‹ Galerie morale et politiqueChapitre 13 sur 27 · D'AMIS ÉCLAIRÉS DES ARTS · texte numérisé non relu

D'AMIS ÉCLAIRÉS DES ARTS

On apprécierait mal de telles reunions y si l'on n'en sentait que les agrémens^ sans y voir tous les avantages que les arts peuvent et doivent en retirer. Si la retraite est nécesss^îre;, à la pensée y la société ne lui est pas moins utile ; c'est au milieu d'elle que le peintre ', le statuaire , le poète , l'orateur , trouvent le plus souvent leurs inspirations y leurs modèles y leurs guides et leurs juges.

Apelles disait que le public jugeait mieux que bd ses tableaux. Un fameux artiste anglais prétend avec raison que là où il n'existerait pas d'habiles connaisseurs , les arts se dégraderaient et tomberaient bientôt en décadence. Le génie lui-même doit fréquemment consulter le goût y comme un ancien a dit que la philosophie des^ait sacrifier aux Grâces.

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Philosophes , poètes , §avans , orateurs , guerriers , législateurs y artistes ^hommes du inonde ^ içnpipes aimables 9 réunissez - vous souvent > vous y gagnerez tous j vous jouirez des émotions douces et variées que vous feront éprouver les beaux-arts , et ces beaux-arts vous devront à leur tour de rapides progrès vers la perfection.

Ce n'est qu'au milieu de l'élite de la société qu'ils désirent , qu'ils cherchent , qu'ils trouvent des encouirageinens utiles , des palmes hcmorables ; ils sont à la fois le^, signes les plus éclatans d'une civilisation parfaite , et Iqs élémens les pli^s nécessaires ^u charme de la société.

L'histoire des arts semt elle-mêni^e ur^e vérîtablf histoire de la çîy^isatiojri ; elle ppurrait en marquer avec j\istesse le$ progrès çl les phases. La vie des hommes epcore sauvages n'est qu'une lutte, une guerre perpétuelle contre les besoins . conti'ç les anii^iaux , contre les élémens ; long - temps ils ne songent , ils ne travaillent péniblement qu'à exister, et non à jouir de l'existencç ; c'est , pour ainiji dire , après avoir vaincu 1^ nature ^ conquis Iç repos y que l'homme , regardant paisiblen^^nt autour de lui, admirç le magnifique spectaclç

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ofibrt à ses regards par cette rkbe mitur^t»

Plus tard ^ tournant ses rëflexious sur liûni^^me, il apprend à conoaitre son àyie j sq^ intelligfiince ^ autre «ature pkis ^dmir^i^ eor core^ et cette imagination qui va par sa m^ie imiter, enrichir, varier ^ modifier, en^Mliir cette terre et ce njtonde déjà si riche ^t h (%^ vorisé des doip du ciel.

Mais , avant d'imiter, il faut désirer , chercher, étudier le modçle; avant d'embellir, il faut conaaltre la beauté ^ en sentir le pQU¥0ir, et s'en faire une juste idée.

Dès que les anciens ccumweat hien If senh liment dq la beauté > il& en firent uqe r€;ligioni; Timmobile ;|rchitect]arf? mifW^ #ffec)ta kç^f^uu^ divinité l'ordre qui convenu k $oa c^racKève : \e dorique m^jestnevu; fi»f consacré à ,Jppitpr, lelégant cprifithi^ k If (mère des (iy4-ç^- C'est ce culte et çf^% e^jl^ousiasme fQ^r les beauté djQ j^ pâture, et enwite pour ln^ beautés idé^ljQSi^ c'est œ premier sentim^ntil^. l'homn^ ciyi^i^é qui fi:^ naître le& arts.

Ainsi , <l'abord l'azur du firmament , Top éclatant du î>pleil, la marche brillante des ajstrès , les doux charmes de la verdure , l'aspect menaçai^t des montagnes , le cristaLlimpide

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de» roisseaux , la corbeiUe diaprée de Flore , le& formes variées à Finfinî des êtres vivans y depuis ^éléphant colossal et le libn terrible jusqu'au léger et brillant papiHon,' frappent lluMnnïe d'étonnement et d'admiration; son esprit endianté éprouve un désir pressant de retracer les riches décorations et les acteurs innombrables de la scène magnifique qui frappe ses yeux.

