VI. — ARTISTES
Le goût du beau, c'est-à-dire le besoin d'un certain ordre, d'une certaine harmonie dans les choses qui affectent nos sens et notre intelligence, dans le son, dans la couleur, dans la force, dans le mouvement, ce goût a donné naissance aux beauxarts. On restreint communément le domaine des beaux-arts à la peinture, à la sculpture, à l'architecture et à la musique.
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Si le Rhône n'a pas vu naître des musiciens remarquables, en revanche il compte, surtout en ces derniers siècles, des talents incontestés dans chacune des trois autres branches.
Enpeinture,ilale droitd'être fier d'artistes tels que Hippolyte Flandrin, Chenavard, Meissonier et Puvis de Cha vannes. Le dernier est l'un des maîtres les plus remarquables de l'école française actuelle, et, s'il ne vivait encore, il mériterait de figurer au premier plan dans notre galerie.
Ces quatre noms jettent sur Lyon un lustre incomparable et lui font une place hors pair dans l'art contemporain. En architecture il suffit de citer Philibert Delorme; en sculpture, avec Coysevox et les Coustou, le célèbre Lemot (1771-1827) qui fit la statue équestre de Louis XIV, sur la place Bellecour, à Lyon et celle d'Henri IV sur le Pont-Neuf, à Paris. Comme graveurs, Audran et de Boissieu font également le plus grand honneur à leur pays.
Hippolyte Flandrin (1809-1864).
Hippolyte Flandrin est né à Lyon, en 1809, dans la rue qui porte aujourd'hui son nom. Son père était un habile peintre de miniature, art très en faveur, au temps où la photographie n'était pas encore connue. Hippolyte et ses deux frères, Auguste et Paul, furent destinés à suivre la carrière paternelle.
A l'âge do seize ans, Hippolyte entrait comme élève à l'Ecole des Beaux-Arts et remportait, trois années après, le laurier d'or, récompense accordée au premier prix de la classe de peinture. Il se rendit alors à Paris etentradans l'atelier d'Ingres. Mais ses ressources étaient médiocres. On raconte que, logé
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à proximité d'une caserne, il Ht plus d'une fois pour vivre des portraits de militaires, moyennant une rétribution presque insignifiante.
En 1832, il obtint le grand prix de Rome et employa son séjour en Italie à. de sérieux travaux, et c'est de cette époque que date le tableau placé au musée de Lyon: Dante aux enfers. Lorsque le peintre composait cette toile magistrale, il. était âgé de vingtquatre ans seulement.
Revenu en France au bout de cinq années, Flandrin ne cessa de produire jusqu'au moment de sa mort, survenue en 1864. C'est la décoration monumentale qui l'attirait de préférence.
Il débuta par la Chambre des pairs et par Saint- Paul de Nîmes. Mais ses deux œuvres capitales sont les grandes frises de Saint- Vincent de Paul, à Paris, et la décoration deSaint-Germain-des-Prés. Dans la première de ces compositions, une procession de saints personnages se développe dans toute la longueur du temple, rappelant les panathénées du Parthénon;on ne compte pas moins de vingt compositions, empruntées à l'Ancien et au Nouveau-Testament.
Hippolyte Flandrin fut nommé membre de l'Institut, à la suite de ses travaux de Saint-Vincent de Paul. C'est vers ce moment qu'il exécuta les peintures de l'abside d'Ainay, à Lyon ; le Christ qui occupe le centre delà coupole, passe pour une des meilleures figures sorties de ce pinceau remarquable.
En dehors de ces grands travaux, il a fait de nombreux portrails où se retrouve le savoir-faire du maître : simple, exempt de procédés, d'un dessin très serré et d'un coloris harmonieusement fondu. Il présumait peu de lui-même, voyant toujours ses
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œuvres par leur côté imparfait, il recherchait les conseils et la critique.
D'une santé qui n'était pas robuste, et fatigué par un labeur continu, Flandrin était allé chercher un peu de repos à Rome. Il y fut atteint par la petite vérole et emporté en peu de jours.
Chenavard (Paul) (1807- ?).
Fils d'un cordier de la place Neuve-des-Carmes, il passa son enfance à Saint-Genis- Laval où ses parents s'étaient retirés. Dès le début de sa vie, il témoigna d'une puissance d'imagination extraordinaire. Arrivé à Paris, il entra dans l'atelier d'Ingres, dont il fut un des meilleurs élèves, puis voyagea, pendant plusieurs années en Italie. Durant ces longues pérégrinations artistiques, on le voit, dans les musées, dans les bibliothèques, copiant toutes les estampes, lisant tous les livres de littérature, de philosophie et d'histoire.'
Ce qui caractérise le génie de Chenavard, c'est que, à ses yeux, la peinture doit être avant tout l'expression d'idées philosophiques ou religieuses.
Rentré à Paris, il fut mêlé à ce mouvement merveilleux, à cette éclosion de l'esprit humain qui se produisit aux environs de 1830. Ce fut alors que germa dans son esprit l'idée d'exposer, sous forme d'une suite de tableaux, l'histoire universelle, et qu'il commença cette série de recherches encyclopédiques, fouillant tout ce qui avait été écrit et dessiné sur l'Egypte, la Perse, l'Inde, la Chine, l'Amérique, étudiant jusque dans Cuvier les temps préhistoriques, épuisant les musées et les bibliothèques, assistant aux cours de Guizot, Villemain et Cousin, aux prédications des fouriérislôs et des saint-simoniens, puis
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metlant ces matériaux en ordre dans son cerveau, cherchant le lien de toutes les civilisations, constituant la synthèse de la marche générale des choses, une philosophie de l'histoire et de l'esprit humain.
