussillon sous la conduite du Dauphin. Au retour de l'expédition, elle déposa la lance et se maria à un riche cordier, Ennemond Perrin, d'où lui vint son nom de Belle Cordière. Sa maison, qui était une des plus belles de Lyon, devint le rendez-vous de la société élégante, des grands seigneurs comme des artistes et des poètes. Louise Labbé a beaucoup écrit. Ce que l'on connaît le mieux d'elle, c'est un petit volume, véritable bijou typographique, paru en 1555 chez Jean de Tournes. 11 s'ouvre par une épître-préface à Clémence de Bourges où l'auteur revendique pour son sexe une part dans les travaux intellectuels. Après vient le Débat d'Amour et de Folie, fable gracieuse, digne de l'antiquité, toute de finesse et d'observation, et, qui mieux est, toute d'invention. Le sujet est, en effet, traité pour la première fois. L'Amour se prend de querelle avec la Folie, fille de Jupiter, et veut la frapper de ses traits. La Folie échappe en se rendant invisible ; pour se venger, elle aveugle l'Amour et couvre ses yeux d'un bandeau magique. De là, plainte au tribunal du maître des Dieux, plaidoieries des avocats et sentence qui condamne la Folie à servir de guide à l'Amour aveuglé par elle. Ce morceau, à lui seul, aurait suffi à établir la réputation de Louise Labbé. Il faut encore citer : Y Ode à l'Etoile du Soir, VOdeà la bien aimée, traduite de Sapho, une Epilre ou élégie aux dames de Lyon et un certain nombre de sonnets remarquables.

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M m0 Récamier (1777-1849).

M me Récamier a été la plus belle personne de son temps. Elle n'a rien ou presque rien écrit. Mais sa maison a été un centre littéraire ; elle a su grouper et retenir autour d'elle les écrivains les plus distingués.

C'en est assez pour lui assurer une place dans l'histoire de notre littérature.

Juliette Bernard naquit à Lyon, près des Terreaux, le 4 décembre 1777. Son père ayant été nommé receveur des finances à Paris, elle fut mise au couvent durant quelques années jusqu'au jour où, à l'âge de

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46 ans, rappelée auprès de ses parents, elle épousa M. Jacques Récamier, banquier estimé, riche, mais beaucoup plus âgé qu'elle. A cette union une seule chose manqua, l'amour. L'un était tout à ses affaires, l'autre aux agréments qu'une société brillante lui procurait.

Pendant la Terreur, le ménage dut, à l'amitié de Barrère, une protection contre les violences de cesjours troublés. Ils vécurent tranquilles, et, si leurs fenêtres furent closes, leurs salons ne furent jamais complètement fermés, Pendant le Directoire, M mc Récamier se tint à l'écart, évitant de paraître à des fêtes dont le caractère répugnait à son tact et à sa dignité. En 1798, son mari, dont la fortune était devenue considérable, acheta l'hôtel Necker, rue du Mont- Blanc, aujourd'hui de la Chaussée-d'Antin,et l'ouvrit à une société d'élite composée d'écrivains célèbres, d'artistes illustres et aussi de quelques émigrés plus amis de la paix que de la guerre, qui ne voyaient dans le Premier Consul et ses généraux que des parvenus sans manière et sans éducation. B y avait comme un air de fronde dans ces salons plus ouverts au monde ancien qu'au monde nouveau. Le pouvoir s'en aperçut bien vite. Une personne surtout eut le don de lui déplaire; ce fut la fille de Necker, M me de Staël, l'assidue de cet intérieur brillant, l'écrivain hostile au despotisme, alors même qu'il est accompagné de la gloire. Malgré des avis réitérés venus de haut, l'amitié des deux jeunes femmes ne fit que grandir, et rien ne put la troubler. Ce fut une mauvaise note pour M me Récamier dans l'esprit de Napoléon.

Deux ans plus tard, M. Récamier éprouva un

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désastre dans ses affaires ; son sort se trouva tout entier entre les mains de l'Empereur dont la rancune lui refusa tout appui. Il fallut vendre le vaste hôtel de la rue du Mont-Blanc, le beau château de Clichy et se réfugier rue Basse-du-Rempart, dans un petit appartement, tout juste assez grand pour contenir les amis fidèles.

