SUR LA MANIÈRE
rhonime d'État avait recours aux archives, aux commentaires, aux annales, aux actes publics.
Mais ITiistoire était exclusivement destinée à consacrer les événemens les plus mémorables^ et à célébrer les hommes les plus illustres ; ainsi son objet était d'élever l'âme , et non de charger la mémoire de faits.
Une bonne histoire était un morceau d'éloquence , paré de toutes les richesses de l'art oratoire; un tableau qu'animaient les plus vives couleurs ; un drame plein d'action , fait pour inspirer les plus nobles sentimens ; un monument étemel où la vertu désirait , où le crime redoutait de se voir inscrit.
C'est ainsi qu'on envisageait le but de l'histoire , et qu'on l'écrivait ; c'est ainsi que nous devons l'écrire désormais.
Délivrons-nous de ces tristes entraves ; rendons la vie à l'histoire ; ne montrons presque jamais l'auteur ; faisons agir , faisons parler , mettons en scène les personnages.
Au lieu de vouloir tout dire comme les compilateurs , choisissons les honunes, les événemens , les lieux , les temps les plus dramatiques; pour les peindre et les mettre en action, empruntons tous les genres; aucun ne doit
d'écrire l'histoire. 269
nous" être étranger : imitons ces illustres prosateurs qui se^montraient à la fois peintres et poètes ; et que notre style flexible , adapté aux divers sujets que nous traiterons , soit , comme celui des anciens^ simple dans le récit, dramatique dans l'action, poétique dans les descriptions , éloquent dans les harangues , philosophique et concis dans les réflexions.
Il est temps d'abjurer un préjugé funeste ; il prive notre siècle d'une palme que nous pourrons disputer à l'antiquité dès que nous laisserons au génie la liberté qu'il réclame. Encourageons surtout la noble hardiesse de ceux qui commencent à combattre cette fausse doctrine, et nous aurons alors , d'un côté , de savans et d'estimables annalistes , qui composeront leurs utiles recueils pour notre instruction , et des historiens éloquens , qui élèveront des monumens pour notre gloire.