‹ Galerie morale et politique (volume 2)Chapitre 11 sur 46 · DE L'AMOUR · texte numérisé non relu

DE L'AMOUR

Il est difficile de dire quelque chose dé nouveau sur ce vieil enfant, le plus ancien des dieux , et le seul peut-être que les révolutions de la terre et les changemens opérés dan» nos religions n'aient jamais pu priver de ses honneurs divins et de ses autels. Ceux mêmes qui regardaient comme un sacrilège de lui laisser une place parmi les dieux, le mettent au nombre des démons les plus malins et les plus dangereux ; et je ne sais s'il s'en' rencontre beaucoup qui , sous cette forme même, aient pu se défendre de l'adorer parfois, et de brûler pour lui le même encens qu'il recevait jadis dans le ciel.

Tout le monde parle de l'amour; il n'est personne qui puisse se vanter de n'avoir pas éprouvé sa puissance , et peu lui ont résisté. Mais s'il est difficile de l'éviter, il l'est encore plus de le peindre et de le bien connaître, et La Fontaine a dit avec raison :

Tout est mystère dans l'Amour :

Ses flèches , son carquois, son flambeau , son enfance ; Ce n'est pas l'ouvrage d'un jour Que d'épuiser cette science.

94 i)K l'amour.

Hésiode avait raison de donner à l'amour le titre de amateur. C'est un esprit céleste, un feu divin qui anime toute la nature ; il la Fait sortir du chaos, il en dissipe les ténèbres, il en unit les élémens : attraction pour les parties de la matière, plaisir pour les animaux, sentiment passionné pour l'homme, il attire, approche, enflamme, il vivifie tout, fait connaître les accords, inspire l'harmonie, conserve les êtres, les reproduit, les multiplie^ et semble être à la fois le lien, le charme et l'âme du monde.

Mais cet esprit universel, répandu partout, prend autant de formes diverses que les corps organisés qu'il pénètre ; il change d'apparence suivant les lieux qu'il parcourt, les temps qu'il traverse, les cœurs qu'il hrûle; et c'est ce qui rend ce protée si difficile à saisir et à peindre.

Nous le connaissons tous, non tel qu'il est, mais tel que nous sonmes; et nous voyons, non pas lui, mais la forme qu'il prend pour nous plaire, et qu'il jugp, d'après nos désirs, la plus propre à nous subjuguer.

L'amour est à tel point notre maître, il nous

rappelle si complètement, si exclusivement tout

ce qui fait notre bonheur, que nous avons donné

son nom à chacune de nos passions , aux plus

• nobles comme aux plus basses , aux plus mon-

DE L^AMQUR. 9?

daines comme aux plus saintes; ainsi nous sommes tour à tour entraînés par F amour des plai^ sirs, par l'amour de la gloire , par l'amour de la fortune; V amour conjugal, paternel , filial ^fra^ ternel, assurent notre félicité; nous nous vantons de notre amour pour le prince et pour la patrie ; la vertu nous fait un devoir de t amour pour notre prochain} enfin c'est r amour pour Dieu même qui peut seul nous donner l'idée et Tespoir d'un bonheur éternel.

Tous ces amours , si diiFérens entr'eux, prouvent seulement une grande vérité^ c'est que tout est amour pour Thomme , et qu'il ne vit que pour aimer. Je ne veux vous parler aujourd'hui que du seul amour qui unit les deux moitiés du genre humain, de celui qui soumet la force à l'empire de la grâce et de la beauté.

L'homme est un être composé , un être double , à la fois intellectuel et matériel ; certaines passions gouvernent nos sens , et d'autres notre âme; la seule qui s'empare à la fois de notre cœur et de notre corps, c'est l'amour; il enivre nos sens, il attendrit, il brûle nos âmes, il s'empare de toute notre existence. Cependant il ne Teut pas constamment , il ne peut pas toujours remporter cette double victoire; souvent il ne fait qu'allumer nos désirs et nous enchaîner dans les bras de la volupté; plus rarement il se con-

gfi • DE . l'amour.

tente de l'union des âmes et des feux d'une tendresse chaste et pure. Ses formes sont si variées/ suivant le but qu'il se propose, qu'on peut dire que ce sont différens amours.