Sous la Restauration, M mc Récamier, forcée de réduire encore ses dépenses, vint occuper, à l'Abbaye aux-Bois, une modeste retraite. Ce fut dans le salon que lui cédèrent les religieuses que, jusqu'à la fin de sa vie, elle vit accourir tout ce qui, en Europe, avait l'amour du grand, du bon et du beau ; elle sut régner sur les esprits les plus nobles et les plus intelligents de son temps : les deux Montmorency, Chateaubriand, Ballanche, Benjamin Constant, Gérando, Jordan, Ampère, etc., à qui elle inspira autant de dévouement que de respect. Les jeunes d"alors, Lamartine, Tocqueville, Ozanam, Sainte-Beuve, Villemain, vinrent, à leur tour, admirer la grâce et la beauté survivant à la jeunesse et l'esprit des temps anciens, sous des cheveux à peine blanchis.

M me Récamier mourut le 11 mai 1849, emportée par une de ces attaques de choléra qui firent alors tant de ravages. A seize ans, Laharpe avait dit d'elle: qu' « elle avait le goût aussi pur que l'âme. » A cinquante, Chateaubriand ajouta : « qu'elle avait la mémoire aussi bonne que le cœur » ; et Benjamin Constant « trouvait son âme supérieureàsa beauté. »

Ballanche (1776-1847).

Fils d'un libraire de Lyon, Ballanche eut une enfance studieuse et rêveuse. Sa disposition à la

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mélancolie fut augmentée par une grave maladie qui le défigura et aussi par la vue des ruines que la Terreur avait accumulées dans sa ville natale. Ce fut dans ses heures de méditation solitaire qu'il conçut et développa le système de philosophie sociale qui fera vivre son nom.

Aimé et aussi un peu raillé de ses contemporains, oublié des générations suivantes, Ballanche a été remis en vue dans ces dernières années. Sa Palingénésie ou Rénovation sociale a trouvé des lecteurs et même fait des adeptes.

Il débuta par le poème historique et philosophique à' Antigone , bientôt suivi d'un Essai sur les institutions sociales dans leurs rapports avec les idées nouvelles.Bans ce livre, l'époque de la Restauration était envisagée du point de vue élevé où la charte de 1814 avait placé quelques hommes de bonne foi et de bonne volonté, qui prétendaient renouer la chaîne des temps, c'est-à-dire rattacher à la tradition nationale le développement nouveau de la société moderne.

Vint ensuite Orphée, nouveau poème historique, mais d'une portée bien supérieure à celle (VAntigone, C'est l'exposition symbolique de la manière dont s'opère toute grande évolution sociale. Le poète a choisi la fondation de la civilisation grecque, tout comme, lorsqu'il s'est agi de l'évolution des diverses classes d'une même cité, il a choisi l'histoire romaine pour symbole général de la lutte des races et des intérêts. Les principes philosophiques de cette méthode sont développés, sous le titre de Palingénésie sociale, dans les prolégomènes généraux qui forment Y Introduction d'Orphée.

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Le dernier ouvrage publié par Ballanche est la Vision d'Hébal, chef d'un clan écossais. Hébal, doué de seconde vue, saisit dans un éclair de sa pensée toute l'évolution historique de l'humanité. Ce livre, très sommaire, est le résumé de la philosophie de Ballanche ; mais il est empreint d'une couleur mystique qui en rend l'intelligence assez difficile.

Ballanche a laissé un des noms les plus purs de notre époque.

Sa vie s'écoula dans une retraite contemplative, et dans la culture assidue et touchante de quelques amitiés de choix, à la tête desquelles se trouvaient Chateaubriand et M me Récamier.

Victor deLaprade (1812-1883).

C'est à Lyon que Laprade s'est formé et qu'il a passé presque toute sa vie. Aussi a-t-il sa place marquée parmi les Lyonnais illustres.

