SUR LA MANIÈRE
cians l'univers par l'invention de la poudre et de l'imprimerie ; qui pourrait , dis-je , soutenir que des sujets si riches, si grands, si variés, n'oflfirent aux talens qu'une matière aride et qu'un champ trop étroit ?
Nous pouvons peindre tout ce que l'antiquité a peint ; nous avons de plus des sujets qui manquaient à ses crayoïiS, des institutions plus variées , des guerres plus savantes et plus étendues, une {^ilosophie plus éclairée : il faut donc l'avouer , si , dans cette lutte de talens, les auteurs anciens ne sont encore ni vaincus , ni même égalés, ce qui nous a manqué jusqu'à présent , ce sont les historiens , ce n'est pas l'histoire.
On trouverait , je crois , l'explication de ce phénomène dans un vieux préjugé littéraire , établi en principe chez tous les peuples modernes.
Mably l'a fortement signalé , dans un excellent ouvrage , comme l'unique cause de la sécheresse et de la froideur de l'histoire moderne. Duclos , en faisant sentir ses funestes effets , a déclaré qu'on essaierait en vain de détruire une erreur si généralement respectée.
Ce préjugé , auquel nos meilleurs écrivains se sont tous plus ou moins soumis , veut que
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pa Muse de l'histoire soit toujours grave et dé- |K)TiîUée de parure. Il défend toute richesse , comme un luxe coupable ; tout ornement , comme un fard immodeste ; tout mouvement oratoire , comme un excès répréhensible.
Et telle est Finfluence de ce faux principe universellement reçu , cpie^ s'il paraissait à l'instant un Tite-Live , un Tacite , un Salluste français , on refuserait le titre d'histoire à son ouvrage. On lui reprocherait de manquer de gravité; ses descriptions seraient trouvées trop poétiques ; ses portraits , trop chaînés ; ses harangues , trop invraisemblables; on l'accuserait d'avoir profané la dignité de l'histoire par les mouvemens du drame , et sa vérité par les fictions du îoman. On exigerait de lui l'exactitude des dates y la statistique des lieux , le calcul exact des forces , le tableau détaillé des finances. S'il cédait à cette injuste censure , il deviendrait, comme la foule des auteurs, froid et monotone , et entendrait encore répéter ces éternels reproches contre les modernes , cpi'on enchaîne en les accusant de manquer de mouvement , et ces constans éloges des beautés de l'histoire ancienne , qu'on nous défend impérieusement de reproduire.
Autrefois , pour s'instruire complètement ,