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Aujourd'hui, le jardin des Plantes

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Ces principes devaient être la base d'étude de tous les grands naturalistes du xix° siècle.

Science et modestie, Bernard de Jussieu réalisa dans sa vie l'idéal du savant. Content de son humble situation, il consacra tout son temps à ses fonctions

et à l'étude, qui lai coûta la vue. Aimé de Louis XV qui s'intéressait à ses travaux, d'une réputation universelle, il ne chercha jamais à en profiter pour obtenir les honneurs ou la fortune ; bien plus, à la mort de son frère, il refusa d'occuper au muséum la place que celui-ci laissait vacante. 11 appela auprès de lui ses neveux, les éleva et fit un savant de l'un d'eux,

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Antoine-Laurent (1748-1836) qui devait appliquer ses théories et les publier en 1788-1789 dans son grand ouvrage de classification naturelle où 20.000 plantes sont rangées en 100 ordres et 1.754 genres.

Ainsi Bernard de Jussieu nous a laissé, avec son œuvre, un grand exemple d'amour de la science, de désintéressement, de travail et de modestie. JLa réponse qu'il fit à quelqu'un qui lui dénonçait un de ses plagiaires, pourrait servir de devise à tous les hommes vraiment préoccupés du bien public et du progrès de la science : « Qu'importe, pourvu que la •chose soit connue ! »

Claude Bonrgelat (1712-1779).

Claude Bourgelat naquit à Lyon, sur la paroisse de Samt-Nizier le 11 novembre 1712, d'une famille de «ommerçants honorables. Plusieurs de ses ancêtres avaient rempli des places municipales et judiciaires. Son père, Pierre Bourgelat, était échcvin de Lyon, et son grand-père maternel, Jean Terrasson, était ancien conseiller et procureur du roi en l'élection de Lyon. On raconte qu'après avoir fait d'excellentes •études au collège de la Trinité, il étudia le droit, fut reçu avocat à l'Université de Toulouse et alla exercer sa profession au barreau de Grenoble où il se fit remarquer; mais qu'ayant gagné une cause mauvaise, il rougit de son triomphe, renonça à la carrière qu'il avait choisie et s'engagea dans les mousquetaires. Il est probable que ce récit est erroné et qu'il repose sur quelque analogie de nom, car on ne trouve aucune trace du passage du jeune avocat, soit à l'Université •de Toulouse, soit au barreau de Grenoble. Ce qui ja'est pas douteux, c'est que son goût pour le cheval

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le porta à entrer dans les mousquetaires, et cette passion qu'il avait dès son enfance fit qu'il devint en peu de temps le plus habile écuyer du royaume. A ce titre, il sollicita et obtint, le 18 août 1740,1a direction de l'Académie du Roy à Lyon.

Mais cette renommée ne suffisait pas à Bourgelat. Sa vaste érudition lui avait permis de constater que la médecine des animaux domestiques était entre les mains d'empiriques dépourvus des connaissances fondamentales sur lesquelles doit reposer l'art de guérir. Appelé lui-même à écrire sur le cheval eu santé et en maladie, il ne voulut pas employer une plume profane ; il étudia avec ardeur l'organisation et les maladies des animaux sous la direction de deux savanls, membres du collège de chirurgie, Pouteau et Charmeton.

Fonder une école où l'on instruisait, dans l'anatomie, la thérapeutique et la ferrure, les jeunes hommes qui, par profession, sont appelés à donner des soins aux animaux, tel fut le projet, ambitieux pour l'époque, que Bourgelat caressa ensuite de 1740 à 1761.

Cet établissement, où les gentilshommes achevaient leur éducation et se préparaient surtout à la carrière militaire existait depuis 1620, à l'Hôtel Saint-Véran, sur les remparts d'Ainay. Sous la main habile du nouveau maître, dont la réputation s'étendait au loin, cette école devint célèbre; la jeune noblesse affluait de toutes les provinces de la France pour recevoir les leçons de Bourgelat. Jamais aucun maître d'équitation n'avait joui chez nous d'une faveur aussi considérable. Les étrangers et surtout les Anglais le proclamèrent'le premier écuyer de l'Europe.