Né à Montbrison d'une ancienne famille du Forez, Pierre Marie Victor Richard de Laprade fit ses humanités au lycée de Lyon, étudia le droit à Aix, et, gardant comme une défiance de son goût pour les lettres, se fit inscrire au barreau de Lyon, plaida même et songea à entrer dans la magistrature.

Mais bientôt la vocation l'emporta, et, après deux poèmes publiés en 1839 et 1840, il fit paraître Psyché (1841) et Odes et Poèmes (1844). Ce sont deux très belles œuvres : naïveté d'émotion, grandeur du sentiment, hauteur de la pensée, sens profond de la nature, harmonie du vers, touchante mélancolie, tout annonçait en Laprade un second Lamartine.

En 1845, M. de Salvandy, ministre de l'Instruction publique, le chargea d'une mission en Italie, et,

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à son retour, le nomma professeur à la Faculté des Lettres de Lyon. C'est de là qu'il publia de nouvelles poésies : Poèmes évangéliques (1852), Symphonies (1855), Idylles héroïques (1858), et un volume tf Etudes d'art et de morale. C'est de là aussi qu'il fut appelé par l'Académie française à succéder à Alfred de Musset (1858).

Au milieu de ses paisibles études, Laprade, malgré sa discrétion, n'en eut pas moins affaire au gouvernement impérial. Provoqué par un article du Constitutionnel, il répondit par une satire politique, les Muses d'Etat (1861) qui le fit destituer par décret motivé de Napoléon III. C'était pour lui et les siens la pauvreté. 11 la supporta noblement, sans vouloir même accepter la réintégration que l'Empire lui offrit à la fin de 1869.

Le 8 février 1871, les électeurs du Rhône l'envoyèrent à l'Assemblée Nationale, où il joua un rôle assez eflacé. En 1873, il donna sa démission pour cause de santé. La guerre lui avait inspiré ses Poèmes civiques (1873), et dans sa retraite studieuse, aux rares heures où il n'était pas obsédé par la maladie, il composa le beau Livre d'un père. « Ce fut, a dit « M. François Coppée, ce fut l'admirable testament « littéraire et moral d'un poète qui a suivi la route « de l'art, les yeux toujours fixés sur l'étoile de « l'idéal, d'un poète qui serait au premier rang, s'il « n'était pas né dans un siècle qui a donné à la France « Alfred de Musset, Vigny et Victor Hugo. »

Laprade mourut en 1883 laissant, avec des œuvres d'une haute inspiration morale, l'exemple d'une vie de travail et de vertu.

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Ozanam (1813-1853).

Bien que né à Milan, Frédéric Ozanam appartient aune famille lyonnaise, déjà connue par les travaux d'un savant mathématicien.

Après de brillantes études au lycée de Lyon, il'serendit à Paris pour étudier le droit. Elevé par sa mère dans les sentiments de la plus vive piété, il se mit en relations avec les chefs du parti catholique libéral. Lacordaire et Montalembert. Ce fut lui qui, avec sept autres étudiants, jeta, en 1833, les fondements de la Société de Saint-Vincent de Paul, association célèbre qui devait avoir plus tard un accroissement si rapide. Il fut, en môme temps, un des membres les plus actifsde la Propagation de la Foi, grande institution de propagande catholique née à Lyon et qui couvre le monde de ses missionnaires.

Lors de la création des concours d'agrégation pour les facultés des lettres, sous le ministère Cousin, en.

1840, il subit l'épreuve et fut nommé agrégé. En

1841, il prit possession à la Sorbonne de la chaire de littérature étrangère et succéda à Fauriel, en 1845. Chargé par M. de Salvandy d'une mission en Italie, il se rendit à Rome au moment où Pie IX, qui venait de monter sur le trône, était regardé par l'opinion publique comme disposé à se mettre à la tête de l'Italie pour la régénérer par la liberté. Il partagea les espérances que les néo -catholiques, ses amis, fondaient sur le Pontife romain. Candidat aux élections pour l'Assemblée constituante en 1848, à Lyon, il ne fut point élu. Il se remit à l'étude avec ardeur,

Doué d'une imagination vive et enthousiaste, écrivain correct, élégant et coloré, professeur éloquent,

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Ozanam a laissé un grand nombre d'articles et d'ouvrages, parmi lesquels il convient de citer le Dante et la Philosophie catholique au xni e siècle et ses Etudes germaniques pour servir à l'histoire des Francs, qui lui valurent le prix Gober t en 1849. Il est mort prématurément d'une maladie de poitrine en

.Toséphin Soulary (1815-1891).