Ses deux œuvres les plus connues jusqu'en 1848 furent: Mirabeau apostrophant le marquis de Dreux-Brézé, et la Séance de la Convention où fut votée la mort de Louis XVI, cette dernière envoyée au Salon, mais refusée par ordre de Louis-Philippe, ce prince ayant trouvé injurieuse pour sa famille la conversation créée par l'artiste entre Marat et Philippe- Egalité.
En 1848, le gouvernement lui confia la décoration du Panthéon rendu à sa destination révolutionnaire, voué par la reconnaissance publique à la mémoire des grands hommes. Il s'agissait d'écrire sur les murailles du temple l'Histoire de l'humanité', depuis la Genèse jusqu'à la Révolution française ; puis, avec l'histoire universelle, ,les cosmogonies et les théogonies de tous les peuples, et une immense galerie de portraits de toutes les individualités caractéristiques de l'histoire. Chenavard devait dessiner les compositions, laissant à ses collaborateurs le soin de faire d'après ses esquisses des cartons au fusain, à la grandeur d'exécution. Œuvre immense que le peintre espérait achever en huit ans !
Malheureusement l'Empire vint arrêter ces projets ; un de ses premiers actes fut, en effet, de rendre au culte le Panthéon et d'interrompre ainsi l'œuvre du peintre philosophe.
Il est intéressant de rappeler un trait qui montre jusqu'à quel point Chenavard poussait Iedésintéressement.ll avait demandé pour lui et pour chacun de ses
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collaborateurs un salaire de 10 francs par jour seulement. Les peintres protestèrent contre la modicité d'une telle rétribution ; une pétition signée de 3.000 artistes demanda « qu'on ne ravalât pas l'art par le bon marché. »
Depuis 1849, Chenavard s'abstint de peindre, au moins pour le public. En 1869, il envoya à l'Exposition universelle un grand tableau, aujourd'hui au Luxembourg, la Divina Tragedia, dans lequel il représente les diverses religions particulières périssant tour à tour. C'est un des morceaux les mieux faits de l'Ecole moderne. En 1872, Jules Simon, ministre des Beaux-Arts, pour indemniser le peintre du préjudice qu'il avait subi par suite de l'interruption de la décoration du Panthéon, voulut lui attribuer un prix de 20.000 francs pour son tableau la Divina Tragedia. Il répondit fièrement: « Ce que j'ai donné pour rien à l'Empire, je ne veux pas le faire payer plus cher à la République. »
JHeissonier (1816-1891).
Meissonier fut un grand artiste et un noble caractère. Né à Lyon il était le quatrième enfant d'un commissionnaire en marchandises. Dès le collège, il manifesta un goût ardent pour lapeinture etil vint de bonne heure étudier à Paris. Là, sans ressources, il eut à lutter contre la pauvreté et on raconte que pour vivre il exécutait avec Daubigny des tableaux à cinq francs le mètre carré pour l'exportation. Mais bientôt, après quatre mois passés dans l'atelier de Cogniet, et après un voyage à Rome, il se fit connaître par trois tableaux (Les Bourgeois flamands, 1834; Joueurs d'Echecs, et le Petit Messager, 1836), qui attirèrent
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quelques curieux d'abord, puis une foule enthousiaste. Ce genre nouveau alors en France de la peinture microscopique, si remarquable par la vérité des figures, la finesse et la netteté dos détails, le soin extraordinaire de l'exécution, dès le début il s'y révélait un maître.
Dès lors il alla de succès en succès de 1834 à 1891. Enumérer ses belles toiles seulement serait trop long. Citons le Liseur (1840), le Corps de Garde (1845), la Partie de Boules (1848), le Fumeur (4849), la Rixe (1855), Napoléon. III à Solférino (1861), Desaix à l'armée du Rhin (1867), son « 1805 », son « 1807 ».
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son « 1814 », ces tableaux achevés où, dans de petits cadres, il a fait revivre l'épopée napoléonienne.
A côté de ces peintures, Meissonier a laissé une œuvre moins connue, mais précieuse, la série de ses dessins exécutés surtout dans sa jeunesse pour divers éditeurs. Ainsi, les illustrations de Paul et Virginie (1838), de la Chaumière Indienne (1838), etc. Il a gravé môme quelques eaux-fortes (Les Retires, etc.).
On ne peut mieux caractériser ce grand talent que par ces mots de Théophile Gautier : « M. Meissonier « est un maître qu'on peut citer dans son genre après « Ingres, Delacroix, Decamps. Il a son originalité et « son cachet; ce qu'il a voulu faire, il l'a fait complè- « tement. Il possède les qualités sérieuses du peintre : « le dessin, la couleur, la finesse de la ,touche, et la « perfection du rendu. Tout prend une valeur sous « son pinceau et s'anime de cette mystérieuse vie de « l'art, qui ressort d'une contrebasse, d'une bou- « teille, d'une chaise aussi bien que d'un visage hu- « main.... Quand un tableau sort des mains de Meis- « sonier, c'est à coup sûr qu'il ne peut être poussé « plus loin. »
Cette œuvre est le résultat d'un travail incessant. Comme les grands artistes d'autrefois, Meissonier avait avant tout le souci de la vérité. Son idéal était de rendre au vrai les hommes et les choses, et on le voyait toujours un crayon en main pour noter la nature prise sur le vif. Ses peintures militaires ne sont pas sorties de son imagination : il les a vécues. Il suivit Napoléon III en Italie, il l'accompagna au début de la campagne de 1870, et, même pendant le siège de Paris, il fut colonel d'un régiment de marche. Les honneurs ne lui manquèrent pas : Il fut de
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l'Institut dès 1861 et successivement promu jusqu'au plus haut grade de la Légion d'honneur. La réputation lui vint avec la fortune : son « 1807 » a été payé 300.000 francs. Mais sa longue vie fut un constant labeur. Tel de ses tableaux lui coûta quinze ans d'études, et jusqu'à sa mort, il ne cessa de produire et d'entreprendre. « Les exemples que sa vie d'ar- « tiste nous laisse, a dit M. Henri Delaborde, com- « mandent à tous le respect. Quels qu'en aient été, « au dehors, l'importance exceptionnelle et l'éclat, « cette vie invariablement studieuse, même au bruit « des succès les plus retentissants, même dans les « dernières années sous l'étreinte des plus cruelles « souffrances, cette vie que la passion de l'art et le « travail ont remplie toutentière, fournirait une autre « ample matière à l'éloge que ses chefs-d'œuvre. Le « moins qu'on puisse dire, c'est qu'à aucun instant, « il ne s'est découragé de l'effort, de la docilité scru- « puleuse aux exigences de la conscience, et que, « célèbre dès sa jeunesse, il s'est comporté jusqu'à « la fin avec la même force de volonté et le même « zèle que s'il avait eu encore à se faire un nom. »
Philibert Delorme (151o-lo70).