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Lié avec Bertin. alors intendant de la généralité de Lyon, Bourgelat lui soumit un plan pour l'enseignement de la médecine vétérinaire dans une école. Nommé lieutenant général de la police à Paris, Bertin obtint ensuite le portefeuille de contrôleur général des finances, et un des premiers actes de son administration fut de remplir le vœu que Bourgelat lui avait souvent exprimé.

Le 4 août 1761 , un arrêt du Conseil autorisa Bourgelat à établir à Lyon une école dans laquelle on s'occuperait de la connaissance et du traitement des maladies des animaux et lui fournit une subvention. Installée d'abord dans l'ancien logis de l'Abondance, faubourg de la Guillotière, cette école fut ouverte le 13 février 1762. Elle acquit promptement une célébrité que sa bonne organisation justifiait et devait lui assurer. L'ordre qui y régnait était tel que l'affluence des élèves y arrivant de toutes parts, n'y apportait ni trouble, ni confusion. Les élèves étaient logés et nourris à peu de distance de l'école. Pour l'enseignement, ils étaient divisés par brigades; outre les leçons générales des maîtres, ils recevaient des démonstrations journalières faites par chaque chef de brigade, choisi parmi les élèves les plus instruits et les plus aptes. De cette façon, et grâce à cette sorte d'enseignement mutuel, il y avait à différentes heures plusieurs répétitions dont chaque élève pouvait profiter.

Au surplus, Bourgelat sut s'entourer promptement de collaborateurs habiles, tels que l'abbé Rogier pour la botanique et Bredin pour la pathologie.

Le succès que cette école obtint dès sa première année, fut considérable; il alla toujours grandissant

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et appela l'attention même des gouvernements étrangers qui y envoyèrent des élèves destinés à importer le nouvel enseignement dans leur pays. Aussi, convaincu des avantages de cette institution, le gouvernement, par arrêt, du 30 juin 1764, donna à l'Ecole de Lyon le titre d'Ecole royale vétérinaire, et à Bourgelat, son fondateur, le brevet de directeur-inspecteur des écoles vétérinaires du royaume, créées ou à créer, ainsi que celui de commissaire général des haras. L'année suivante, il l'appela à Paris pour organiser, sur le plan de celle qu'il avait fondée à Lyon, une seconde école qui fut placée dans le château d'Alfort, près du confluent de la Marne et de la Seine. Dès 1767 cette nouvelle école était en pleine activité.

L'Ecole vétérinaire de Lyon, conçue et organisée par Bourgelat, fut donc le berceau de la médecine vétérinaire. C'est de notre ville que celle-ci s'étendit peu à peu en France, en Europe, dans le monde entier.

Bourgelat fut le créateur d'une science qui a rendu et rendra à l'agriculture, à la fortune et à l'hygiène publiques des services considérables. Ace titre son nom est impérissable.

Comme tous les novateurs, Bourgelat se donna tout entier à son œuvre. Non seulement il écrivit pour l'instruction de ses premiers élèves des livres élémentaires sur toutes les branches de l'art de guérir ; mais, quoique peu fortuné, il n'hésita pas à abandonner le plus important de ses privilèges, le produit des fiacres de Lyon, pour l'entretien de ses

écoles.

Aussi, à sa mort, survenue à Paris en 1779, sa

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famille ne put-elle subsister que par les bienfaits du gouvernement.

