PLAISIR
et alors nous ne pouvons redouter leur colère; ou ils continuent à nous gouverner , et leur bonté ne peut pas nous préparer, dans une autre vie, des douleurs sans mélange de plaisirs. Leur bonté présente garantit leur bonté étemelle.
» Ainsi, débarrassé de toute crainte, vous serez délivré du poison qui trouble le plus fréquemment le bonheur des hommes.
» Quant aux plaisirs, goûtons-les, cherchonsles, comme un présent des cieux; mais jouissonsen sans excès, pour ne les pas changer en douleur; varions-les sans cesse pour éviter Fennui; inventons-en tous les jours de nouveaux.
» Moi , j'approuve fort ce roi des Assyriens qui faisait proposer par des hérauts, à son de trompe , un prix pour celui qui trouverait une nouvelle sorte de volupté.' Et, certes, l'invention d'un nouveau plaisir serait bien plus précieuse à mes yeux que l'invention meurtrière de la poudre : la première mériterait récompense et gloire, et l'autre une malédiction éternelle.
» Rangez-vous donc à mon opinion : quittez votre triste manteau qui ne couvre que des.paradoxes; couronnez- vous de roses comme nous; vous vivrez heureux, délivré de la crainte qu'inspirent au vulgaire la mort, la douleur et les
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dieux, et vous jouirez du bien suprême, la volupté, dont la vraie sagesse est inséparable. »
Je voulais répondre; mais Cléon, prenant la parole, nous dît : «Vous êtes trop éloignés pour vous entendre , et vous avez tous deux trop dépassé la vérité en sens opposé pour vous rencontrer dans ce juste milieu où elle se trouve : l'un ne pense qu'à l'esprit, et l'autre à la matière; l'un se crée une vertu si parfaite, si désintéressée et placée si haut, qu'il faut le suivre dans les nuages pour l'atteindre; l'autre se forge un bonheur si bas , que l'âme doit tomber pour en jouir.
» Damon appuie son bien suprême sur des plaisirs si fragiles , que le moindre choc peut briser l'édifice de sa félicité , et notre ami élève le sien en l'air sans lui donner aucun soutien. » Je vais vous combattre tous deux, et essayer de vous prouver que vous tournez l'un et l'autre le dos au bonheur : l'un , en le faisant étranger à l'âme; et l'autre, en le rendant impossible. )} Je commence par attaquer le plus sévère de mes antagonistes, celui dont les principes paraissent les plus fermes ; et j'aurais quelque répugnance à le combattre , puisqu'il fonde sa doctrine sur le respect des dieux et sur l'amour de la vertu , si je n'étais pas convaincu que son svstème donne une fausse idée des vertus et des
(lieux : or, aucune erreur ne peut être utile; elle devient même d'autant plus dangereuse, que l'objet sur lequel elle tombe est plus important.
» (lue faites-vous, en effet, mon cher philosophe, en plaçant le bonheur suprême dans la vertu , à l'exclusion de tout intérêt personnel , de tchit plaisir, de toute volupté, et en voulant qu'on adore les dieux sans leur rien demander, et sans jouir des biens qu'ils vous ont donnés ? Vous composez si métaphysiquement votre bien suprême, et vous le placez si haut, que vous dégoûteriez les hommes de le chercher, et qu'ils s'éloigneraient de la vertu , parce qu'ils perdraient l'espoir d'en approcher.
» La rigueur de vos maximes a fait plus de prosélytes à Épicure que son éloquence : il m'offre des plaisirs palpables; vous me présentez un bien-être imaginaire, fondé sur une parfaite impassibilité; et, quand je suis déchiré par une douleur aiguë, vous me déclarez que je ne suis pas digne d'être heureux si je ne suis que résigné, et si je ne soutiens pas avec vous que la douleur n'est pas un mal.