Né à Lyon, le jeune Philibert n'avait pas vingt ans lorsqu'il passa les Alpes, pour aller étudier à Rome les monuments de l'architecture romaine que la Renaissance avait remis en honneur. Témoin de ses efforts, le pape Marcel le protégea et aida à son instruction. Il s'attacha surtout à l'étude de la construction et à la coupe des pierres dont, plus tard, et le premier en France, il révéla les principes.
De retour à Lyon, il s'adonna à l'architecture. A
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cette époque, on construisait beaucoup de voûtes en saillie, appelées trompes, qui supportent un corps de logis et paraissent reposer sur le vide. Le jeune Delorme en fit de fort remarquables, qui frappèrent le cardinal de Bellay, à son passage à Lyon. Le cardinal enleva l'artiste à sa ville natale et l'introduisit à la cour.
Devenu « architecte du roy », il eut toutes les faveurs d'Henri II et de Dictne de Poitiers, pour qui il exécuta des travaux importants, mais qui ont été pour la plupart, détruits ou transformés. Il commença, en lo54,pour Catherine de Médicis, le palais des Tuileries, la plus importante de ses œuvres s'il eût pu la terminer. Il s'efforça d'y réaliser l'idée qu'il eut le premier d'un ordre français, à l'aide de colonnes composées de quatre ou cinq tambours superposés, et dont les joints étaient dissimulés par des moulures Son œuvre la plus remarquable est le château d'Anet, dont la chapelle et le portail transportés à l'Ecole des Beaux-Arts de Paris figurent parmi les plus belles créations de l'architecture nationale.
« Philibert Delorme, dit M. Berty dans son livre les Grands Architectes de la Iictiaissance, mérite la célébrité attachée à son nom, parce qu'à côté de. sesétudes sur les styles et la forme, il en a fait de considérables sur la construction, dont le premier il a publiquement révélé les secrets en France. De grands progrès réalisés en technique, voilà le principal, fleuron de la couronne de Delorme, et c'est sur le ter rain de la science, qu'il a 'vraiment dominé tous ses. rivaux. »
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Antoine Coysevox (1640-1720).
Né à Lyon en 1G40, Coysevox était fils d'un menuisier et s'appelait de son vrai nom Quoyseveau ou Quoisevaux.
A cette époque, la menuiserie était à Lyon une véritable industrie d'art qui se confondait parfois avec la sculpture, ainsi que l'attestent de nombreux meubles, et môme les portes d'allées de beaucoup de maisons. Tout jeune, Antoine se fit remarquer par le goût et l'adresse qu'il apportait à son travail. Aussi son père l'envoya- t-il à Paris étudier auprès de Lerambert, peintre et sculpteur, auteur de plusieurs statues pour le château de Versailles.
Son talent s'affirma si rapidement qu'à l'âge de vingt-sept ans, il fut chargé par le cardinal de Fùrstenberg, de décorer son palais de Saverne,en Alsace, en partie détruit par un incendie, dans la nuit du 7 au 8 août 1769.
De retour à Paris, au bout de quatre ans, il exécuta de nombreux ouvrages pour les jardins royaux. Parmi les plus remarquables, sont les chevaux ailés de Marly, maintenant aux Tuileries, qui témoignent d'une étude opiniâtre des formes du cheval. Antérieurement, Coysevox avait fait une statue équestre de Louis XIV, de quinze pieds de haut, cornmandée par les Etats de Bretagne.
Il est l'auteur des tombeaux de Mazarin, de Lebrun et de Colbert. Lyon possède de lui, une Vierge en marbre, aujourd'hui placée dans l'église Saint- Nizier, et qui ornait autrefois la maison du sculpteur, à l'angle de la place du Plâtre.
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Les Conslou.
Nicolas (1638-1733). — Neveu de Coysevox, Nicolas Coustou avait, comme lui, débuté par la sculpture sur bois. A l'âge de dix-huit ans, il alla étudier chez son oncle, et, cinq ans plus tard, il remporta le grand prix de l'Académie; à ce titre, il fit le voyage de Rome, comme pensionnaire du roi.
Nicolas Coustou fit plusieurs travaux importants pour Marly et pour Versailles. C'est à lui que nous devons la figure de la Saône, de dix pieds de proportion, qui ornait à Bellecour la statue équestre de Louis XIV et qu'on voit dans le vestibule de l'Hôtelde-Ville. Il finit sa carrière le 1 er mai 1733, âgé de soixante-seize ans, et laissant encore des ouvrages inachevés.
