ET DE LA TOUR DE BABEL
dier cette arche à fond par mes entants, pour leur former le cœur et l'esprit. Le cadet remarquait l'autre jour que ce bâtiment ressemblait à une infinité d"autres, et qu'on y trouvait beaucoup de bêtes et bien peu d'hommes.
J'aurais bien voulu aussi que ces mêmes auteurs, si laborieux et si judicieux, eussent éclairci une question dont la solution serait très-importante pour nous.
Xoé, après le déluge, se trouvant le roi du genre humain, prit nécessairement un de ses fils pour secrétaire ; mais lequel des trois! voilà ce qu'il nous serait bien essentiel desavoir; car si, par exemple, c'eût été Japhet, qui a peuplé, comme on le sait, toute l'Europe, ce Japhet, ayant eu le titre de secrétaire du roi, aurait été noble de droit ; il aurait transmis la noblesse à ses descendants; nous serions aujourd'hui tous nobles en Europe, et ce fait, bien constaté, terminerait tout à coup la longue et sanglante querelle qui nous divise mal à propos en patriciens et en plébéiens. Ainsi, la principale cause de nos discordes disparaîtrait, et ceux que la raison de la Charte n'a pas encore pu réconcilier, se reconnaîtraient égaux en vertu de ce litre bien plus ancien, et s'embrasseraient cordialement.
11 est vrai que les trois autres parties du monde pourraient réclamer contre cette prétention européenne ; mais ce serait bien à tort, puisque récemment un écrivain célèbre a osé avancer que « la nation anglaise tout entière est, par ses vertus et ses lumières, l'arislocratie du reste du monde. »
Dès qu'il serait bien reconnu que tous les Européens sont nobles et forment la véritable aristocratie du globe terrestre, il nous faudrait une marque éclatanle de distinction ; et, pour qu'elle fût convenable à l'ancienneté de notre noblesse, tous les Européens devraient être décorés de Va pourpre; mais malheureusement, par la négligc.ice de nos historiens et de nos naturalistes, celle antique pourpre de Tyr, si honorée par les rois d'Asie et par les patriciens de Rome, est perdue. Nous ne connaissons plus le poisson ou la coquille qui la fournissait,