» Votre prétendue sagesse est une triste folie, puisqu'elle renverse les perceptions et les idées les plus évidentes; on peut l'accuser même d'inçratitude, parce qu'elle rend l'homme indiffé-
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rent pour les présens que lui fit le eiel, et qu'elle ferme ses yeul aux tableaux rians^ et ses oreilles aux doux concerts que lui offre lanature,
n Elle compromettrait son existence mème^ s'il pouvait vaincre, comme il le veut, et mépriser cette sensibilité qui conserve notre vie par la crainte salutaire de la douleur, et qui^ nous engage, par la voix des plaisirs, à revivre dans nos enfans.
» Enfin , ce rude et désastreux système prive l'amour de ses charmes, l'amitié de ses douceurs, la gloire de son enthousiasme; et le mortel aveugle , qui voudrait suivre ses principes dans toute la rigueur de leurs conséquepces , serait le plus infortuné dea hommes ; car il ne jouirait de rien et s'ennuierait de tout, ou se mépriserait lui-même, s'il évitait la douleur et cédait aux plaisirs.
» Vous en êtes vous-même une preuve , mon pauvre ami ; vos efforts pour vous élever dans l'empyrée sont inutiles; vous tenez, malgré vous, trop fortement à cette terre que vous dédaignez; vous la foulez aux pieds, mais elle vous porte et vous attire; vous soupirez après un souverain bien qui échappe à votre vue , parce qu'il est tout idéal; vous vous reprochez les plaisirs qui vous entraînent; vous empoisonnez
leurs jouissances par des regrets ; tous cédez à la souffrance que vous niez; et vous vous trouvez dans un état de gène et d'ennui continuel , parce que vous vous obstinez à séparer ce que le ciel a joint indissolublement, votre corps et votre âme.
}) Ainsi, vous vous trouvez trop au-dessus du plaisir pour le goûter, trop au-dessous de vos principes pour les suivre. Qu'avez-vous à me répondre, et croyez -vous encore qu'on puisse trouver le souverain bien dans la vertu , à l'exclusion de toute volupté? »
N'ayant rien à dire, je me tus; Cléon avait lu l'exacte vérité dans mon cœur. « Il est clair que je triomphe, s'écria Damon ; Épicure, Aristîppe n'auraient pas mieux parlé. »
i< Attendez, dit Cléon, ne chantez pas victoire; je laisse notre ami rêver, et je viens à vous.
» Vous venez déjà de l'entendre, Damon, je ne suis pas l'ennemi du plaisir, et je pense qu'il vient du ciel comme nous; mais je prétends que vous l'avilissez vous-même , en l'enfermant dans les étroites limites de nos sens, et qu'après l'avoir ainsi dégradé, vous tombez dans la plus étrange méprise, en voulant nous le faire prendre pour le souverain bien et le parfait bonheur.
» Aimez le plaisir, j'y consens; mais appré-
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ciez-le bien, car il faut connaître ce qu'on aime. Vous abjurez d'abord les plaisirs trompeurs ou coupables^ et dont Texcès ou rillëgitimité vous préparent des souffrances, des châtimens ou des remords; de votre aveu, toute douleur est à craindre; il faut donc fuir tout plaisir qui peut la donner, et dire avec La Fontaine :
... Fi du plaisir Que la crainte peut corrompre !
» Parlons donc des plaisirs sensuels qui ne peuvent nuire ni à vous ni à autrui; ce sont les seules fleurs qu'un vrai sage puisse se permettre de cueillir.
» Si vous adoptez ce principe, voilà dëjà une foule de désirs réprimés et de plaisirs bannis : étes-vous assez certain de la réalité, de la durée de ceux qui restent, pour en faire quelque chose déplus qu'un amusement, et voudrez-vous fon-* der votre bonheur sur cette base légère?
» Pouvez-vous d'ailleurs en faire un système général , lorsque tous les hommes différent d'o^ pinion sur ce qu'on peut appeler plaisir?
» L'ambre choquerait l'odorat d'un Hottentot; la graisse dont il se frotte soulèverait votre cœur; les savans accords de l'Italie feraient dor^mir les Chinois , dont la musique bruyante étourdirait vos oreilles délicates; les mets recherchés
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qui aiguillonnent votre appétit^ ne tentent pas le cultivateur frugal.