Guillaume (1678-1746). — Son frère Guillaume, né en 1678, et par conséquent plus jeune de vingt ans, fut aussi élève de Coysevox et surpassa son aîné par un talent fait d'autant de savoir et de plus de simplicité.
Il travailla, comme tous les artistes de l'époque, pour les résidences royales. Les deux groupes placés actuellement à l'entrée des Champs-Elysées, et composés chacun d'un cheval qui se cabre et d'un éciiyer qui le retient, avaient été faits pour Marly.
Guillaume est l'auteur du Rhône, beau bronze exécuté pour servir de pendant à la Saône, et placé aussi à l'Hôtel-de-Ville de Lyon. La figure due à Nicolas Coustou est une merveille de grâce, malgré . ses énormes dimensions; mais l'autre est d'un plus grand caractère et restera comme un morceau capital de l'art français.
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Il faut encore citer, de Guillaume Coustou, le basrelief qui décore le portail de l'Hôtel des Invalides, et celui qu'il a fait pour la Grande Chambre, au Palais de Justice de Paris.
Gérard Audran (1640-1703).
Gérard ou Girard Audran appartient à une famille d'artistes dont sept se sont fait un nom comme graveurs. Gérard, le plus illustre de tous, né à Lyon, était filleul de Gérard Schreeg, maître sculpteur.
Il fit ses premières études sous la direction de son père. Envoyé à Paris, il fut accueilli par le peintre Lebrun qui pressentit les dispositions exceptionnelles de jeune graveur et l'envoya à Rome en 1666. Il employa les trois premières années de son séjour à dessiner d'après l'antique, à copier les œuvres de Raphaël et des principaux maîtres, et à graver plusieurs tableaux de Dominiquin.
L'artiste acquiert ainsi cette fermeté du dessin que nul n'a poussée plus loin que lui, fermeté qui s'allie à une grande souplesse de burin et à une largeur de touche remarquable. Colbert le rappelle alors à Paris et lui fait attribuer une pension et un logement aux Gobelins. Notons en passant que le mode d'encouragement autrefois suivi à l'égard des artistes, était plus judicieux que le système actuel : au lieu de provoquer, souvent à tort, l'éclosion des vocations artistiques, au moyen de bourses accordées dans les écoles, on attendait qu'un sujet eût fait preuve de talent, et c'est alors qu'une pension l'assurait contre les nécessités de la vie et lui permettait de s'adonner plus librement à son art.
Gérard Audrau fut chargé de graver la suite des
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Batailles d'Alexandre, de Lebrun. Dans cette œuvre hors pair, le graveur a su faire d'une interprétation une véritable création et a peut-être surpassé le peintre. Quoi qu'il en soit, aucune gravure n'eut jamais pareil succès. Un neveu d'Audran, Jean, né à Lyon, en. 1667, en fit une réduction.
Au nombre des œuvres de Gérard, on cite le Martyre de saint Laurent d'après Lesueur, le Martyre de sainte Agnès, d'après Dominiquin, le Femme adultère et V Enlèvement de la Vérité d'après le Poussin. Toutes se distinguent par ce mérite spécial, de traduire très fidèlement le sentiment et jusqu'à la couleur de l'original et déposséder cependant un caractère très personnel. Il a laissé aussi un Recueil des proportions du corps humain.
Nommé membre de l'Académie de peinture, il avait été élu conseiller de cette Compagnie en 1681.
Boissieu (1736-1810).
Jean-Jacques de Boissieu naquit à Lyon. Ses parents le destinaient à la magistrature; mais, ne pouvant lutter contre sa vocation pour l'art, ils se décidèrent à le placer sous la direction du peintre Frontier.
Le jeune artiste fit de rapides progrès, et bien vite il acquit une grande habileté à imiter le style des paysagistes hollandais. Il se rendit à Paris et se lia avec les meilleurs peintres de l'époque, Greuze, Joseph Vernet, etc.. Mais l'usage des huiles et des couleurs altérant sa santé, il dut renoncer à la peinture. C'est alors qu'il s'adonna avec ardeur à l'art de la gravure et à la composition de dessins qui obtinrent le plus grand succès. L'œuvre gravée de cet artiste se compose
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d'environ cent quarante pièces, parmi lesquelles on peut citer les Charlatans, divers paysages, des rues de ville;, des paysages d'après nature, des intérieurs de ferme, des scènes familières, des portraits, etc..
Noire revue de l'art lyonnais serait incomplète si nous ne disions un mot de quelques typographes du xvi° siècle qui furent de véritables artistes.
Sébastien Gryphe (1 491-1536).
Cet imprimeur, né en Souabe,vinl vers 1520 s'établir à Lyon où son industrie était florissante. Il ouvrit sa boutique rue Thomassin, quartier des libraires et installa ses ateliers rue Sala. La beauté de ses caractères, la correction des éditions sorties de ses presses lui ont fait une place à pari dans la pléiade si renommée des imprimeurs lyonnais. Il publia plusieurs ouvrages hébreux, une foule de livres grecs, presque tous les classiques latins. Le nombre des éditions qu'il a signées dépasse 300, presque toutes à la grande bibliothèque de la ville. Dolet à qui Paris a élevé une statue, fut un de ses correcteurs.
Antoine Gryphe', fils de Sébastien, continua dignement la tradition de son père qu'il surpassa même en érudition.
•lean de Tournes.
Jean I" (1504-1564). — Né à Lyon, il entradebonne heure dans l'atelier des Gryphe. Vers 1540, il s'établit pour son compte dans la rue qui porte aujourd'hui son nom. Savant comme tous les typographes de son temps, artiste, ayant le goût du beau, il se distingua par l'élégance de ses caractères, la pureté de ses
impressions, le choix du papier, et une sévérité de correction qu'il dut d'abord à sa surveillance, ensuite aux érudits qu'il employa comme correcteurs. Quoique le succès le favorisât, il resta constamment lié avec son premier maître, Sébastien Gryphe, sous le nom de qui, et sans ombre de rivalité, il publia un grand nombre d'éditions. Son talent hors ligne lui fit obtenir le titre d'imprimeur du roi.