Le plus connu, le plus fêté, le moins pur, le plus vulgaire, c'est Xaniour'-plcUsir ; c'est celui qu'on nous représente enfant^ aveugle, armé d'un arc et d'un flambeau ; c'est le fils de la beauté, le frère des grâces : célèbre par ses jeux, ses caprices, ses fureurs, son inconstance , ses crimes , c'est lui qui fait payer des instans de volupté par des siècles de malheur; c'est lui qui fait périr Thésée, qui livre Hercule aux flammes, qui arme la Grèce, qui cause la ruine de Troie. Il place des courtisanes sur le trône , il égare les sages de la Grèce, et leur fait outrager la nature. II érige à sa mère des autels sous le nom de Vénus facile; il force Antoine à sacrifier sa gloire, la liberté de Rome, et les richesses de l'Orient , aux baisers de Cléopâtre ; il préside aux orgies sanglantes de Néron ; Messaline lui doit sa honteuse célébrité ; il cache sous ses fleurs et ses guirlandes les poignards de Médicis.

Rien n'est plus séduisant, rien n'est plus terrible que ce dieu. L'espérance le précède, la volupté l'accompagne ; mais il est suivi par la jalousie , par la haine ; et la folie, qui le guide ,

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le conduit presque toujours dans un lieu aride et désert , où Ton ne rencontre que les tristes regrets, le remords cruel, et Tétemel et pâle ennui.

Lorsque cet amour, sans se montrer si re»

doutable, effleure seulement de jeunes cœurs a.vec les moins aiguës de ses flèches, il fait craindre des malheurs plus supportables ; mais sa flamme vive et légère ne laisse qu'entrevoir le bonheur; elle s'éteint aussi promptement qu'elle s'allume, et ne se fait pas sentir ju^ qu'au cœur.

Cet amour ne mérite pas le nom qu'il usurpe : c'est pourtant celui qu'on éprouve le plus généralement, quoiqu'on n'ose pas l'avouer; et surtout de nos jours, lorsqu'on invoque Tamour, on n'adore que le plaisir.

Il faut laisser aux poètes le soin de peindre cet amour : Ovide , TibuUe , Sapho , l'ont chanté ; mais il fuirait si l'on voulait lui parler le langage de la raison, son éternelle ennemie : la folle jeunesse ne nous écouterait pas davantage et s'échapperait, en riant, avec lui.

Parlons plutôt du véritable amour, de l'amour-sentiment , de ce dieu qui règne à la fois sur les sens et sur l'âme, qui nous élève en nous entraînant, dont le feu nous purifie lorsqu'il nous brûle j et suivons son char brillant t. 1

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qui nous rapproche des vertus et de la gloire, pour nous conduire au bonheur.

Le but de l'atnour est d'unir si parfaitement deux êtres , que leur existence est confondue en une seule; et, si la vie est ua bienfait des dieux, l'amour double ce bienfait pour nous; quand on aime bien , on sent deux âmes ensemble, on goûte également la volupté qu'on donne et celle qu'on>eçoit, et on jouit autant du bonheur de la personne aimée que de son propre bonheur : on peut dire ainsi qu'aimer, c'est sentir une double existence et posséder une double vie.

L'union seule des sens n'est qu'Une image imparfaite de ce bonheur; c'est la fille du désir, et le désir est le plus léger des amours ; le plaisir, qu'il cherche, est précisément l'ennemi qui le tué , et c'est sous les fleurs mêmes de la jouissance qu'il trouve son tombeau.

Le délire que donne la seule volupté'est aussi passager que la beauté qui l'inspire : Ovide luimême l'a dit, lui qui n'a bien connu et bien chanté que cet amour : « Les violettes et les n lis n'ont qu'un temps; la rose tombe et l'é- » pine reste : tel est le sort de la beauté , si I) l'on n'y joint la sensibilité du cœur et les » grâces de l'esprit, n

Tout ce qui est mortel ne peut allumer qu'un .