Bourgelat était devenu une notabilité. Instruit et distingué, il jouissait à Lyon de la considération publique et de l'estime des savants de tous les pays 11 fut reçu membre correspondant des Académies des sciences de Paris et de Berlin; il entretint des relations epistolaires avec Diderot, Bufton, lord Pembrocke, Charles Bonnet, Hebenstreit, Haller c'est-àdire avec tous les grands esprits de son époque et fut un des plus estimables collaborateurs du Grand Dictionnaire des sciences. Frédéric le Grand le consulta sur la meilleure allure à faire prendre aux chevaux pendant les charges de cavalerie, et Voltaire luimême eut avec lui, en 1771, une correspondance charmante.

Bourgelat a publié plusieurs ouvrages. Le premier intitulé: Le nouveau Newcastle, ou Traité de cavalerie (Lausanne, 1747, in-12), parut en 1747. Le second Les éléments d'hippiatrique ou Nouveaux principes sur la connaissance et sur la médecine des chevaux parut à Lyon de 1750 à 1753. En 1765, il donna La matière médicale raisonnée, en 1766 un Précis anatomique du corps du cheval comparé à celui du bœuf et du mouton, l'année suivante son Art vétérinaire ou Médecine des animaux, programme d'un travail plus considérable, et, en 1768, le Traité de la conformation extérieure du cheval, ouvrage important qui n'a pas eu moins de cinq éditions.

Pour rendre hommage à la mémoire de l'illustre fondateur des écoles vétérinaires, et à la demande des chefs et des élèves de ces établissements, le o- u vernement confia au statuaire Boisât l'exécution en

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marbre blanc de deux bustes de Boui'gelat qui furent placés l'un à l'Ecole d'Alfort, l'autre à celle de Lyon. Cette école, en l'an V (1796), fut transférée à l'extrémité nord-ouest de la ville, sur la rive droite de la Saône, dans un bâtiment ayant appartenu aux religieuses franciscaines dites de sainte Elisabeth, alors connu plus particulièrement sous le nom de Maison des deux amants. C'est dans ce local, agrandi plus tard par l'adjonction d'un immeuble voisin, qu'elle se trouve encore et qu'elle continue la série de succès inaugurés par son fondateur.

Une statue de Bourgelat érigée en 1876, par souscription publique, orne la cour d'honneur de cet établissement. Une rue située près de l'emplacement de l'ancienne Académie d'équitation, à Ainay, consacre encore le souvenir de Bourgelat, du Lyonnais qui mérite à juste titre de figurer dans la pléiade de nos concitoyens dignes de mémoire.

Ampère (1775-1836).

André-Marie Ampère est né à Lyon, sur Saint- Nizier, le 22 janvier 1775. C'est à Polémieux, au Mont-d'Or, que sg sont écoulées ses jeunes années. Ses parents, retirés du commerce, y avaient acquis une propriété. Son père, J.-J. Ampère, juge de paix à Lyon en 1793, résista à la municipalité terroriste et fut envoyé à l'échafaud par Dubois-Crancé. Il écrivit en mourant, à sa femme une lettre touchante, où il s'excusait de la laisser sans fortune, disant que les seules dépenses exagérées qu'il avait faites étaient pour sa bibliothèque et ses instruments, et ajoutant cette prophétie : « Quant à mon fils, il n'y a rien que je n'attende de lui. » André-Marie avait alors dix-

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huit ans et déjà, sans le secours d'aucun maître, il avait acquis une somme énorme de connaissances en l.tterature, en philosophie, en sciences naturelles et mathématiques.

11 a raconté dans son journal ses uniques amours avec celle qui fut sa femm^ bien-aimée. Commencées en herborisant, en 1796, ce ne fut qu'en 1799 qu elles aboutirent à un mariage avec Julie Carron. Jeune, pauvre et n'ayant d'autres ressources que des leçons de mathématiques, les commencements furent pénibles, b]en que cette union lui eût apporté toutes les joies au il y avait rêvées. En 1801, André-Marie ut nommé professeur de chimie et de physique à 1 école centrale de l'Ain, et quand, en juillet 1804, il revint a Lyon, nommé professeur au lycée ce fut pour recueillir le dernier soupir de celle qu'il avait tant aimée. Cet événement ajouta à sa mélancolie naturelle; il se plaisait aux maximes pessimistes de 1 Ecclésiaste et de Pascal, et savait l'Imitation par cœur. r

