‹ Galerie morale et politiqueChapitre 17 sur 27 · LA DISPUTE · texte numérisé non relu

LA DISPUTE

L'autre veut que tous les révoluticmnaires , c'est-a-dire , tous (»ux qui ne pensent pas comme lui , soient ei^clus des places, et qu'elles n'appartiennent qu'à la noblesse de naissance et d'opinions; à défaut de château, il faut, selon lui , se créneler dans les municipalités.

Le troisième exclut au contraire de tout emploi ceux qui ont, à quelque époque que ce soit, combattu la liberté; il veut que la Charte soit purement démocratique, et que l'État, sous le nom de monarchie, ne se présente enfin à nos regards que comme une république pyramidale , dont le trône serait la pointe mince et fragile.

Chacun d'eux, s'évertuant à soutenir sa thèse et s'échauffant dans son harnais , gesticulait , criait , se consumait en vains eflforts pour couvrir la voix, pour pulvériser les argumeus de son adversaire , et , triomphant déjà en idée , croyait, à force de mouvemens et de pomnons, dominer l'opinion publique.

« Grâce à nos soins , elle s'avance à grands » pas, disaient-ils tous à la fois; sans nous, » jamais la Charte n'eût été mise en activité, » et , si eUe marche , oni ne le doit qu'à nos )) pénibles travaux. »

Ils faisaient, en disputant, un tel bruii,

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qu'un grand nombre d'oisifs et de curieux se groupaient autour de nous, comme on les voit accourir en foule autour de ces charlatans qui vendent des remèdes pour toutes les maladies , promettent des miracles et ne font que des dupes. J'aime assez à satisfaire ma curiosité , mais non pas à devenir l'objet de celle d'autrui ; et je voyais avec peine que j'allais me trouver au milieu de cette multitude maligne qui entourait nos turbulens disputeurs.

Tout«à-^oup mon embarras cesse : un grand bruit se fait entendre , la foide s'écarte , et je vois accourir les célèbres draisiermes (i), invention déjà fameuse avant de savoir si elle serait utile, mats £9rt pronee parce qu'elle était nouvelle.

Le désir de voir ces bizarres voitures , destinées à suppiimer le luxe des chevaux et à faire baisser le prix de l'avoiae et du foin, avait amené une foule de curieux.

Je regacde donc avec avidité ce char élégant :

(i) Ces vaUuras pélacipèdes, pendant quelques jours, coururent Paris et le firent courir. Après deux ans d'oubli , elles reparaissent, dit-on, dans un département. L'inventeur, les ayant perfectionnëeis , prétend avoir parcouru avec files un espace de quarante lieues en vingt- quatre heures.

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à ma grande surprise , je vois un honune à cheval sur une selle que portent deux roues, et qui ne les fait mouvoir et rouler qu'en s'agitant sans cesse et en frappant continuellement la terre avec ses pieds , tandis que sa main^ par d'autres efforts répétés , cherchait à diriger, au moyen d'un léger timon , sa frêle machine.

A la vue de ce grotesque appareil et de cette course bui^lesque , un rire universel éclate , confond l'orgueil de l'inventeur et déconcerte l'adroit et laborieux cocher.

Au milieu de ce tumulte, un Gascon, qui se trouvait près de nous, s'écrie : « Cap de bious, » Messieurs, c'est une raillerie que dé prendre » notre argent pour une telle baliverne ; sandis » ce n^est pas pour aller à pié que je veux une » voiture ! Ce conducteur harassé , qui se sert » dé ses jambes pour faire aller ses roues, res- » semble, ma foi, à ces docteurs que j'écoutais » à l'instant, et qui suaient sang et eau pour » pousser à leur fantaisie la roue du gouver- » nément. Sans leurs belles inventions, nous » marcherions beaucoup mieux. Croyez-moi, » en fait dé lois, comme en fait dé voi- » tures, inventons moins et fuyons les vélocin pèdes. »

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