DES SEPT POLITIQUES
l'étendard de la croix, que Charlemagne l'a enrichie; les nobles sont sortis d'anciens preux ; les savants ne peuvent travailler et les paysans labourer tranquillement qu'à l'ombre de nos glaives. Gagnez, corbleu ! de bonnes batailles ; prenez de grandes villes, de bons ports ; brûlez des flottes ennemies ; payez, honorez, dotez bien les guerriers, le roi sera puissant, l'État respecté ; le clergé chantera de beaux Te Deum dans de belles églises, le commerçant fera de gros profits, et les poètes auront de bonnes pensions. La victoire, voilà le meilleur ministre des finances ; le droit canon est le seul droit des gens ; le sabre taille à merveille les plumes des négociateurs ; la force, morbleu! la force tranche tous les nœuds gordiens. Un roi toujours absolu, une bonne armée toujours en campagne, voilà ce qui fait la gloire et le bonheur d'un pays. »
« Le capitaine fait son métier, dit en souriant amèrement un homme pâle et sec, il est tranchant comme son épée ; mais il doit savoir qu'on ne gagne pas toujours au jeu , et qu'à force de battre on finit par être battu. On n'a que trop joué la patrie à quitte ou double : nos ennemis sont au dedans et non au dehors; notre révolution a été une maladie putride; elle veut des remèdes violents : il faut couper tout ce qui est gangrené. Les lois de Dracon, voilà notre salut ; il nous faut des ministres, ardents et purs comme le feu, qui arrêtent, bannissent, ou au moins chassent des emplois toute cette race d'hommes démoralisés qui ont eu des idées séditieuses, philosophiques, révolutionnaires, libérales. Ne plaçons que les hommes brûlants de zèle, et qui n'ont rien fait. S'ils ignorent les lois, ils les apprendront; s'ils ne connaissent pas les affaires , ils s'y formeront. La génération révolutionnaire criera, souffrira ; qu'importe ? on la comprimera : ce n'est point avec des liens de paille qu'on met en faisceau des barres sortant de la forge, c'est avec un bon lien de fer, et voilà ce qu'il nous faut. »
«Le réquisitoire du préopinant, dit un autre convive, dont les gestes et l'intonation montraient quelque habitude