Mais la métaphysique, qui séduit toujours les grands espnts.ne lui fit pas oublier les sciences. Successivement il fut nommé répétiteur d'analyse à l'Ecole polytechnique (1804), membre du bureau consultatif des arts et métiers (1806), inspecteur général de l'Université (1808), professeur d'analvse à l'Ecole polytechnique (1809), membre de l'Institut (1814) et de la plupart des Académies étrangères. A cette époque, ses principales productions scientifiques étaient :

Des considérations générales sur les intégrales des equattons aux différences partielles.

Démonstration d'un théorème nouveau, d'où l'on

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peut déduire toutes les lois de la réfraction ordinaire et extraordinaire.

Mémoire sur la détermination de la surface courbe des ondes lumineuses dans un milieu dont l'élasticité est différente suivant les trois dimensions.

Mais c'est àpartir de 1820 qu'André-Marie trouva sa voie et est devenu le grand Ampère. Jusqu'en 1819, on ne connaissaitdu magnétisme terrestre, quelesfaits de l'aiguille aimantée et de la boussole ; encore ne les appliquait-on pas. Le physicien danois Œrsted fit connaître au monde savant le fait immense suivant : un fil métallique quelconque, quand un courant électrique vient à le traverser, exerce une action relative sur l'aiguille aimantée placée dans son voisinage.

. « En répétant l'expérience d' Œrsted, Ampère devina que deux fils conjonctifs (c'est ainsi que l'on nomme des fils que l'électricité parcourt) agiraient également l'un sur l'autre. Il avait imaginé des dispositions ingénieuses pour rendre ces fils mobiles, sans que les extrémités de chacun d'eux eussent jamais à se détacher des pôles respectifs de leurs piles voltaïques ; il avait réalisé, transformé ces conceptions en instruments susceptibles de fonctionner.

« Cette brillante découverte d'Ampère, en voici l'énoncé exact: Deux fils conjonctifs parallèles s'attirent quand l'électricité les parcourt dans le même sens ; ils se repoussent, au contraire, si les courants électriques s'y meuvent en sens opposés. Les fils conjonctifs de deux piles semblablement placées, de deux piles dont les pôles cuivre et zinc se correspondent respectivement, s'attirent donc toujours. Il y a de même, toujours répulsion entre lesfils conjonctifs, de deux piles, quand le pôle zinc de l'une est en

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regard du pôle cuivre de l'autre. Ces singulières attractions et répulsions n'exigent pas que les fils sur lesquels on opère appartiennent à deux piles différentes. En pliant et repliant un seul fil conjonctif on peut faire en sorte que deux de ses portions en regard soient traversées par le courant électrique, ou dans le même sens, ou dans le sens opposé. Les phénomènes sont alors absolument identiques à ceux qui résultent de l'action des courants provenant de deux sources distinctes. » p \ Ki ,^

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JJes leur apparition, les phénomènes d'Œrsted avaient été appelés électro-magnétiques; ceux d'Ampère, puisque l'aimant n'y joue aucun rôle direct prirent le nom plus général d' électro-dynamiques.

Les lois d'Ampère sur la direction des courants électriques et leur intensité ont été le point de départ de a télégraphie électrique et de la plupart des merveilleuses inventions modernes. (Exposé méthodique des phénomènes électro-dynamiques et des lois de ces phénomènes, Paris 1823).

Le dernier grand travail qui occupa la vie d'Ampère fut sa classification des sciences. Il venait d'achever ce grand ouvrage quand il partit, en mai 1836, pour sa tournée d'inspecteur universitaire. Il souffrait depuis longtemps déjà d'une affection de la poitrine ; il arriva mourant à Marseille et, comme on 'a dit justement, il acheva de mourir dans cette ville le 10 juin 1836.