Jean II (1539-1615). — Il maintint la réputation de sa maison et se distingua par une haute érudition. Sa qualité de protestant l'exposa à mille violences. Il faillit périr lors de la prise de Lyon par le baron des Adrets; lors de la Saint-Barthélémy, il ne dut son salut qu'au zèle de ses amis qui le cachèrent dans le couvent des Jacobins. Il fut bientôt obligé de se retirer à Genève où il mourut.
HOMMES D ETAT
Nous arrivons aux hommes qui ont exercé une action sur les affaires de leur pays, soit par leurs écrits, soit parleurs discours, soit par leurs fonctions. Dans chacune de ces formes sous lesquelles peut se traduire l'activité d'un homme public, le Rhône compte des illustrations de premier ordre dont nous rappellerons brièvement les œuvres ou les actes.
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HOMMES D'ÉTAT
Camille Jordan (1771-1821).
Issu d'une famille de commerçants lyonnais, il fit de brillantes études au collège de l'Oratoire, puis au séminaire de Saint-Irénée. En 1788, il se trouva chez son oncle Claude Périer, à Vizille, pendant la tenue des Etats du Dauphiné,de « cette assemblée, dit Ballanche, d'où partit le premier cri de rénovation qui devait retentir sitôt et se prolonger si longtemps dansle monde. » Ce prélude delà Révolution frappa la jeune imagination de Jordan. Le séjour à Vizille fut le point de départ d'une étroite amitié qui l'attacha à Mounier, un des plus illustres membres de la Constituante.
En 1790, après un voyage à Paris, où il put assister aux luttes oratoires de "la grande assemblée, Jordan rentra dans sa ville natale et se jeta avec ardeur dans la polémique des partis. Ses premiers écrits furent un pamphlet contre l'Eglise constitutionnelle dans lequel, sous la signature du Citoyen Simon, il revendiquait hautement la liberté des cultes, pour les fidèles de la religion non assermentée. Dans la lutte de Lyon contre la Convention, il joua un rôle important. Le 29 mai 1793, il se trouve dans les rangs de cette majorité des sections qui affranchirent la ville et lui permirent de se constituer elle-même ; les mois suivants, il remplit au dehors des missions, dont le but était de gagner à la cause des Lyonnais les provinces voisines"; enfin il prend part à la défense contre les troupes de la Convention. Obligé de s'enfuir après la chute de la ville, il se réfugia en Suisse, puis en Angleterre où il put étudier à loisir les ressources infinies du gouvernement représentatif.
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Rentré en France après le 9 thermidor, à peine âgé de 26 ans, il fut élu, au commencement de 1797, représentant de Lyon au Conseil des Cinq-Cents. C'est alors que commence sa véritable carrière politique. Son grand acte de cette époque fut son Rapport sur la police des cultes, par lequel il réclamait l'abrogation de la loi qui interdisait les cloches dans les églises et son plaidoyer en faveur de Lyon. Le 16 messidor, le Directoire avait adressé au Conseil un message rendant compte des crimes commis par des brigands connus sous le nom de chauffeurs ou de compagnons de Jésus qui infestaient la région lyonnaise. Lyon y était particulièrement incriminé. Le patriotisme de Jordan prit feu; il se leva pour justifier ses compatriotes. Mais une phrase malheureuse lui échappa : « S'il y avait une réaction à Lyon, s'écria-l-il. cette réaction, après tout ce que Lyon a souffert, ne seraitelle pas assez naturelle? » Aussitôt, on accusa Jordan d'avoir déifié l'assassinat et ce fut Marie-Joseph Chénierqui porta contre lui l'accusation. Au 18 fructidor, il fut obligé de se dérober par la fuite à la proscription.' Caché d'abord à Paris, dans une retraite où il écrivit sa protestation « Camille Jordan, député du Rhône, à ses comme liants sur la révolution du 18 fructidor », dans lequel il se défendait d'avoir conspiré contre la Constitution, il se réfugia, avec son ami de Gérando, d'abord à Bâle, puis en Souabe, àTubingue et à Wcimar, où il fut reçu en ami par Gœthe et Schiller. Dans cette dernière ville, il retrouva Mounier, et leur amitié se resserra par l'identité des opinions et la communauté des malheurs.
En février 1 800, les portes de laFrance se rouvrirent. Camille Jordan vint à Paris et fut avec de Gérando
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l'hôte de M me de Staël, à Sainl-Ouen. De cette époque date l'intimité qui l'unit à cette femme illustre. Pendant le séjour qu'il fit à Lyon pour organiser la Consulta cisalpine, Bonaparte chercha à attacher Jordan à son gouvernement; mais il se heurta à une répugnance invincible et. lorsqu'il voulut se faire investir du titre de consul à vie, Jordan lança une brochure célèbre pour expliquer son vote et demander des garanties. L'écrit parut d'abord sans nom d'auteur ; mais la première édition ayant été saisie et l'imprimeur inquiété, Jordan se fit connaître. Contre toute attente aucune poursuite ne fut intentée.
Par son écrit sur le Consulat, il s'était annulé politiquement pour tout le temps de l'Empire. Renfermé dès lors dans les études littéraires et philsophiques, vivantd'ordinaireàLyon, où il se maria, il fut reçu membre de l'Académie de cette ville et y lut divers morceaux, entre autres un Discours sur l'influence réciproque de l'éloquence sur lu Révolution et de la Révolution sur l'éloquence, un Eloge de l'avocalgénéral Serran et des Etudes sur Klopslock.