Bientôt lès demi- dieux qu'il porte en lui- Hié^ne^ l'intelligence , la mémoire , Tîmagination , l'âme enfin , l'avertissent qu'il est le roi de cette nature, objet de son admiratïôn; tout lui dit qu'il est lui-même le premier, le plus tiobl^ modèle à connaître ^ à imiter dans ce monde de prodiges.' ^ ^'

' Un rayon rapide de lumière achève de l'éclairer et dé l'animer; l'attrait le plus doux, le plus invincible, lui montre dans la compagne de ses plaisirs , de ses travaux ,'le vrai modèle de la beauté ; il veut retracer, multiplier le charme de ce regard qui l'enflamme ^ la grâce de ce sourire qui le séduit ; ainsi , comme le dit notre Vii*giîe'français :

L'homme, en naissant, voyait les globes radieuxj;^ Sa compagne naquit; elle éclipsa les cieiix. ^

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Et s'adressant ensuite à la nature :

Toi-même t'applaudis en la voyant ëdore ; Dans le reste on f admire , et dans elle on t'adore.

Cest alors que l'homme ^ guidé par l'amour^ prend sou pinceau et saisît sa lyre ; rival de la nature , il veut imiter , peindre y chanter , faire revivre de mille façons diverses la beauté qui le ravit ; prenant ensuite un plus noble essor , il s'efforce de rendre sensibles de plus divines beautés qui échappent presque aux regards y OU du moins qui ne se dévoilent que par Taction , que par là vie intellectuelle qu'elles donnent aux beautés coi^orelles.

Ce sont les beautés de l'âme : l'imaginatioiï s'en empare; eDe retranche à tous les êtres qu'elle contemple ce qu'ils ont de défectueux, et, triomphant alors de la nature ellemême , elle donné la vie à ce beau idéal qui est le vrai but et le modèle constant de la perfection des arts.

Le beau idéal est le noble terme des travaux de l'artiste j comme ta vérité est celui des recherchés dû philosophe : tous les hoinmes de génie jaie cessent de le répéter à leurs élèves. Le poète favori des Muses françaises , le

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chantre haripQiû^ux^e l'ioi^iqfitfan » 4ii ^fissi à tous les amans des arts :

Soit dope que vous teniez la jdurae ou le pinceau , La lyre harmonieuse ou l'habile ciseau , Soit que du cœur humain vous traciez la peinture , S^t.que âan» $es tr^y»ia tou» peigniei la nature , G'e^t ïç choiiL 4.U ^^i beau qu'i) &at étudia.

Mais ce u est pas a$se? de prendre \^ ^eauté poiar noiodèlç ^ U pâture ^e^ a pas foi^n^ s^jas d^i^i^t ^ U imtp coiwme Apellesi admirer mile beautés diverses pour m fermer une Vénf4$.

C'est ^ selpp CîcérQa ^ ^près avpir qontcd^Je' tout pe qui existe de beau , d^ nol)|e , d'téroïquei pariai ^^s cF^^tures aiQrtelles,quelVtist^^ çlevé Qûcojrç par l'imiijpoatiQn ^u-dl^es6us 4e tftujQs c^ bea]git4$jî ^ pu ^nef Ift ^ j^ Ja div^pilté n,u ]7^Arl:ii*p ^t créer vu ApQ^pn,

Juge?; 4ç l>i#QW§iasui^ <jui iu^pirait Farti^te par r^pjthauçâasirïie .qi|'e:^ite ççn chefd'œuYiriç^ po-cwjtjçj5 WiuckelmitnR, « S^ taijlc; » est au-dessus de celle de l'hofume .9 et spA » i^ttitivje r^^p^re U wajesjté ; uu e't^rael prin- V. )tqnp$ , tel que ç€;lui qui rè^^ dans 1^ » cfcan^p^ foi:^)^xé^ de l'Élys^éiç, revêt 4!»w^ «ij- » p^a^^^ jçujpesse ^on bea^u corps y et briHe » avec, do.uçpujr^ su» la fîèrç strupt^uçc de ses