Ce fut un aimable et doux poète que cet écrivain timide, ennemi du bruit et de la réclame, qui, toute sa vie, fut épris des champs et n'était heureux que sur les pentes du Bugey, le fusil ou le pinceau à la main. Né à Lyon, il fut mis en nourrice jusqu'à sept ans près de Belley, puis élevé à Montluel par un instituteur qui le battait. Engagé volontaire à seizeans.il devint poète en dépit des amertumes de la vie militaire. Son engagement terminé, il s'empressa de revenir à Lyon et entra dans l'administration. Il fut chef de division à la préfecture, puis bibliothécaire du Palais des Arts.

En 1857, il publia ses premiers vers : A travers champs, puis, les années suivantes, les Cinq cordes du luth. Paysages, le Chemin de fer, une Mendiante au congrès scientifique , etc. En 1847, parurent ses Ephémères. Le public resta froid ; le poète fut découragé.

En 1859, le succès vint enfin. Soulary donna ses Sonnets humoristiques, dont le célèbre imprimeur Louis Perrin fit une édition de luxe ; en 1862, les Figulines ; en 1864, les Sonnets; en 1870, les Diables bleus et Pendant l'invasion. Peu après, l'éditeur Lemerre donna de ses œuvres une édition complète qui le mit au premier rang. En 1876, parurent la

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Chasse aux mouches d'or, puis les Rimes ironique s. Ses sonnets ont une perfection de facture qu'on n'a jamais atteinte.

Soulary mourut en juin 1891 dans sa villa des Gloriettesqui domine le cours du Rhône, regretté de ses nombreux amis. Nul plus que lui ne mérite d'être aimé.

Jean Tisseur (1814-1883).

Il convient de faire ici une place à Jean Tisseur poète et philosophe lyonnais qui, tout en exerçant ses fonctions de secrétaire de la Chambre de Commerce, composa d'agréables poèmes : Idylle grecque, la Locomotive, le Javelot Rustique.

I»ien-e Dupont (1821-1870).

Armand Silvestre a caractérisé l'œuvre de Dupont en des lignes qu'il faut citer : « Pierre Dupont fut « grand, dit-il, parce qu'il grandit la chanson à sa « propre taille, à la mesure de son propre génie. « Béranger, Tyrtée nouveau, avait su lui donner « l'ampleur majestueuse de l'ode. Dupont, héritier « de Théocrite et quelquefois d'Homère, y fit revivre « l'idylle et l'antique époptie. Il y chanta la nature « en philosophe comme Lucrèce, en poète d'amour « comme Virgile, et, dans la chanson française, il « sut enfermer la noblesse de tous les genres connus « et déjà immortalisés. »

Il naquit à Lyon, sur le quai du Rhône, le 23 février 1821, d'une famille de forgerons originaire de Provins. Orphelin de bonne heure, il fut élevé par un vieux prêtre, curé de Rochetaillée, au+^se-^hargea de son éducation et le mit au séminaim^jËàjsfentière. Bien vite ses goûts pour la poés/fe^fe rév^lèrepA et le-

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jeune séminariste abandonna une carrière pour laquelle il était sans vocation. Entré chez un notaire <le Lyon comme clerc, puis dans une maison de banque, il ne tarda pas à gagner Paris où ses débuts furent très difficiles. Grâce à la protection de l'académicien Lebrun, il réussit à se tirer d'embarras; le prix de son poème les Deux Angesservit à lui fournir un remplaçant et à le libérer du service militaire.

