‹ Galerie morale et politique (volume 2)Chapitre 30 sur 46 · I. as · texte numérisé non relu

I. as

côté f que quelques hommes intolérans et atrabilaires parviennent à faire méconnaître^ à faire haïr cette religion fondée sur l'amour et sur la charité y et qui les condamne elle-même plus sévèrement que tous leurs ennemis?

» Il n'y a pas d'oiseau de nuit dont les ailes aient assez d'envei^ure pour pouvoir désormais éteindre le flambeau des sciences, ni le mien.

» Mais, me direz-*-vous, les intérêts froissés, la passion des hommes qui voudraient tout retrouver , le ressentiment de ceux qui ont tout perdu , les injures, les dénonciations mutuelles et les soupçons réciproques, la folie de ceux qui attribuent à une classe l'exagération, au lieu de n'en accuser que des individus, tout cela ne vous inspire-t-il aucune crainte? — Ah! vous venez de toucher l'écueil ; mais il n'est pas caché, et, dès qu'on le voit, on l'évite.

w J'éprouverais un grand effroi si le gouvernement ne protégeait, ne consolait qu'un parti; mais un ministère, marchant avec la nation, et dirigé par la sagesse assise sur le trône , sera solide et inattaquable; il neutralisera par la fusion les intérêts opposés; il guérira les blessures par le baume de l'espérance ; il se recrutera dans tout ce qui peut et veut le bien , roja- Usera les mécontens d'un parti, nationalisera ceux de l'autre, et rira de ceux qui, professant

publiquement une année l'opinion contraire 'à celle qu'ils avaient affichée l'année précédente , et laissant percer leurs dédains pour le peuple en Toulant se montrer populaires ^ ne se font opposans à l'autorité que pour y parvenir.

» Au reste, dit-elle, en voilà assez pour une première visite; je vous donnerai une autre fois un petit recueil de maximes qui pourront vous être utiles. En attendant, voici un conseil que je crois sage. Je vous aime parce que vous m'avez cherchée de bonne foi ; mais, si vous jouissez un jour de ma faveur, ne vous vantez pas trop, vous vous feriez trop d'ennemis; il n'y a pas d^hommes plus jaloux de moi que ceux qui me blessent, qui me repoussent sans cesse, et qui ne peuvent me souffrir. »

Voici le petit recueil de maximes que la raison m'avait promis de me prêter; on en fera usage, si on les trouve raisonnables.

La variété infinie des choses de cet univers est aussi admirable que l'ordre constant qui y règne; on n'y voit même jamais deux feuilles qui se ressemblent parfaitement : aussi une des plus grandes folies humaines est le désir de voir recommencer le passé.

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Dand les grandes crises politiques^ tout gouvernement voit sa marche hérissée d'obstacles; il rencontre tantôt une montagne escarpée, tantôt une rivière profonde et rapide qui l'arrêtent; la passion lui conseille de gravir à pic le rocher, et il tombe; de remonter le fleuve, et il se noie : la raison lui dit de tourner la montagne, de traverser la rivière en descendant le courant, et il arrive.

L'intérêt d'un gouvernement est de tout réunir, l'intérêt d'un parti est de tout diviser; le gouvernement survit à tout, parce qu'il se fortifie sans cesse en ralliant tout à lui; le parti meurt, parce qu'il est de son essence de ne pas vouloir de recrues : le parti vit de vengeance, et le gouvernement de clémence.

Un gouvernement réparateur et conciliateur réunit toute la force nationale et n'a point à craindre d'ennemis au dehors; les conseils passionnés de l'esprit de parti ne tendent, au contraire, qu'à perpétuer la désunion qui fit, en tous temps et en tous pays , l'espoir et le triomphe de l'étranger.

Dans un pays où l'honneur est une espèce de religion , rien n'est si dangereux que de confondre mal à propos les questions compliquées de la politique avec les questions courtes et claires de la momie; on aggrave les querelles politiques

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en en faisant des affaires d'honneur. Le terme de destitution ne fait qu'affliger^ celui d'épura^ iion blesse profondément ; le premier est un mot de gouvernement, le second est un mot de parti; les plaies de fortune se guérissent , celles de l'amour - propre sont mortelles, et l'esprit de parti ne peut jamais plus nuire au gouvernement qu'en attaquant l'honneur des autres partis.

L'esprit de gouvernement gra.ndit tout, fortifie tout, nationalise et royalise tout; il élève graduellement son sommet en élargissant continuellement sa base : l'esprit de parti rapetisse tout; si ou le laissait faire, il ne ferait du chef d'une nation qu'un, chef de parti.

L'esprit de parti est au gouyerQeraent ce que le fanatisme est à la religion; ils détruisent ce qu'ils paraissent vouloir conserver, et mettent le feu au bâtiment pour l'éclairer.

Chacun parait soutenir des opinions, lorsqu'il ne songe le plus souvent qu'à défendre des intérêts : les opinions , mises en avant avec le plus de chaleur, ne sont pour la plupart du temps que les manifestes de la guerre des intérêts; tout gouvernement peut en avoir facilement la preuve : qu'il blesse un moment quelque intérêt du parti qui se dit exclusivement le sien, et il se verra frondé et déchiré par lui, peut-être plus amèrement que par ses ennemis.

L'esprit de parti tend à isoler uu gouvernement, en ne le rendant favorable qu'à Fintërét de quelques-uns; le gouvernement, au contraire, sait, en consultant la raison, qu'il n'est entouré de l'amour universel qu'en donnant une égale espérance à tous, et qu'il ne réunit la majorité des vœux qu'en favorisant la majorité des intérêts.

Le plus petit nombre des hommes est dirigé par des principes; l'intérêt gouverne le reste. Sous le nom d'honneur, les grands veulent la primauté; sous le nom de liberté, les petits veulent l'égalité. On ne peut pas plus exiler du monde ces passions, que bannir les vents du ciel ; mais on s'en plaint à tort, un calme parfait empêcherait de naviguer; l'État a besoin de passions, comme le vaisseau, des vents; le pilote habile oriente bien sa voile, tient sagement le gouvernail , et les vents , même les plus contraires, le font marcher.

l'abus des mots. 543

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