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» |i^efnl)]re^. Pour sçptjr tout ]e u^ériti^ 4^ cç » cbefr4'c3euv|^e de l'art > t|i<^e? 4e pç^tjççf » dans repipirç 4^s beautés iucofpor^eys ^ .^ >) dev^e:^ ^ s'il se peut y crçate^f 4'^^ Hatpire }) ceinte , cay il n'y a rien ici qui soit ix^ort^ J » A son aspç^ j'pnjfcfe tçjjt rwiv^ÇRi i^ » prejE^4§ mpi-mppie i^ne atjtitu4ç noble pow }} Iç cofif^niplçr ^vçp dignité | 4p l'adiflûra-r M tion je p^^e à V<^xtase î Je ç^qs pi^ poitrine » qui se dilate et s'çleY^ ^^WS^PÇ J'çprouyent M ceux qui ^oj^\. remplis df l'^^fi? 4fiP I^o- M pbétiçs ; jp si^ trs^pi^orté à Pçlq$ 43t dans » les bpis sacrée de \^ Ly cie , lie^l^ qii'^^poWpïJ » honorait dç sa présence ; par Iji %urç q^ » j'ai sous les y^ux , paratt recevoir 1^ v^çmr M vement , cpr^^ixie le reçujt j^i^ la bea^tg » qu'çflfen^ le ciseau 4^ PjgwaAwn, w

A quel d^ré dç puiss^cp le génie élèy# llion^me , et k quçl point jil pevit ç'^pprocbi^ir 4e W ft^tïfffi céleste ^ qii^pd il p^]ryient ainsi k h r^ppéf çnter; m^^i^ ce n'eçt q^e d^nç 4es temps de l^pii^e flp'pp yoit de par<çils prp4iges.

Paja3 Ig? tepa^ips 4'^oranjce et de barbarie > 1^ art^ n'e^fent^^t qi;ie des productions mesquines et biz^rjicçs ; Uk^ pei^e en déc^^nce , éf^r4 j^if l'erreur pu par l'fStpçit de supeysti-^ tion y brûle les bibliothèques y hm^ h& in^ages ,

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et proscrit les arts ; à d'autres époques le goût corrompu choisit des modèles qui lui ressemblent ; le talent ne s'élève qu'avec l'âme.

Peintres , sculpteurs, musiciens, poètes, dédaignez d'amuser exclusivement les sens , ou satisfaites par eux un plus noble besoin , celui dépenser; que les arts, par leur direction noble et morale , présentent à la société tous les avantages qu'elle a droit d'en attendre : c'est à eux qu'il appartient de donner un grand essor au sentiment et à la pensée.

Les anciens législateurs voulaient que tout concourut à ce noble but ; les travaux , les plaisirs , le chant, la danse, les jeux , les créations de l'esprit, les actions du corps , tous les arts enfin, même les arts mécaniques, se liaient à la grandeur nationale et à l'utilité publique; les statuaires composaient leurs dieux ; les ar* ehitectes construisaient leurs temples , de manière à établir une analogie parfaite entre la poésie, la religion et la législation des peuples.

Elevez donc, agrandissez nos âmes par l'amour du grand et du beau , et , tandis que l'imagination et le sentiment animent vos pinceaux, vos lyres , Votre ciseau , que la philosophie vous indique le but de vos travaux, en règle la marche , et rende votre gloire aussi

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utile que durable. Puisse enfin notre musée , élevé , orné , immortalisé par vous , devenir comme ce capitole qui , dit Tite-Live , était vn monument digne du souverain des dieux y du peuple-roi et de la majesté de Rome.

. Cette belle Italie , toujours vaincue , toujours envahie depuis quinze siècles , vit encore au moins par les arts ; elle jouit toujours de la gloire d'avoir ranimé les lettres , produit les plus grands artistes , et d'avoir eu tous les peuples pour disciples ^ comme tous les peuples l'avaient eue autrefois pour souveraine.

Quels que soient les objets de votre imitation 9 les modèles que vous cherchez à peindre , les passions que vous voulez exprimer , qu'on y voie toujours la justesse de votre esprit^ Tordre de votre raison , la dignité de votre àme. Platon comparait justement une mélodie , où entreraient pêle-mêle toutes sortes de modes et de rhythmes^ à une vie passée dans le désordre. y

Dans les figures antiques y nous dit un habile connaisseur y la joie n'éclate jamais ; elles fCannoncent que le contentement et la sérénité de Vâme ; sur le visage cPune bacchante mime on ne voit briller y pour ainsi dire y que Vaurore de la volupté.

