ET DE L AMOUR DE LA KOUYEÂUTÉ
les choses graves, nous avons rapidement ren-versé toutes les anciennes institutions, ordres, hiérarchie de pouvoirs, parlemens, clergé, noblesse, administrations, académies; le sceptre même a fait place au niveau , qui s'est montré plus pesant, et encore plus fragile. La république a remplacé la monarchie, l'empire a succédé jk la république, la royauté a renversé l'empire; la philosophie s'est montrée tour à tour intolérante et persécutée; le divorce a triomphé du mariage, qui s'en est depuis vengé ; les propriétés ont changé de mains comme les pouvoirs; nous avons été tour à tour pillards et pillés, conquérans et conquis. Enfin, après tant d'années d'orages nouveaux, de théories nouvelles , de folies renouvelées des Grecs , des Romains et des Barbares, par une heureuse transaction, nous nous sommes soumis à une Charte qui nous laisse jouir de la partie de nos innovations qu'on avait le plus souhaitée, et qui rend quelque pouvoir à de vieilles habitudes et à d'antiques souvenirs; tenons -nous -y donc, et, pour faire encore quelque chose de . nouveau , contractons l'habitude d'être heureux et sages, sous une royauté sans despotisme, avec une liberté sans licence.
Tandis que nous changions si légèrement notre législation, notre culte, notre morale, no-
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tre politique, et. tout ce qui existe de grave et <l'important dans le monde, nous montrions une constance admirable dans les choses légères, et rien ne changeait dans la plupart de nos goûts , de nos travers et de nos plaisirs.
L'oisiveté de nos vieillards, la frivolité de nos jeunes gens, couraient après les mêmes objets; nos courtisanes faisaient autant de dupes , nos maisons de jeu autant de victimes ; nos promenades attiraieiit autant de foule; nos vins trouvaient autant d'amateurs : bals, concerts, jardins publics offrant leurs ombrages aux riches voluptueux; guinguettes ouvrant leurs tonnelets à la joie franche et grossière ; farces aux boulevards, héros criant à l'Opéra, princesses chantant à la tragédie, chanteurs parlant à l'Opéra-Comique, sifflets à tous les théâtres pour les vivans; admiration pour les anciens, parce qu'ils sont morts; diatribes des gens de lettres, qui se déchirent entr'eux pour amuser les sots à leurs dépens; tel est le tableau que Paris n'a pas un moment cessé de présenter à nos regards.
Au milituti de ce* grand bouleversement des institutions, des lois et des empires, la Folie, sous le même costume , agitant les mêmes gre* lots et tirant de son tambourin les mêmes sons , paraissait être la seule divinité de l'Olympe mo-
ET' DE l'amour DE LA. NODYEAUTE. 4' 7
derne que les nouveaux Titans n'eussent pas détrônée. Mettons une fin à toutes ces saturnales; faisons, tant que nous voudrons, de nouvelles montagnes , mais plus de nouvelles constitutions; en un mot, s'il se peut, rendons notre sagesse plus constante et nos folies plus variées.