Les événements de 1814 firent sortir Jordan de sa retraite. 11 fit partie de la députation envoyée par les Lyonnais à Dijon, au quartier général de l'Empereur d'Autriche pour demander un allégement aux contributions réclamées à leurville et le rétablissement des Bourbons.
De 1816 à 1821 , il siégea à la Chambre des députés. D'abord il fit partie de la majorité ministérielle; mais bientôt, effrayé des tendances de plus en plus réactionnaires du Gouvernement, il se plaça à la tête de l'opposition dynastique avec Koyer-ColUtrd. Les projets de loi présentés après l'assassinat du duc do Berry
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pour le rétablissement do la censure et la suspension de la liberté individuelle, lui fournirent l'occasion de développer un beau talent oratoire. Au moment de sa mort survenue à l'âge de 50 ans, il était un des chefs les plus populaires de l'opposition.
Dans ses Nouveaux lundis, Sainte-Beuve a fait de lui un portrait que nous nous reprocherions de ne pas transcrire : « Quand on le considère de près et qu'on « l'étudié on reconnaît qu'il suivit toujours la même « ligne de principe, le même ordre d'idées, puisées « aux mêmes sources morales; mais il était en pro- « grès. Sous le Directoire, au Conseil des Cinq « Cents, il avait voulu civiliser, humaniser la Révo- « lution et tirer de cette Constitution de l'an III la « véritable égalité et la justice. Le lendemain du vote « pour le Consulat à vie, il avait essayé de montrer « que cette autre Constitution de l'an VIII était per- « fectible, et qu'avec un peu de bonne volonté on « pouvait en tirer des institutions, des garanties, tout « un ordre de choses qui terminât la Révolution « en assurant et en limitant ses conquêtes politiques « et civiles. Sous la Restauration, il essayait de « même de demander à la Charte tout ce qu'elle con- « tenait et d'en faire découler les conséquences « naturelles; il s'indignait surtout qu'on la faussât, « qu'on la torturât dans un mauvais sens, au gré des « passions, au détriment de la monarchie comme du « peuple. Dans cette triple carrière et en ces trois « grandes conjonctures, Camille Jourdan fut fidèle à « ses principes et à lui-même. »
Jean-Baptiste Say (1767-1832).
Né à Lyon le 5 janvier 1767, il appartenait à une
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de ces nombreuses familles protestantes tics Cévennes qui, à la suite de la révocation de l'Edit de Nantes, s'établirent à Genève. Son père était venu se fixer à Lyon pour y apprendre le commerce et avait épousé la fille de son patron auquel il avait succédé.
A la suite des revers de fortune éprouvés par ses parents, le jeune Say dut quitter le pensionnat pour le comptoir. Avec son père, il fit en Angleterre un séjour qui, en lui permettant de s'initier aux affaires, exerça sur sa carrière une profonde inlluence. Un hasard détermina sa vocation : entré comme employé dans une compagnie d'assurances sur la vie dont Clavière était gérant, il eut la bonne fortune de lire le livre célèbre d'Adam Smith : La Richesse des Nations, dont son patron possédait un exemplaire. La lecture du livre détermina la vocation du jeune Say: il était économiste.
Après avoir dirigé plusieurs années comme rédacteur en chef La Décade philosophique et littéraire, par une société de républicains, publication dont le but était de relever en France le culte du bon goût et d'unesaine philosophie, J.-B. Say fut nommé membre du Tribunat. Son œuvre capitale est son Traité d'économie politique qui parut pour la première fois en 1803. « De ce livre, dit Blanqui, date réellement « la création d'une méthode simple, savante et « sévère pour étudier l'économie politique... Le « caractère distinctif des écrits de l'auteur, la lucidité, « brille surtout dans les questions qui avaient été - € embrouillées par les économistes de tous les temps « et de tous les pays, et principalement dans celle « des monnaies. Mais ce qui assure une renom- « mée immortelle à l'écrivain, c'est sa Théorie des
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« débouchés, qui a porté le dernier coup au sys- « tème exclusif et préparé la chute du régime colo- « niai. Cette belle théorie, toute fondée sur l'obser- « vation scrupuleuse des faits, a prouvé que les « nations ne payaient les produits qu'avec des pro- « duits, et que toutes les lois qiii leur défendent d'a- « cheter leur défendent de vendre. Aucun malheur, « dès lors, n'est sans contre-coup dans le monde; « quand la récolte manque sur un point, les manu- « factures souffrent sur un autre; et quand la pros- « périté règne dans un pays, tous ses voisins y pren- « nent part, soit à cause des demandes qui en vien- « nent, soit à cause du bon marché qui résulte de « l'abondance des produits. Les nations sont donc « solidaires dans la bonne comme dans la mauvaise « fortune; les guerres sont des folies qui ruinent « même le vainqueur, et l'intérêt gêné rai des hommes « est de s'entr'aider, au lieu de se nuire comme une « politique aveugle les y a poussés trop long- « temps. »
Du vivant même de l'auteur, le livre eut cinq éditions et fut traduit dans toutes les langues. Bonaparte essaya de faire tourner à l'appui de ses projets financiers le livre de Say ; il lui demanda de son Traité une nouvelle édition qui en eût fait une œuvre de circonstance. Maigre les insistances du maître, Jean-Baptiste Say refusa de modifier l'expression de ses convictions, fruit d'études sérieuses et réfléchies. Eliminé duTribunat, il refusa les fonctions de direcleur des Droits, réunis, et, comme il était sans fortune, il dut demandera l'industrie les ressources nécessaires pour élever sa famille. Il alla fonder une filature à Auchv, dans le Pas-de-Calais. Tour à tour, il se fit mécanicien,
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ingénieur, architecte, assurant du travail à toute une population. De sa retraite, il put observer et signaler les fautes de l'Empire, le système continental, le commerce des licences, ces nombreuses mesures dictées par la colère, ou par l'ignorance des vérités économiques.