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Un ilôblé talent ennôbfct k douleur ; wie gratide drne , dît Lessîng , se montre sur le visage du Laocodri , dctns tous ses rhuscks , dans soh attitude entière; il souffre^ tnàis il soUfpre comme le Philoctète de Sophocle; F artiste a dû Sèntif en tta-tnâftè cette fôtce d esprit dont soA mdfb te porte V empreinte.

La Grèce vît plus d'une fois Ife {]tfiilosôt>hè et Tat^ltsté i^éknîs dàris une settïe personne ; elle eut ptuS <f ùh MélVôdèrè. Là ptiltoSôphle tétidaii là main àiiôè arts , ce â6n< ïeé terîneé j un Allemand judicieux , éi dohiiàit ùiM ôbYpé dé sd dtéàtiàfi dei dràéSplùs qitè ëàmtnvtnes.

Choisissez dotic tôùjourfe dé nobles et de bekUîjt riiôdèlés , et, si Votfé sujet vtttis fbifce , malgré VôUs , a reiiréséiiteV , fiât* cbiAÎ^ie , qiielcjue vice otï qtrelqué tîiàniitë , redoublez d'éfibrts pôU'i^ t^é Pliortëur dé ttrfiàg'è' Ae cfégradé point Vàfti'é tâlerit Aï. de Ùiylus réiWàïque (fùë Miltôli sdtd a SU ^éiti(fré té diatïé sans avoir recours à sa laideur physiqfùé.

VëWfife* Vàftét dé Èoiïéàii :

Il n'eft point de 9erpen^m de idonstre odieux Qui , par Tart imité, ne puisse plaire aux yeux.

Pour y^pài^eniie, ioyei. teWîMè , j'y cttiiséhs ; mais cpie la terreur que vOttS ih'îùsjiirei; èbîl

\ettipété^ pàf quelque gtatidé îdéë nloi'àle. Tout ïe i*éfefe né petrt t^ous occuper qu'accîdeAtettetiimt; le beau idéal y voîTà quel doit être vott€ but eoustafUf : ce qui constitue fei bettuté^ e'est \â té^xà^hé , Fortfee et la ptbportmo. Ltf ^ce"^ qtd plaft sf pfottfi|>teitt^ent et 91 doUdtet»éll«y 軫 Bieu plUs diffiôiié à définir ûi kïtAlet. éTésf ûti rfiôùvetiiéirt qui la trahît ^ uû sourire qUf la dfet ihgtté ^ un regâtd qui Itf fdil silhier.

' Anisléfr^ pôut* sâfeir cette împfefôiôu si tëgère>, di ft^tîvé, pow h retrader à votre imagination y quittez vos ateliersr y parcourez le monde y et surtout appelez souvent autour de vous les amis et les protecteurs des arts; alors , le poète et le peintre , nobles émules , dignes rivaux y réalisant ce mot de Simonide y que la peinture est une poésie muette , et la poésie une peinture parlante , réuniront leurs efforts et leurs talens pour reproduire à nos yeux et à nos oreilles l'impression des grâces et des beautés qui nous auront charmés.

Zeuxis autrefois peignit une Hélène y et eut le noble courage d'écrire au bas les fameux vers d'Homère qui expriment le ravissement des vieillards troyens k la vue de cette beauté fatale ; lutte d'autant plus admirable

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entre la peinture et la poésie qu'elle fut ^ale> et que la victoire y dit-K>n y resta indécise*

C'est donc dans ces réunions de tous les arts > de tous les talens^ en présence du goût y de la grâce et des juges les plus éclairés y que nous devons placer tous notre confiance pour le progrès et pour le perfectionnem^it des arts* Ces arts y protégés par le trône , garantis par la liberté , encouragés par les amis des Muses , feront à la fois notre charme, et notre gloire. Nous avons du à des héros le sceptre de la guerre , et nous devrons à nos artistes le sceptre de la paix.

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