‹ Galerie morale et politique (volume 2)Chapitre 5 sur 46 · A VAUT-PROPOS. XJ · texte numérisé non relu

A VAUT-PROPOS. XJ

00 n'y rencontre presque plus de ces personnages qui servaient de modèles aux auteurs du Glorieux et de Vflomme a honnes fortunes.

Les caractères restent^ leur apparence seule est changée. Les lois et surtout les coutumes forcent F intérêt pei^onnel à porter diOerens voiles, à prendre diffërens masques , à changer de ruses , de marche et de hut ; par conséquent le moraliste est un peintre auquel le monde donne toujours des sujets de tableaux variés à Tinfîni.

11 serait presque nécessaire d'en composer une galerie nouvelle pour chaque siècle; sans cela, comment attaquer avec fruit nos erreurs, nos vices, nos ridicules?

Us ne se reconnaîtraient plus dans les peintures anciennes, sous des costumes et des vétemens étrangers.

Quoiqu'on n'aime pas les leçons, on en

Xij ÀVÀNT-PROPOS.

sent le besoin 9 et tellement que les plus brillans écrivains n'obtiennent que des succès éphémères, si quelques grains de morale ne donnent pas un poids néces^ sairé, un lest utile à leurs feuilles légères: on écoute avec un plaisir fugitif ce qui ne s'adresse qu'aux sens ; on ne grave dans sa mémoire que ce qui parle à l'âme.

Horace n'aurait peut-être pas traversé tant de siècles s'il n'avait chanté que le plaisir.

Je dis plus : on ne peut exceller en rien, même en poésie, si l'on n'a bien étudié l'homme et la nature. Quelques étincelles d'imagination font briller le talent ; mais le flambeau du génie ne s'allume jamais qu'aux rayons de la vérité , et dans ses productions les plus légères on peut reconnaître cette flamme qui vient du ciel-

Parmi nos poètes modernes , celui qui

AVANT- PROPOS, xiij

passe pour avoir consacre sa lyre exclusi-^ veinent à l'amour, le tendre Pétrarque , n'avait point séparé le culte des muses de celui de la sagesse ; quel philosophe aurait mieux parlé que lui aux ambi* tieox, lorsqu'il leur dit : « Viser à la » puissance pour vivre en assurance et >i en repos , c'est se porter sur une haute » montagne pour éviter les vents et la » foudre! »

11 exigeait une' morale pure, non-seulement dans les écrits , mais dans le caractère de l'écrivain, w Quelles que soient » les belles paroles, disait-il^ d'un homme » faux et vicieux, je ne les estime pas » plus qu'un poison emmiellé, que le >' fard d'une courtisane , que la richesse >» d'un avare, et que la force d'un fréné- » tique. M

Au milieu du siècle de la féodalité, il osait déclarer (c que nul homme ne peut

Xiv AVAJÏT-PROPOS.

I) nattre gentilhomme, mais qu'il doit le )} devenir par ses talens et par ses bonnes M qualités. Le seul avantage de la no- » blesse 9 ajoutait-il , c'est de ne pas man- » quer d'exemples dans sa maison, et » d'être dans la nécessite de les imiter, }} dans la crainte de ne pas être reconnu » pour légitime héritier. En regardant la » noblesse sous tout autre rapport, je » l'appelle un mal éclatant. »

Le poète Pétrarque s'exprimait avec cette franchise , et les nobles preux de ce temps aimaient Pétrarque.

Il fut aussi le favori de plusieurs princes, de plusieurs souverains, et voici cependant une des vérités qu'il leur disait :

« Si tu es vrai roi, rien ne t'est moins » propre que la sévérité, ni rien plus M propre que la clémence. Plut à Dieu » que la nature eût ôté l'aiguillon aux » rois des hommes , comme à ceux des

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