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LES ÉLECTIONS

n'en sommes pas privés ; car les conseils sont un bien qu'on aime plus à distribuer qu'à recevoir, que tout le monde prodigue, et que donnent, même très-libéralement , ceux qui ne possèdent rien.

Hier j'étais assis, dans le jardin des Tuileries, au milieu d'un groupe d'indépendants comme moi ; très-indépendants en effet, puisqu'ils n'ont aucune terre à gérer, aucune demande à faire, aucune charge à exercer, aucun supérieur à visiter, aucun devoir à remplir, et tous grands amateurs du repos, du soleil, de la promenade et des nouvelles.

Chacun d'eux parlait des candidats de son quartier, les passait sévèrement en revue , et faisait une telle énumération des qualités requises pour former un bon député , qu'à peine, je crois, les sept sages de la Grèce auraient pu remplir les conditions exigées par eux pour un semblable choix.

Tandis que nous discutions cette importante matière avec autant de chaleur que si nous étions chargés de la décider, parlant beaucoup, écoulant peu, ne répondant qu'à nos propres idées, et tranchant légèrement les questions les plus ardues, comme cela se pratique dans le monde et même dans beaucoup d'assemblées , je fus frappé du maintien triste d'un de mes anciens camarades de collège , qui gardait un profond silence et ne l'interrompait que par de fréquents soupirs.

« Qu'avez-vous ? lui dis-je en m'approchant de lui ; vous que j'ai toujours vu si calme, si gai, si serein, par quel hasard paraissez -vous aujourd'hui si morne, si chagrin ? Votre bouche est muette, votre physionomie est agitée; quel est le sujet de votre peine et de votre inquiétude ? »

« Mon cher, me répondit-il tout bas, vous connaissez ma vie et mon caractère : heureux dans ma médiocrité, satisfait d'une modeste fortune, exempt d'ambition, exact à bien remplir le seul rôle qui me convienne, celui d'honnête homme, j'ai placé tous mes plaisirs dans mes devoirs ; j'ai fait un peu de bien dans mon petit cercle, et jamais de mal. J'étais content de mon sort , et comme l'horizon de mon activité et de

ou l'embarras lu choix. -489

mon influence ne s'étendait pas au delà de ma famille et do quelques amis, je n'avais jamais éprouvé le moindre embarras sur ce que je devais faire ou dire ; mais voici que la loi me met au noaibre dts électeurs, et je me trouve chargé de contribuer au choix "des députés qui vont agiter les plus grands intérêts de ma patrie.

« Ce devoir m'alarmait peu dans le premier moment , et je croyais qu'il suffisait, pour acquitter ma dette, de donner ma voix à des citoyens honnêtes, éclairés, qui ne séparent pas la patrie du roi; à des hommes décidés à soutenir lérmementles droits du peuple, ceux du prince, la liberté sans licence et l'autorité sans arbitraire; en un mot, à des députés fidèles à la lettre et à l'esprit de la Charte.

« Mais, depuis que, quittant mes foyers champêtres, je suis venu à Paris, tout se complique ei s'obscurcit à mes yeux. On écrit tant de pamphlets pour nous éclairer, que je n'y vois plus rien ; on nous donne tant de conseils, que je ne sais plus auquel entendre; on nous recommande tant de phénix, on nous désigne tant d'hommes comme dangereux, que je crains également de nommer des députés nuisibles ou d'en exclure d'utiles

« Je voulais placer en tête de ma liste un militaire très-estimé. — Prenez garde, m'a-t-on dit, ces gens-là ne savent que se battre et obéir; ils sont nés partisans du pouvoir absolu.

« Je montrai ensuite le nom d'un avocat éloquent. — Qu'allez-vous faire ? les avocats ont l'habitude de plaider le pour et le contre; on ne peut pas compter sur eux.

« Eh bien ! vous approuverez peut-être celui-ci ; c'est un riche et probe commerçant. — Bon ! l'intérêt seul le guide.

« Et ce procureur qui connaît si bien les lois ? — Fi donc ! voulez-vous nous livrer à sa cupidité ?

« Mais vous n'objecterez rien à cet honnête ecclésiastique ? — Allons donc ! leurs aiïiiires ne sont pas de ce monde , ils ne doivent pas se mêler des choses terrestres.

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