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feu mortel; si tous voulez donner rimmortalitë !' à Tamour, que l'âme soit l'objet de son culte, '. qu'il adore Psyché ; alors ses voluptés seront / étemelles, et son flambeau ne s'éteindra plus. ■

Les Grecs, toujours ingénieux, faisaient pla-^ cer aux noces l'image de Mercure à côté de celle de Vénus, pour montrer qu'il fallait unir l'esprit , le doux langage, à la beauté , afin de rendre son triomphe constant et sa félicité durable.

Lorsqu'on est enflammé par l'âme autant que \ par les sens, le plaisir n'est plus suivi de lassitude, les intervalles du désir ne sont plus remplis par la langueur, il n'y a pas de vide dans la vie ; aux transports de l'amour se joignent les délices de l'amitié : peines, plaisirs, inquiétudes, espérances, tout est commun; et deux amans, deux époux unis par ce lien charmant, goûtent doublement les faveurs de la fortune et ne sentent que la moitié de ses coups.

Cet amour , loin d'être aveugle comme l'autre, aperçoit et découvre à chaque instant de nouveaux charmes dans ce qu'il aime; c'est lui qui dit de Psyché qu^il n'est pas un petit point en elle qui n'ait sa f^énus. Ainsi l'amour qui ' vient du cœur s'enflamme par le plaisir, s'accroît par le bofnheur, et perfectionne ce qu'il • admire; il éternise ce qu'il éprouve et divinise ce qu'il aime. '

lOO DE l'amour.

L'amour des sens ne veut que plaire et jpuir , il ne désire plus ce qu'il possède; son feu meurt si vous ne lui donnez toujours quelque aliment nouveau : vous lui reprochez vainement son inconstance ; c'est l'agitation seule de ses ailes qui tonserve et rallume son flambeau.

Aussi quels moyens prennent ceux qui l'adorent pour en être favorisés? Us soignent leurs figures, ils s'occupent de leur toilette; ils varient sans cesse leurs manières, leur ton. leur «

langage et leur coquetterie; leur but est de paraître aimables , de multiplier leurs conquêtes, de supplanta leurs rivaux : tout est brillant, léger, fragile, dans ce temple du plaisir; tout y rapetisse l'homme, tout l'égaré; il y prend sans cesse l'ombre pour la réalité, la volupté pour le bonheur, et les vices couronnés de fleurs n'y sacrifient d'autres victimes que les vertus. Lorsqu'on brûle, au contraire, des feux d'un véritable amour, il faut estimer ce qu'on aime, admirer ce qui plaît , rendre son âme digne de ce qu'on adore : nous avons besoin de nous enorgueillir des perfections de celle que nous aimons; nous voulons que l'objet aimé soit fier de nos vertus, de. nos talens, de notre gloire; et nous plaçons notre bonheur si haut, que nous devons nous élever sans cesse pour l'atteindre.

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Dans cet amour, c'est la pudeur qui aiguillonne le désir, c'est le combat qui donne du prix à la victoire, c'est le bonheur même qui assure la constance : l'amant heureux jouit de l'âme long-temps après qu'il à vide la coupe du plaisir des sens. C'est de lui que l'abbé Delille disait si bien :

Mais qui me décrira ces transports rayissans , Ces délices du cœur après celles des sens , Ces doux ressouTenirs et ces tendres pensées , Par qui le cœur Jouit des toI aptes passées , Et y rempli d^un bonheur qu*il .savoure k loisir. Consacre au sentiment le repos du plaisir?

Si cet amour fait les vrais heureux, il fait aussi les héros; il enflamme les grands courages, il produit les belles actions, et porte aux héroïques vertus; c'est lui qui animait lès Artémise, les Arie, les Comélie, la mère des Gracques, celle de Coriolan , la vertueuse Blanche , la courageuse Marguerite d'Anjou; et nos anciens preux lui durent leurs exploits, leur bonheur et leur renommée.