Après avoir accompli en Angleterre une mission gouvernementale dont l'objet était d'étudier l'état économique de ce pays, il ouvrit, en 1815, à l'Athénée, un cours d'économie poli tique dont le succès fut complet. Le Catéchisme d'économie politique, qu'il publia en 1817, l'ut destiné à vulgariser les principes généraux et les applications immédiates de la science.
Lorsque l'économie politique entra officiellement dans l'enseignement public par la création d'une chaire au Conservatoire des Arts et Métiers, c'est à J.-B. Say qu'elle fut confiée, mais avec une modification dans le titre du cours. Le mot politique effrayait; on dut se borner à enseigner l'économie industrielle. Ce n'est qu'après 1830, alors qu'il était déjà affaibli par l'âge, que J.-B. Say fut appelé à professer au Collège de France l'économie politique proprement dite.
De l'illustre maître on peut dire que la science économique, — cette science si indispensable à la prospérité des peuples, — lui est redevable des plusgrands progrès qu'elle ait accomplis depuis Adam Smith.
Géraudo (1772-1842,)
Né à Lyon le 29 février 1772, il se disposait à aller à Paris pour y embrasser la carrière ecclésiastique, lorsqu'il apprit les massacres de septembre. 11 resta chez lui, fut blessé au siège de Lyon, fait prison-
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nier et condamné à mort. Après s'être échappé, il rentra en France, lors de l'amnistie des Lyonnais, et prit du service dans l'armée. En l'an VII, il était chasseur à cheval en garnison à Colmar, lorsqu'il apprit que l'Institut avait mis au concours la question desavoir : quelle est l'influence des signes sur l'art de penser. Gérando improvisa un mémoire sur la question . En l'an XII, il fut secrétaire général du Ministère de l'Intérieur, et, pendant les huit années qu'il garda cette fonction, il réorganisa 1'Adminislration française et colle de l'Italie; ses services lui valurent le .titre de baron de l'Empire, une dotation de 25.000 francs, et sa nomination au Conseil d'Etat. Sous la Restauration, il conserva son titre de conseiller. En 1819, il fonda l'enseignement du droit public et administratif en France, et. en 1837, fut appelé à la Chambre des pairs.
Malgré ses nombreuses occupations administratives, Gérando trouva le temps nécessaire non seulement pour composer un grand nombre d'ouvrages philosophiques, mais aussi pour donner une attention particulière aux moyens de soulager la misère. Administrateur des Quinze- Vingts, de l'Institution des sourds-muets, du Conseil général des hospices de Paris, il put acquérir, en matière d'assistance une grande expérience dont il consigna les résultats dans son grand livre de la Bienfaisance publique qui est placé par les économistes au premier rang des ouvrages sur le paupérisme et la charité publique.
Sauzet (1800-1876).
Paul Sauzet naquit à Lyon le 23 mars 1800. Son père était un médecin distingué, fils, petit-fils et
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arrière-petit-fils de chirurgiens notables de cette ville. A l'école du foyer domestique il avait pu puiser cette élévation de sentiments et de principes qui ne se perd jamais.
Doué des facultés les plus remarquables et servi par une prodigieuse mémoire, il ne tarda pas à remporter au barreau les plus grands succès et à y conquérir le premier rang. Les plus importants procès civils et les grandes causes criminelles étaient confiés à son éloquence. Lorsqu'on 1830 les ministres de Charles X furent mis en accusation, il fut choisi par M. de Chantelauzc pour présenter sa défense devant la Cour des Pairs. Son plaidoyer est resté comme un des plus beaux monuments de l'art oratoire. Louis Blanc, dans son histoire de dix ans, rapporte que l'effet de ce discours fut extraordinaire; l'émotion était universelle et Crémieux, qui devait prendre la parole après Sauzet, s'écria : « Il faut que je parle et j'écoute encore!... »
En 1833,1e célèbre procès du Carlo Alberto, intenté devant la Cour d'assises de la Loire, à la suite du débarquement, en vue de Marseille, d'un bâtiment frété par la duchesse de Berry et portant pavillon sarde, donna au brillant orateur une occasion nouvelle de développer les magnificences de son langage et d'affirmer la puissante action de son éloquence.
En 18.34, Jules Favre, alors avocat à Lyon, était traduit devant la Cour d'appel, à la suite d'un article violent publié dans le Précurseur. Sauzet présenta sa défense et obtint son renvoi de la prévention; il avait terminé sa plaidoirie en disant : « Ami, je vous « en prie; avocat, je vous le demande ; jurisconsulte, « je vous en requiers!... »
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Elu député du Rhône dans deux collèges, à Lyon et à Villefranche, le 21 juin 1834, il opta pour Lyon, sa ville natale, qu'il n'a pas cessé de représenter jusqu'à la Révolution de 1848.
En 1835, chargé du rapport sur une demande en autorisation de poursuites contre deux députés, et répondant cà Dupin et à Odilon Rarrot, il s'écriait : « La majesté des lois, c'est de faire plier toutes les « têtes. L'Ile n'est jamais plus grande que lorsqu'elle « assujettit les puissants. Espérez-vous que les ci- « toyens se soumettent, quand les premiers corps « de l'Etat ne leur en donnent pas l'exemple!... » Rapporteur, en septembre 1833, d'une loi sur la presse et d'un grand nombre d'autres lois importantes, notamment sur le dessèchement et l'exploitation des mines, l'illustre orateur avait rapidement conquis la confiance de ses collègues.