« Ce profond physicien, ce grand géomètre, dit 1 auteur de la Galène des contemporains, eut de La Fontaine la bonhomie, l'inexpérience du monde et des hommes; comme le fabuliste, il passa pour un type ■de distraction, et toute une série d'anecdotes plus ou

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moins gaies, plus ou moins authentiques, se rattache à son nom. Mais chez Ampère, la distraction provenait, non du vagabondage, mais de la préoccupation de l'esprit; c'était de l'absorption plutôt que de la distraction. » — « Sa sensibilité est extrême; quand le malheur ne le touche pas personnellement, il souffre pour les siens, pour ses amis, pour l'humanité; une catastrophe historique lui fait verser des larmes. » Ballanche a dit : « C'est un brasier qui était dans son cœur. Aussi, en quelque haute estime que l'on mette les œuvres d'Ampère, la sympathie qu'excite son caractère est si vive qu'on ne sait ce qu'il faut admirer le plus, de son cœur ou de son génie. »

Quand il a fallu, avec les progrès de la- science électrique, se reconnaître et s'entendre dans l'évaluation de l'intensité des courants, on a eu recours aux .cinq noms qui reviennent à tout instant dans l'histoire de l'électro-dynamique : Volta, Ampère, Faraday, Ohm, Coulomb. On a appelé ampère l'unité d'intensité; — coulomb, l'ampère dans une seconde prise comme unité de temps; — ohm, l'unité de résistance; — volt, l'unité de force électro-motrice ; — farad l'unité de capacité électrique. — Pour les petites piles médicales, on compte par milliampère ou millième d'ampère.

Lyon, en 1886, a inauguré sur la place Ampère la statue du grand savant lyonnais. André-Marie Ampère est là assis dans l'attitude méditative qui semble avoir été celle de toute sa vie. L'artiste, Ch. Textor, a su donner à cette grande figure dont les traits n'étaient rien moins que réguliers, l'air de bonté et de suprême intelligence qui était la caractéristique de ce magnifique esprit.

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Claude Bernard (1813-1878).

Voici une des plus grandes figures dont le Rhône peut s'enorgueillir. « En vingt ans, dit Paul Bert, Claude Bernard a trouvé plus de faits dominateurs, non seulement que les physiologistes français, mais que l'ensemble des physiologistes du monde entier. »

« Claude Bernard naquit au petit village de Saint- Julicn, près de Villefranche, dans une maison de vignerons, où il aimait toujours à venir se délasser. Il perdit son père de bonne heure, et comme il apprenait bien à l'école, le curé lui fit commencer le latin. Il continua ses études au collège de Villefranche, et la situation de sa famille ne lui permettant pas de loisirs, il vint à Lyon, où il trouva chez un pharmacien de Vaise un emploi qui lui donnait la nourriture et le logement. Cette pharmacie desservait l'école vétérinaire et c'était Bernard qui portait les médicaments aux bêtes malades. Déjà il jetait plus d'un regard curieux sur ce qu'il voyait et il y avait dans « Monsieur Claude », comme l'appelait son patron, bien des choses qui étonnaient ce dernier. C'était surtout à propos de la thériaque qu'ils ne se comprenaient pas. Toutes les fois que Bernard apportait à 1 apothicaire des produits gâtés : « Gardez cela pour la thériaque, lui répondait ce digne homme, ce sera bon pour faire de la thériaque. » Telle fut l'origine première des doutes de notre confrère sur l'efficacité de l'art de guérir. Cette drogue infecte fabriquée avec toutes les substances avariées de l'officine, et qui guérissait tout de môme, lui causait de profonds étonnements. » (E. Renan, discours de réception à 1 Académie française.)