Ces deux amours étaient adorés chez les Grecs avec une différence bien remarquable ; Yamourplaisir avait un culte public : il semblait chargé de faire les honneurs de la Grèce ; les grands cercles se tenaient chez les courtisanes ; elles brillaient aux yeux, ornaient les spectacles, exer-

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çaient dans les temples le sacerdoce de Vénus : la jeunesse folâtrait chez elles, et sortait de leurs bras pour courir aux armes. Les hommes d'État soumettaient souvent la politique à leurs conseils, et les philosophes mêmes ne dédaignaient pas leur séduisante société.

Ainsi , au premier coup d'œil , l'étranger, arrivant à Corinthe ou dans Athènes, ne voyait partout que le plaisir et ne respirait que la volupté; mais, s'il cherchait le bonheur, il devait pénétrer dans l'intérieur des maisons et des familles : là, il trouvait d'autres mœurs , d'autres beautés, un autre culte ; l'image de la f^énus pudique frappait ses regards ; une tortue , placée par Phidias aux pieds de cette déesse , rappelait sans cesse à la beauté le devoir de se défendre , de rester dans ses foyers, et de ne pas prodiguer ses charmes aux regards indiscrets. Tout annonçait le culte de V amour ^sentiment. Ce n'était plus l'éclat trompeur, les conversations bruyantes, les agaceries attrayantes , les caresses perfides de Bacchis, de Lamia, dePhryné, de Laïs; c'était la pudeur mystérieuse, la tendresse vertueuse , la douce confiance, l'activité adroite et labo- I rieuse; là, enfin, la volupté était sage, le désir • modeste, le plaisir constant, et tout était en- . semble devoir et bonheur.

Je le dis avec regret, et bien à notre honte,

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nous croyons à peine , en France , au culte de cet amour pur , à cette félicité intérieure des dames grecques et des matrones romaines. La constance, oubliée avec les anciens temps, nous parait une chimère. Quelle différence des mœurs antiques aux nôtres ! Un étranger demandait au Spartiate Gérondas pourquoi il n'y avait pas de loi à Lacédémone contre l'adultère. « Il ne peut )) être utile de faire une loi semblable , réponu dit Gérondas, dans un pays où ce crime n'existe » pas. » « Mais enfin , si , p%r hasard , on le com- » mettait, quelle en serait la punition? »

ce Eh bien! le coupable serait obligé de payer » un taureau assez grand pour qu'il pût, du » sommet du mont Taygète, boire dans le fleuve » Eurotas. » « Mais il est impossible, dit l'é- » tranger, de trouver un pareil taureau. »

(c Pas plus, reprit le Lacédémenien , que de M trouver un adultère à Sparte. »

Romulus avait publié une loi qui permettait à Rome le divorce. Deux cent trente ans s'écoulèrent sans que personne fit usage de cette loi , et long-temps après tous les Romains se rappe^ laient et citaient avec mépris le nom de Spurius Carvillius qui divorça le premier. Nous sommes par malheur bien loin de cette antique simpli-* cité. Nous retrouvons rarement des traces de la loyauté chevaleresque en amour , et nous sommes

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plus occupés des rians objets de nos désirs que des danies de nos pensées.

Tout est 9 parmi nous^ artiCce et mélange; nos courtisanes parlent souvent de sentimens romanesques aux amans trompés, qui, suivant le proverbe grec , « se ruinent 'en les péchant i) avec des filets d'or et de pourpre, » tandis que, d'un autre côté , de très grandes dames n'adorent franchement que le plaisir.

La sensibilité est dans le langage , et la légèreté dans le cœur. Enfin, on jure, sans rougir, un amour éternel à la beauté qu'on séduit aujourd'hui et qu'on veut quitter demain ; elle se plaint du parjure, et s'en venge bientôt, en s'exposant, sans regret, à d'autres perfidies.

