LE BANQUET DES SEPT POLITIQUES
de la tribune, est vraie dans un sens. Il nous faut une force toujours agissante, et qui épure sans cesse ; mais entre quelles mains doit être celte force? voilà le point essentiel à décider. Il faut qu'un petit nombre d'hommes zélés épure et administre chaque province, et que leurs délégués, l'œil toujours ouvert, comme Argus, épurent sans cesse les ministres, réforment leurs ordonnances, les forcent à marcher droit, vite et ferme, et nous délivrent totalement des fanatiques de la modération. »
« Eh ! de grâce, messieurs, s'écria d'un ton grave un homme qui jusque-là s'était renfermé dans un modeste silence, de grâce, cessez de jeter ainsi de l'huile sur le feu. Vous voulez être nos médecins, et vous avez tous le transport au cerveau ! Nous sommes sept ici, nous ne pouvons nous accorder, et vous voulez que toute la France se range à vos avis opposés! Si on vous laissait vous débattre, vous ne vous entendriez jamais, et vous ne bâtiriez qu'une seconde tour de Babel. Vous êtes bien heureux d'avoir un roi sage et éclairé ! laissez-le concilier tous vos systèmes et guérir toutes vos folies : nous avons besoin de repos et non de convulsions. Vous avez une Charte qui est un vrai traité entre toutes vos passions; respectez-la, et cessez de troubler les ministres sensés qui l'exécutent.
« 11 faut punir les fautes à venir, oublier les erreurs passées, adoucir les sacrifices, consoler des pertes, rétablir la confiance, offrir à tous espoir et protection. C'est par la violence qu'on fait les révolutions ; on ne les termine que par la modération. »
A ce mol de motlération, les six sages, prenant feu comme un hydrophobe à la vue d'un verre d'eau, firent un tel vacarme, que je ne pus plus distinguer aucune parole. Le convive dont la douceur avait excité cette tempête, sortit du festin; je le reconnus et l'appelai : nous avions autrefois servi ensemble ; et comme il me trouvait attristé de tout ce que je venais d'entendre : « Rassurez-vous, me dit-il, ces hommes
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passionnés ne sont que la représentation du centième de la France. Les quatre-vingt-dix-neuf centièmes de la nation pensent comme vous et moi ; Us veulent la paix, l'oubli, l'union, la fusion. Ils aiment le roi, respectent la Charte et placent leur espoir dans la modération du gouvernement. »
LES ÉLECTIONS ou L'EMBARRAS DU CHOIX.
Nous savons tous qu'un jour, lorsque la dernière assemblée générale des hommes aura lieu, on verra beaucoup d'appelés, mais peu d'élus : il en est de même aujourd'hui à Paris; chaque classe, chaque parti, chaque quartier, chaque coterie et presque chaque maison fait sa liste de députés ; tous les salons, tous les bureaux, tous les boudoirs et tous les comptoirs veulent meubler la chambre de la nation.
Chacun vante ses candidats et dénigre ceux des autres ! jamais on ne vit tant de portraits de mêmes personnes, peintes en beau dans un lieu, en charge dans un autre; l'exagération se montre partout, la ressemblance nulle part. Il faudra cependant finir par s'accorder, et sur un si grand nombre d'appelés par les intérêts opposés, par les passions diverses, par les opinions contraires, nous n'aurons enfin que huit élus par l'opinion publique.
Oh ! le bon temps que celui d'une élection pour un Parisien musard comme moi , qui , grâce aux capiices de la fortune, n'ai rien à faire, et ne suis ni éligibleni même électeur! Nous jouissons de l'intérêt et du plaisir de tout ce mouvement sans en sentir l'embarras ; on n'enflamme ni n'humilie notre amour-propre ; personne ne nous flatte ni ne nous calomnie; nous assistons sans péril aux jeux du cirque. Nous animons, nous calmons, nous applaudissons, nous raillons, nous jugeons à noire gré les lutteurs, les combattants; et si c'est un grand plaisir pour tout homme de donner des conseils , nous