ET DE LA TOUR DE BABEL
très-contraire à coilc do tant d'hommes, qui, depuis, n'ont fait consister leur gloire et leur puissance qu'à tuer une foule de leurs semblables pour faire vivre leur propre nom, et à les mutiler pour garder leurs femmes.
Tous les habitants de la terre vivaient (^gaux dans l'innocence de la vie pastorale. A mesure qu'ils se m.ultiplièrent, la terre se fertilisa; le travail s'accrut par l'industrie ; l'industrie amena la richesse et son ombre inséparable, la pauvreté ; l'orgueil naquit; l'émail des fleurs, la fraîcheur des bois, la paix des champs, ne satisfirent plus les vœux des hommes; le fer, arraché des mines, et qui ne tarda pas à être employé à répandre le sang, servit d'abord à façonner la pierre, à bâtir des maisons, à construire une cité. Les familles réunies formèrent un peuple ; et dès ce moment, la loi naturelle ne suffisant plus, on sentit le besoin de lois positives. Les pères de famille composèrent un sénat; le plus ancien en fut déclaré chef; et, fiers de leurs arts grossiers et de leurs premiers pas dans la civilisation, les insensés crurent qu'ils pouvaient s'approcher du ciel. En conséquence, tous se mirent à l'ouvrage pour construire une tour prodigieuse, que leur ignorant délire leur faisait considérer comm.e un point de communication avec la Divinité.
Ainsi l'industrie humaine naissante croyait déjà pouvoir rivaliser avec l'habileté sans bornes du grand architecte de l'univers.
Us travaillaient tous avec cet accord si commun entre les hommes qui s'élèvent, et si rare entre ceux qui tombent, lorsque tout à coup une question imprévue, faite au milieu d'un festin parl'nn des plus habiles ouvriers, alluma, parmi ce peuple de travailleurs, le flambeau de la discorde.
« Je ne doute point, dit-il, que nos efforts réunis ne nous fassent atteindre notre but : mais, quand cette tour, qui dominera le monde, sf'ra achevée, à quel usage la consacreronsnous? doit-e'le être la demeure d'un seul homme? quelquesuns doivent-ils en occuper les différents étages, ou sera-ce un