La dépravation avait fait en France, pendant un temps, de tels progrès, qu'on se vantait de sa honte, qu'on s'enorgueillissait de ses faiblesses. On avait inventé la fatuité du vice; madame la marquise de Lambert cite madame C..., qui disait : w Je veux jouir de la perte de ma répu- » tation. » Aussi lisez les productions galantes des hommes de ce temps : tout y brille et rien n'émeut. Les efibrts de l'art ne prouvent que la stérile frivolité de l'âme : on ne veut que séduire, et l'on n'est plus aimable; le talent même n'a plus rien de naturel, et ne fait plus d'effet; car il est vrai, comme on l'a très bien

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dit , îi que rien ne plaît réellement à l'esprit que M ce qui a passé par le cœur. »

Cependant je serais injuste pour notre siècle si ^ en avouant qu'il s'éloigne trop de l'âge d'or de l'amour^ je disais que la pudeur^ la délicatesse^ la tendresse véritable sont tout-à-fait bannies de notre pays; elles y sont rares ^ mais non pas inconnues , et l'on y voit encore des amans fidèles et des époux heureux. C'est pour eux que j'écris, c'est à eux que je m'adresse; ils possèdent dans leurs âmes la vraie richesse et le vrai bonheur.

vous qui savez aimer, plus votre sentiment est pur, plus vous devez craindre de l'altérer; plus votre félicité est grande, plus vous devez trembler de la perdre : c'est assez des coups du sort qui vous menacent , évitez ceux que vous pouvez parer : l'amour le plus parfait a toujours ses ennemis, ses écueils et ses dangers.

Fuyez la jalousie ; elle offense quand elle est injuste; elle devient inutile dès qu'elle est fon- \ dée : ne vous livrez pas non plus à une aveugle ' sécurité ; elle produit la langueur; on se néglige, et, dès qu'on n'est plus aimable, on n'est plus aimé : cherchez toujours à plaire, comme si vous n'étiez pas sûr qu'on vous aime.

Soyez sobre dans le bonheur, conservez la pudeur dans le plaisir; c'est la première des

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grâces : son voile éveille^la curiosité , ses demi-^ refus aiguillonnent le désir; on cherche ce qui se cache, on aime à deviner ce qu'on ne voit pas; peut-être celui qui inventa le premier vêtement a inventé Tamour.

Ménagez l'amour-propre de l'objet aimé autant que le vôtre; la beauté se nourrit d^encens comme les dieux : joignez toute la variété possible des moyens de plaire à la constance des sentimens; suivez enfin le conseil de La Fontaine :

Soyez-vous Tun à l'autre un inonde toujours beau ,

Toujours divers, toujours nouveau j Tenez-vous lieu de tout , comptez pour rien le reste.

Je voudrais , pour l'honneur de Yamour^par^ fait y qu'il n'eut qu'une seule flèche , et qu'il ne pût nous blesser qu'une fois dans la vie. La bonté du ciel devrait faire vivre deux amans le même nombre d'années, et les faire mourir le même jour y comme Philémon et Baucis. Mais il n'en est pas ainsi; la mort, qui frappe au hasard, sépare souvent les cœurs les plus unis, et son fatal ciseau coupe les plus doux liens. Lorsque le désespoir ne tue pas , il se change en mélancolie; le malheur s'affaiblit, un doux souvenir vous reste et vous suit comme une ombre triste et légère; mais vous gardez le be-

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$oiii d'aimer : un cœur sensible ne peut vivre seul et dans le vide : vous aimâtes; donc vous aimerez.

Un premier amour qui nous enflamme dans notre jeunesse, un dernier amour que nous éprouvons dans l'automme de notre vie, sont deux amours bien différens! Mais quel est le plus fort, le plus heureux, le plus redoutable de ces deux sentimens? £st-<;e le premier, est-ce le dernier amour? La question n'est pas facile à décider.

Le premier amour a plus de feux, de fureur^ de délire; mais il présente à l'àme je ne sais quoi de vague, d'indéterminé; c'est plus l'amour que lamante qu'on aime ; on adore toutes les femmes dans sa maîtresse; c'est moins le cœur qui s'é* panche, que l'existence entière qu'on veut con^ naître et dépenser.

On rassemble tous les plaisirs en une seule volupté; 'mais la jeunesse voit tant de fleurs sous ses pas, tant de jouissances autour d'elle, que l'amour n'est jamais son unique bien. L'avenir la distrait du présent; elle rencontre mille passions différentes qui partagent ses facultés , et qui la dédommageraient si elle perdait son bonheur.

Le dernier amour brûle de feux plus doux :

il éclaire plus qu'il n'échauffe, il a plus de ten-

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