» Combien de gens n'avez -vous pas vus qui ne peuvent supporter ni le vin ni les liqueurs ? Le peintre Nicias, plus occupé de son art que de sa table, demandait à ses esclaves s'il avait dihé.
» Le roi.des Scythes^ Athëas, ayant entendu le célèbre joueur de flûte Isménias, qu'il avait fait prisonnier / dit qu'il préférait à cette musique le hennissement de son cheval.
» Un Lacédémonien , assistant au spectacle d'Athènes y étonné du travail que tant d'hommes s'imposaient pour un jeu, disait que c'était un plaisir acheté mille fois trop cher.
» Non-seulement on n'est pas d'accord sur la réalité, sur l'intensité des plaisirs, mais ceux mêmes qui les goûtent le plus s'en lassent, et veulent sans cesse les varier et en trouver de nouveaux. La beauté verserait-elle tant de larmes, et l'amour cônnai trait-il l'inconstance, si l'on ne se blasait pas promptement sur le plus vif de tous les plaisirs?
» Nous sommés donc forcés, par l'imperfection des voluptés, à en chercher, à en imaginer d'autres. Alors ne voyez-vous pas l'épuisement des fortunes , les progrès du luxe, les raffinemens de la mollesse, la corruption du goût et des mœurs ?
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, » FoiYîéd de réveiller nos désirs, pour saisir un bonheur qui nous échappe, rien ne nous coûte, aucun sacrifice ne nous arrête; l'amour devient, comme l'appelait Platon, un entrepreneur de toutes choses.
» Le proverbe grec se vérifie : La bourse des amoureux nest plus fermée qiiavec une feuille de porreau.
» Four entasser des plaisirs il faut conquérir des richesses. Aussi Cratès s'écriait, en prévoyant les suites funestes du luxe : Garde^^toi de nous jeter dans la sédàion cwUef en ajoutant un plat à la lentille i
» Et on voyait à Thèbes une colonne brisée sur laquelle on avait gravé des malédictions contre le roi Menés, qui avait introduit le luxe et les voluptés en Egypte.
» De bonne foi, peut-on fonder le souverain bien sur des plaisirs qui scausent tant d'ennuis lorsqu'ils sont bornés, et tant de maux et de désordres si on les multiplie?
» Avouez donc^ mon cher Damon, une er-' reur qui vous plait, mais que vous ne pouvez soutenir; et convenez qu^Aristippe , dont vous suivez imprudemment les leçons , ne mérite pas le nom de sage quand il place le bonheur sur les ailes de ces volages plajsirs.
M Votre premier maître, Épicure, n'ignorait
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aucune de ces Térités ; il savait que le désir satisfait se change en dégoût , et le désir réprime , en douleur; aussi son vrai système était rigou-* reux dans la pratique , quoiqu'il parut relâché dans sa théorie^
>x II voulait qu'on travaillât sans cesse à diminuer ses désirs et ses besoins , â vivre de peu ^ à se contenter de tout^ â se mettre ainsi à l'abri de Tennui, du dégoût , du repentir. Il plaçait bien le bonheur dans la volupté ; mais ce qu'il appelai t volupté était l'état d'indifférence où l'homme se trouve, lorsqu'il est^ à la fois, sans plaisir et sans douleur.
n Ainsi il conduisait son sage par une route plus fleurie 9 et par des préceptes plus rians et plus doux y à la même impassibilité que vous reprochez aux stoïciens. Elle était même plus complète, puisqu'il prolongeait notre indifférence dans l'avenir en nous ôtant toute crainte des dieux.
M Vous serez forcé de convenir que j'ai fidèlement développé sa doctrine : qu'en dites-vous ^ Damon? Nous vanterez - vous encore ce bien suprême, cet état d'inertie des sens, de sommeil de l'âme, et nous ferez -vous croire que cette félicité insensible et passive est le vrai bonheur?