La période active et brillante de sa vie, celle qui vit naître ses chefs-d'œuvre, va de 1848 à 1860. De ■cette époque datent ces chefs d'œuvre immortels : la Vigne, les Bœufs, les Louis d'or, l'Action, et ce poème merveilleux d'inspiration, les Sapins. Voilà pour le répertoire courant qui a pour interprètes des milliers et milliers d'hommes. Mais comment ne pas ■citer : le Chauffeur de locomotive, le Bûcheron, les Taureaux, les Dieux, le Rêve que j 'ai rêvé, la Vierge aux oiseaux, le Cuirassier de Waterloo, le Rossignol et les Roses? La nature, qui l'attirait de toute son attraction mystérieuse, lui dicta ses chants les plus beaux, et ce sont ceux-là qui survivront au temps, qui traverseront les âges.

Il ne faut pas oublier rron plus tous ces chants dont la célébrité fut éphémère, mais qui n'en aidèrent pas moins, sous l'Empire, à la conquête des libertés perdues. A leur auteur, ils valurent la déportation à Lambessa et sept années d'exil.

Toute sa vie, Pierre Dupont fut un bohème au vrai sens du mot. On le voyait jadis dans cette façon d'auberge pour les artistes, installée en plein Paris, qui ■coupait de son enseigne la rue Jacob et où tant d'hommes célèbres depuis se donnaient rendez-vous : Gambetta, Baudelaire, IIenner,etc... Ses dernières années

SAVANTS

ne sauraient être données en exemple; les mauvais vins mirent leur râle dans ce gosier digne de l'ambroisie. Trahi par la voix superbe et vibrante qu'il possédait jadis, il en fut réduit d'abord à réciter ses vers, puis à en siffler l'air en le scandant, du bout des doigts, sur les tables. Tous ses amis se groupaient alors autour de lui, au Buffet germanique , pour écouter les adieux d'une muse réduite presque à la pantomime pour exprimer sa dernière plainte. La mort qui l'atteignit dans le vacarme des terribles événements de 1870, fut pour lui silencieuse et obscure.

SAVANTS

Dans le domaine de la science, aucun département français ne peut se mettre au-dessus du Rhône. A. la botanique, il a donné les Jussieu; à la science vétérinaire Bourgelat, le fondateur des écoles où l'on enseigne la médecine pour les animaux; à la science électrique, le grand Ampère, l'initiateur de l'électrodynamique et de la télégraphie; à la physiologie Claude Bernard. A eux seuls, ces quatre hommes suffisent à fonder la réputation scientifique de la ville qui les a vus naître.

Bernard de Jussieu (1699-1777.)

En un siècle et demi, la famille lyonnaise des Jussieu a donné à la France cinq naturalistes.

Le plus illustre est Bernard de Jussieu. (1699-1777)

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Frère de deux savants, Antoine qui nous fît connaître le caféier et Joseph qui rapporta d'Amérique l'héliotrope, la pervenche etl'extrait de quinquina, Bernard est un des grands noms de la science française.

Après avoir achevé ses études à Paris en 1714. sous la direction de son frère Antoine, professeur au Jardin du Roi (1), il l'accompagna dans un voyage scientifique aux Pyrénées et aux Alpes ; puis, il se fit recevoir docteur en médecine à Montpellier, en 1720. Mais son excessive sensibilité l' écarta bientôt de la médecine, et il se consacra tout entier à la science. Il obtint de suppléer Vaillant, démonstrateur au Jardin du Roi, et de lui succéder en 1722. Avec lui, le Jardin qui n'était guère jusque-là qu'un droguier, s'enrichit de collections, de serres et de cultures savantes.

Bernard a peu écrit : il n'a laissé qu'une édition de Y Histoire des Plantes de Tournefort qui lui ouvrit les portes de l'Académie des sciences, en 1725, et quatre mémoires fort courts. Mais sou œuvre, aussi vaste que ses travaux, est immense. Choisi, en 1759. par Louis XV pour mettre en ordre les plantes de Trianon, il les distribua d'après un' ordre tout nouveau :1e simple catalogue qu'il publiaalors, contenait les clefs de la méthode naturelle et les principes de toute la science botanique. Jusqu'à lui, la Botanique n'était qu'une description artificielle des plantes. Bernard, prenant pour principe la loi féconde de la subordination des caractères, fonda la classification naturelle telle que la place occupée par chaque plante fait connaître en môme temps son histoire et ses propriétés.

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