Il fut nommé Ministre de l'Instruction publique dans le cabinet du 10 novembre 183i, qui ne dura que quelques jours; premier vice-président de la Chambre ; garde des sceaux, ministre de la Justice et des Cultes, dans le cabinet du 22 février 1836, dont Thiers avait la présidence.
En cette qualité il soutint, avec une rare éloquence, le projet de loi sur la responsabilité des Ministres et des autres agents du pouvoir. Il présidait le Conseil d'Etat avec une distinction à laquelle M. deCormenin lui-même rend hommage dans son livre des Orateurs. 11 émerveillait parla rectitude de son jugement, la hauteur de ses vues, l'étendue de ses connaissances. Le 1 i mars 1839 il fut élu président de la Chambre des députés. Réélu neuf fois, il occupa, jusqu'à la Révolution de 18i8, cette haute dignité due au suf-
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frage de ses pairs et à la confiance de ses concitoyens.
Son impartialité dans la direction des débats lui fit considérer comme un devoir de ne plus descendre dans l'arène des luttes politiques. 11 estimait que les partis acceptent dilficilement pour juge l'adversaire delà veille, cl que la voix, qui a pu soulever des passions, n'est guère propre à les apaiser.
Rentré dans la vie privée, il refusa, en 1849, de poser sa candidature à l'Assemblée législative.
Parmi les nombreux écrits laissés par Sauzet, on peut citer ses discours sur Chantelauze, sur Ravez et sur Chateaubriand; La Chambre des députés et la Révolution de Février, ouvrage où il proposa l'union des deux branches de la Maison de Bourbon (1851); Réflexion* sur le mariage civil et religieux en France et en Italie (4833); Considérations sur les retraitesforcées de la magistrature (1834); Discours sur l'éloquence académique (1859); Rome devant l'Europe, où il défend le pouvoir temporel du Pape (18G0); Les deux politiques de la France et le partage de Rome, où il signale par ces paroles prophétiques les dangersque l'unité italienne peuL faire courir à la France : « L'unité italienne appelle déjà l'unité germanique « comme pour envelopper la France ! » (1862).
Dans les méditations de sa retraite, il' avait préparé un travail important sur les réformes à apporter dans notre législation civile. La mort est venue le surprendre avant la publication de cette œuvre importante.
Causeur fin, aimable, bienveillant, il faisait aux plus humbles un accueil sympathique. Il encourageait les jeunes et donnait à tous ceux qui avaient recours à lui des conseils désintéressés. Il avait con-
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serve les amitiés les plus hautes et les plus illustres. Populaire à Lyou.il n'était pas seulement estimé mais aimé de ses compatriotes; on le considérait avec raison comme l'un des plus dévoués serviteurs du pays.
Jules Favrc (1809-1880).
Né h Lyon le 21 mars 1809, Jules Favre fit toutes ses études au lycée de celte ville dont il fut un des plus brillants élèves. Après de solides éludes de droit, le jeune avocat débuta en 1832 au barreau de Lyon, qu'il quitta en 18'56.pour se rendre à Paris, précédé d'une certaine célébrité que lui avait valu le procès d'avril dans lequel il s'était signalé parmi les défenseurs des accusés. Inscrit au tableau des avocats de la capitale, il fut appelé deux fois par ses confrères aux honneurs du bâtonnat en 1 8G0 et 4861 .
Républicain convaincu, Jules Favre fut mêlé de bonne heure à toutes les luttes politiques. Pendant les vingt années de la dictature impériale, il se lit le défenseur infatigable du droit méconnu et des libertés confisquées, mettant son éloquence incomparable à en poursuivre la revendication. La plus retentissante des causes qu'il plaida fut celle d'Orsini, dont l'attentat contre Napoléon III, funeste à tant de victimes, remplit, en 1858, la France d'indignation et d'horreur. Illustre chef des Cinq à la Chambre des députés, il ne cessa de faire entendre ses protestations indignées contre les aventures qui devaient, par une pente fatale, nous conduire de Paris au Mexique et du Mexique à Sedan.
Appelé le 4 septembre à faire partie du premier gouvernement de la République, il prit une part considérable aux événements douloureux qui accablèrent
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hommes d'état
la France pendant les terribles années 1 870 et 1 871 . Il mit cette énergie, cette vigueur dont il avait donné tant de preuves contre l'Empire, à organiser la défense nationale et la lutte contre l'invasion teutonne et si, après avoir dit dans une proclamation célèbre lors de la rupture de premières négociations pour la paix : « Nous ne céderons pas un pouce de notre « territoire, pas une pierre de nos forteresses... » il se produisit cbez lui des défaillances, l'écrasement de le défaite ne peut-il les expliquer? Jules Favrea subi l'entraînement général ; il a participé aux illusions et aux déceptions communes, et celui-là seul qui ne les a point partagées, pourrait incriminer ses illusions d'un jour et ses abattements du lendemain.
En dehors de l'homme politique, Jules Favre fut un grand orateur, dont la puissante éloquence atteignit parfois les hauteurs les plus élevées, bien qu'il eût plus d'élégance dans la parole que de force dans le raisonnement.
Quoique n'appartenant plus au barreau de Lyon depuis 1836, Jules Favre revint plusieurs fois plaider soit devant le Tribunal, soit devant la Cour de celte ville. L'affluence était alors grande au Palais ; chacun s'y pressait pour admirer la parole toujours vive, toujours brillante du maître illustre qui charmait surtout par la correction irréprochable de son style et par l'harmonie de ses périodes.
Rendant hommage à ses qualités, l'Académie française lui avait ouvert ses portes en lui donnant le fauteuil qu'avait occupé Victor Cousin.
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