» Je suppose même qu'on adoptât cette
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étrange définition du souveraiti bien : voici la conséquence que nous serions contraints d'en tirer; c'est que l'homme^ pour être heureux^ doit cesser de vivre.
>i Car, si le bonheur consiste uniquement dans la privation des souffrances, notre vie étant un mélange continuel de plaisir et de douleur , le vrai bonheur est incompatible avec l'existence , et le philosophe indien avait alors raison de dire : ce 11 vaut mieux être en repos qu'en mou- » vement ; il vaut mieux être assis que debout, » être couché qu'assis, et dormir que veiller ;^ » enfin la mort, plus douce que le sommeil, est }) préférable à tout. »
» Voy^z à quelle funeste conclusion nous mène votre déplorable système ! »
« Je l'avoue , répondit Damon , vous nous avez vaincus tous deux; mais n'est-ce pas une triste victoire , puisqu'elle détruit nos illusions sans les remplacer? Vous ne trouvez le bonheur ni dans la sublime vertu de Zenon, ni dans la séduisante volupté d'Âristippe , ni dans la tranquille inaction et la paisible privation de douleur d'Épicure : nous devons donc renoncer à être heureux; et le souverain bien, digne objet des vœux de la sagesse et des études de la philosophie , ne se trouve nulle part , et n'est qu'une chimère? «
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(( Rassurez-vous j reprit Cléon ; mon intention n'est pas de vous faire renoncer au bonheur; je veux , au contraire , vous y conduire ; et savezvous quels sont mes deux guides? Je vais vous surprendre^ ce sera le plaisir et la vertu réunis. Leur séparation cause toutes nos peines , leur réunion peut seule faire notre félicité. Vos phi- . losophes les regardent comme incompatibles , et moi , je les crois tellement inséparables^ que je ne conçois pas qu'on puisse être heureux par un plaisir sans vertu, ni par une vertu sans plaisir^
D Je vous parle de bonheur et non de souverain bien. Cette dernière expression est trop forte pour l'homme; il est imparfait, etaie peut jouir sur la terre d'une félicité parfaite ; il ne la trouverait que dans le ciel , en s'unissant à la source divine de toute perfection. On ne peut dans cette vie, composée d'esprit et de matière, embrasser qu'une image de ce bonheur parfait ; mais il faut que cette image soit au moins ressemblante. C'est donc en soumettant nos sens à notre àme et le plaisirà la vertu , que nous pouvons imiter cette sublimé' alliance que nous devons espérer, et approcher de la vraie félicité autant que le comporte l'humaine faiblesse..
» La nature a tout disposé pour faciliter cette union désirable ; il est inconcevable que nos pas-
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sions et nos erreurs nous aveuglent assez pour ne pas être frappés d'une vérité si évidente { moi-même je l'ai trop long- temps méconnue.
Un vrai sage m'a ouvert les yeux, et je veux> comme lui, vous initier à ce doux mystère qui doit vous conduire à la vertu sur les pas du plaisir.
» Le principe fondamental sur lequel repose notre doctrine est celui-ci : premièrement, il n'est pas un vrai plaisir pour les sens qui ne fasse sentir à ràmenne douce émotion; l'âme est éga« lement sensible aux douleurs du corps.
. » Secondement, toute vertu, en donnant à l'âme une jouissance qui lui est propre , donne aussi une émotion agréable et du plaisir à nos sens; et la souffrance que l'âme reçoit par le vice , par le crime , par les passions funestes, se communique également à nos sens.
» Troisièmement , le bonheur consiste dans l'état de plaisir de l'âme et du corps , et dans l'absence de la douleur pour tous deux.
» Quatrièmement, la sagesse a pour but de chercher le vrai plaisir, d'éviter ou d'alléger la douleur, et de rendre le bien-être de l'âme et du corps aussi parfait et aussi constant que le permet l'humaine nature.
» Cinquièmement , lorsque le plaisir ne s'accorde pas avec la vertu , la douleur est plus forte
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que la jouissance ; et lorsque la vertu est unie au plaisir y la jouissance remporte sur la douleur.