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Claude Bernard ne commença sa médecine qu'en 1837. Entre sa pharmacie et sa médecine il avait eu un petit succès sur un théâtre lyonnais avec un vaudeville. La plupart des grands hommes ont commencé par chercher leur voie et l'on est étonné d'apprendre leurs commencements. Les concours, où il s'essaya, ne lui ménagèrent que des échecs. Les idées originales gênent pour concourir et la première con- 'ditiou pour bien concourir, c'est de n'avoir pas d'idées. Son air était gauche et embarrassé, et ses brillants concurrents « lui prédisaient une carrière médicale des plus modestes. »

Il entra chez Magendie comme préparateur et cela décida de sa carrière. C'est la plus grande gloire de ce rude maître, d'avoir distingué l'élève qui devait si rapidement le dépasser. Reçu docteur en médecine, en 1843, docteur es sciences en 1853, il fut nommé en 1854 titulaire de la chaire de physiologie créée pour lui à la Faculté des sciences. L'année d'après, à la mort de Magendie, il le remplaça au Collège de France. C'est de ce laboratoire que sont partis les grands travaux appelés à révolutionner la physiologie ; c'est là qu'est née la médecine expérimentale, En 1868, il quitta la Sorbonne pour succéder à Flourens dans la chaire de physiologie générale et prendre la direction d'un laboratoire de recherches au Muséum.

Claude Bernard était membre de l'Académie des sciences, de l'Académie française, où il remplaça Flourens, en, 1868, de l'Académie de médecine, etc., etc. Il est mort, en février 1878, à Paris, et la République lui fit des funérailles nationales.

On peut dire de Claude Bernard qu'il fut un expéri-

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mentateur de génie. Avant lui la médecine se traînait de théories en théories et chaque chef d'école essayait d accommoder les faits à des idées systématiques adoptées à l'avance. Claude Bernard fit table rase de toute idée préconçue et établit que rien ne doit être admis conme vrai, s'il n'a été établi expérimentalement. C'est de ce principe fécond qu'ont découlé ses beaux travaux.

Les premiers qui marquèrent dans la vie scientifique de Claude Bernard furent ses belles expériences sur le suc pancréatique, en 1846. Il établit nettement, en produisant une fistule sur l'animal vivant, la propriété du suc pancréatique d'émulsionner les corps gras et d'en favoriser l'absorption, et montra sur des chiens l'amaigrissement consécutif à l'ablation de l'organe.

Dès 1848, il déterminait l'existence dans le foie d'une matière spéciale, susceptible de devenir du sucre sous des influences identiques à celles qui transforment la fécule. Sa découverte de la fonction glycogénique du foie est une des plus remarquables et fécondes en applications pathologiques de celles qui ont enrichi la physiologie au xix e siècle. A celte découverte se rattache l'expérience célèbre qui lui permit de produire artificiellement la maladie appelée diabète, en piquant une région du cerveau, qu'on appelle le plancher du 4 e ventricule.

Dans une série d'expériences, il démontra ensuite les origines de la chaleur animale, et que tout phénomène chimique intime aboutit à une oxydation et par conséquent à de la chaleur. Il fit voir ensuite l'action du système nerveux sur ces mêmes phénomènes en sectionnant le nerf sympathique cervical ;

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le côté de la face qui répond au nerf coupé devient rouge, tuméfié et. augmente de température ; mais, si l'on excite le bout supérieur de ce môme nerf, des phénomènes exactement contraires se produisent et la face pâlit. C'est ainsi qu'il fut amené à la découverte des nerfs vaso-constricteurs et des vaso-dilatateurs.

Enfin ses travaux sur le curare montrèrent l'action élective des poisons sur tels ou tels éléments anatomiques et ouvrirent un vaste champ aux expériences. Mais il fut le premier à modérer ses élèves et à les mettre en garde contre les conclusions hâtives ; et si l'on voulait résumer d'un mot le génie de Claude Bernard, on pourrait dire qu'il fut un composé de foi ardente dans les faits, de défiance intelligente et sage dans les conclusions.

On a pu dire, sans exagération de ce noble esprit : « Claude Bernard n'est pas un physiologiste, c'est la physiologie. »

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