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rent eux, leurs enfans et leur ville, pour ne pas se soumettre au vainqueur.
Coccéius Nerva , habile j urisconsulte , riche , sain , jouissant d'une bonne réputation à Rome et d'un grand crédit près de l'empereur , mais ivre d'amour pour sa patrie , se tua de désespoir en la voyant malheureuse et opprimée.
L'homme ivre de fanatisme torture et brûle son père au nom d'up dieu de paix.
Tout dans le monde a son ivresse, même la sage philosophie : Minerve se grise comme Vénus ; Hébé verse souvent un peu trop de nectar à tous les dieux.
Cléombrole^ ayant lu le Phédon de Platon, ne se noya-t-il pas pour connaître plus tôt riramortalité?
Mais gardons -nous, surtout, de ceux qui nous enivrent d'un vin frelaté : ils attaquent à la fois notre santé et notre raison. Leur perfide liqueur, douce au palais, amére pour le cœur, flatte notre goût et nous empoisonne. Les flatteurs, près des grands, sont encore plus dangereux ; la fumée de leur encens est le plus enivrant et le plus mortel des poisons.
Alexandre se repentait du meurtre de Clitus; mais il ne connut plus de bornes à ses passions et de remède à son ivresse, lorsque , entouré de flatteurs qui louaient jusqu'à ses crimes, il en-
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t.endit le philosophe Anaxarque lui-même lui dire que Dicé et Tbémis, la droiture et la justice y siégeaient toujours prés de Jupiter ^ voulant lui prouver que tout ce que faisait un roi était juste.
Cambyse, enivré d'un amour coupable, hésitait au moment du crime , et n'osait épouser sa fille Âtossa. Les mages ^ consultés ^ répondirent qu'ils n'avaient pas vu de loi qui permit ce genre d'înceste , mais qu'une loi générale autorisaitles rois à faire tout ce qu'ils voulaient.
Dans ma jeunesse , j'ai vu un monarque européen marié et séparé de sa femme, vivant avec une maîtresse dont il avait un enfant, et formant le projet d'en épouser une autre qui ne voulait consentir qu'à une union légitime : on consulta c{uelques prêtres , et ils furent tout aussi peu courageux et tout aussi flatteurs que les mages de Cambyse.
L'ivresse de la flatterie, comme celle du vin frelaté , tourne tout-à-fait la tête, porte à oublier toute convenance , toute pudeur , et fait faire autant de folies que de bassesses.
C'est alors qu'on voit Néron jouer de la flûte sur le théâtre; Xercès jeter des chaînes dans la mer pour la lier; Antiochus , couronné de roses, boire avec des matelots étrangers dans les tavernes, et jeter des pierres aux passans; d'autres
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princes s'habiller en pénitens ou en femmes , et se donner la discipline dans les rues.
Les flatteurs sont coupables de toutes les erreurs des princes ; car c'est en les enivrant qu'ils les empêchent d'entendre et de voir la vérité, et Racine avait bien raison de dire :
Détestables flatteurs , présent le plus funeste Que puisse faire aux rois la colère céleste !
Nous avons passé en revue beaucoup de différenis genres d'ivresse , nous avons bien indiqué les mauxqui.en résultent ; mais^ pour ne pas faire comme la plupart des médecins qui connaissent, nomment et détaillent toutes nos maladies , sans nous donner les remèdes nécessaires pour en guérir, voyons ce qu'il faut faire pour nous préserver de toute espèce d'enivrement : je ne parle qu'à ceux qui ont la volonté de guérir; car les hommes ne sont pas comme les enfans , et on ne peut leur entonner les médecines qu'ils refusent.
Dans ce nouvel examen, je trouve encore à l'ivresse du vin un grand avantage sur toutes les autres; le remède qu'elle exige est simple et facile, et se trouve partout : il ne s'agit que de mettre de l'eau dans son vin.
L'ivresse des passions est bien autrement difficile à guérir : la modération est l'unique spé-
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cltique qu on doive employer; mais la justice, la raison et la vérité sont les seuls médecins qui puissent l'administrer. La justice reste, dit-on, dans le ciel, la vérité au fond de son puits, et la raison toute seule est bien faible contre les passions y qui la redoutent, comme les hydropliobes ont peur de Teau.
Ne nous décourageons pourtant pas, et n'imitons ni Sénèque ni les stoïciens, qui trouvaient plus facile Affermer la porte aux passions que de les régler; ce qui est à peu près aussi sage que de tuer son cheval fougueux, au lieu de le dresser.
Présentons la raison aux hommes sous des formes aimables; égayons Faustéritéde ses traits; que son langage, quittant la forme sèche du précepte, se présente sous celle du conseil; offrons-la aux passions, non en adversaire , mais en amie; il faut qu'elle les dirige sans les heurter, qu'elle amuse pour instruire, et qu'elle s'appuie de la sagesse du temps passé. Car tel est l'homme: sa vanité repousse la leçon qu'on lui fait directement, et profite de celle qu'on donne à d'autres.
Conseillez à un homme de rendre justice au mérite et aux belles actions de son rival ou de son ennemi , il s'irritera ou se moquera de vous. Rapportez4ui le mot de Cicéron qui disait à
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César : « En relevant les images de Pompée, » tu affermis les tiennes; » ce même homme sentira la force de cette vérité, et en fera son profit.
Je voulais empêcher un homme puissant de se venger de son ennemi en le dénigrant; j'allais parler et probablement redoubler sa colère ; heureusement je vis sur sa table un volume de Montaigne; je Touvris et je lui lus ce passage : i< Voulez-vous faire bien du mal à celui qui » vous hait? ne l'injuriez pas, ne comptez point » ses vices et ses défauts^ mais montrez-lui vos w vertus et prouvez-lui vos talens. »
Je suis persuadé qu'en adoucissant la voL\ de la sagesse, et en s'occupant un peu de la rendre aimable , on parviendrait à la faire accueillir des plus fous.
Tout mortel cherche le bonheur; il faut l'accompagner dans sa marche, l'aider dans sa recherche , le prévenir contre l'emportement qui l'égaré , lui montrer que toute ivresse lui fait perdre son chemin , et que la modération est le seul guide qui puisse le faire arriver à son but.
Par de tels moyens , si on ne guérit pas de toutes les ivresses, on dissipe au moins les plus dangereuses.
Il est peut-être indispensable qu'il nous en reste quelques-unes , dont les aimables illusions