» Sixièmement 9 la vraie philosophie, que j'appelle la gaie sctence, nous donne les règles à suivre pour distinguer la vérité de Terreur, les vraies voluptés des jouissances trompeuses , les penchans dangereux des penchans utiles.
Elle nous conduit, par la sagesse , au vrai plaisir, c'est-à-dire, au bien-être de Tâme et du corps.
)) Après la discussion qui vient d'avoir lieu entre nous , peu de mots me suffiront pour vous prouver la vérité de ce qui peut vous paraître encore douteux dans cette doctrine. D'abord, je n'ai pas besoin de vous répéter tout ce que les moralistes , et votre Épicure lui-même , vous ont dit de la satiété et de la souffrance que donne au corps le plaisir pris avec excès , ou contraire jaux lois et à l'honneur.
» Vous conviendrez facilement que la satiété des sens donne à l'âme de l'ennui; que, si le corps est malade d'excès, l'âme s'inquiète et se tourmente; et qu'enCn, si la volupté illicite vous fait éprouver la rigueur des lois et de l'opinion , l'âme est triste , confuse et souffi^aate.
» Ainsi, je crois que nous sommes déjà d'accord sur les premiers principes que j'ai exposés , et dont la conséquence vous conduit à re-
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connaitre la nécessité de ne goûter que des plaisirs permis, et d'en Jouir ayec modération et tempérance.
» Venons à ce qui concerne Tâme ; car c*est là que git la difficulté , et c'est le sujet sur lequel mon opinion diffère le plus des vôtres.
» L'àme a des plaisirs qui lui sont propres^ et , comme ceux du corps , ils sont bons ou mauvais ^ utiles ou dangereux y honnêtes ou vicieux.
» Si elle trouve des jouissances dans la justice^ le courage^ la générosité, la clémence, la franchise, la bonté, l'amour légitime et l'amitié, elle en éprouve aussi par l'orgueil, la colère, la vengeance, l'avarice, et par l'amour le plus coupable.
» Je ne ferais que copier les écrits des sages de toutes les sectes, si je m'attachais longuement à vous prouver que les jouissances vertueuses de l'âme sont pures, délicieuses, exemptes de toutes craintes, et n'ont d'autre mélange de douleur que celui du léger effort qu'elle doit faire et répéter, pour résister aux penchans funestes; effort qui se paie de lui-même, par l'estime des autres et de soi , et par l'espoir fondé de devenir digne de s'allier un jour a la source divine du bonheur suprême.
» Il est encore plus évident pour vous que l'àme , loin d'être heureuse en cédant aux pen-
chans coupables dont j'ai fait tout à l'heure Vé^ numération^ est punie de ces dangereux plaidifs, par la honte, par le blâme, par l'inimitié ^ par l'humiliation qu'entraîne la fausseté , et par les tourmens inévitables que donnent le repentir et la crainte des vengeances humaines et célestes%
» Ainsi on est forcé de convenir que l'âme , pour l'intérêt de son bonheur présent et à venir, ne doit se livrer qu'aux plaisirs qu'approuve la vertu, et qu'elle doit éviter ceux qui sont incompatibles avec la sagesse.
» Mais je vais plus loin, et je crois pouvoir vous démontrer que l'âme, qui s'écarte de la vertu, communique aux sens ses douleurs, et prive le corps de tout vrai plaisir.
)) Vous savez déjà que l'âme, affranchie des règles de la tempérance , pousse le corps aux excès ; et vous êtes convenus que les plaisirs désordonnés faisaient éprouver au corps plus de peines que de voluptés, et lui donnaient de longues douleurs pour de courts plaisirs ; mais , en ne considérant même que les erreurs de l'âme qui vous semblent avoir moins de rapports avec les sens, voyez quels funestes effets elles produisent sur eux.
» Regardez ce tyran cruel qui, dans son lit, voit des ombres et leurs vengeurs, des complots et des poignards ; cet autre que l'ivresse a rendu